Cameroun : les églises de réveil dans la tourmente après l’offensive du MINAT, entre fermeté gouvernementale et contestations

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L’annonce de la fermeture prochaine de 1 400 églises de réveil en situation irrégulière marque un tournant dans la politique de l’État camerounais à l’égard des organisations religieuses. Déclenchée dans le sillage du meurtre d’une fillette de 11 ans à Nkolndongo, cette offensive du ministère de l’Administration territoriale suscite autant d’approbations que d’interrogations sur les limites de l’action publique.

Quelques jours après la réunion convoquée par le ministre Paul Atanga Nji avec les responsables de l’Église Évangélique « Vie et Paix au Cameroun », les premières mesures commencent à se matérialiser sur le terrain. Pendant que les autorités invoquent la nécessité de restaurer l’ordre public et de mettre fin aux irrégularités administratives, des responsables politiques et religieux dénoncent un risque de stigmatisation des églises de réveil et appellent à une application équitable de la loi.

Le gouvernement n’entend plus faire preuve de tolérance envers les lieux de culte fonctionnant en dehors du cadre légal. Reçus au ministère de l’Administration territoriale après le drame survenu à Nkolndongo, les responsables de l’Église Évangélique « Vie et Paix au Cameroun » se sont vu notifier plusieurs exigences, parmi lesquelles le recensement de leurs représentants sur l’ensemble du territoire, le renforcement de la formation des pasteurs et la transmission de leurs documents administratifs. Dans le même mouvement, Paul Atanga Nji a annoncé la fermeture prochaine de 1 400 églises de réveil jugées en situation irrégulière, estimant que la période de tolérance administrative était désormais révolue.

Cette décision intervient après le meurtre d’une fillette de 11 ans à Yaoundé, une affaire dans laquelle la femme mise en cause est identifiée par les autorités comme une fidèle de l’Église « Vie et Paix au Cameroun ». Dans une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, elle revient elle-même sur les circonstances du drame, des déclarations qui ont profondément choqué l’opinion publique et renforcé les appels à un meilleur encadrement de certaines pratiques religieuses.

Au-delà des annonces, les autorités administratives semblent déjà passer à l’action. Ce dimanche, le sous-préfet de Yaoundé V a effectué une descente dans une église de réveil en plein culte afin de rappeler aux fidèles et aux responsables la nécessité de respecter les règles relatives aux nuisances sonores. Invitant les croyants à « louer le Seigneur dans le calme », il a insisté sur le droit des riverains à la tranquillité, signe que la question du bruit figure désormais parmi les priorités des contrôles administratifs.

Cette démonstration de fermeté ne fait toutefois pas l’unanimité. Parmi les premières voix à s’élever figure Anne Féconde Noah, vice-présidente du PCRN. Tout en rappelant son appartenance à une église de réveil, elle rejette toute forme de stigmatisation de ces communautés religieuses. Selon elle, le gouvernement ne saurait décider des croyances des citoyens. La responsable politique estime par ailleurs que si la réglementation sur les décibels doit être appliquée, elle doit l’être à l’ensemble des établissements générateurs de nuisances sonores, notamment les bars, sous peine de transformer cette opération en une forme de persécution ciblée.

D’autres prises de position alimentent également le débat. Si certains saluent une reprise en main d’un secteur marqué, selon eux, par la prolifération de structures sans existence légale, d’autres mettent en garde contre toute généralisation susceptible d’assimiler l’ensemble des églises de réveil aux dérives observées dans quelques communautés. À l’inverse, des personnalités politiques, comme Célestin Djamen, défendent un encadrement plus strict de ces mouvements religieux, estimant que leur multiplication soulève depuis longtemps des interrogations sur leur fonctionnement.

Au fond, le débat dépasse désormais le seul fait divers de Nkolndongo. Il pose la question de l’équilibre entre la liberté de culte, garantie par la Constitution, le respect des obligations administratives et la préservation de l’ordre public. Pour le gouvernement, la foi ne dispense pas du respect de la loi. Pour ses détracteurs, cette exigence doit s’appliquer avec la même rigueur à toutes les activités susceptibles de troubler la quiétude des populations, qu’elles soient religieuses, commerciales ou festives.

Celine Dou

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