CÔTE D’IVOIRE – AFFAIRE KOUMASSI-CAMPEMENT : DIABAGATÉ MOUSSA SORT DU SILENCE ET CONTRE-ATTAQUE

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CÔTE D’IVOIRE – AFFAIRE KOUMASSI-CAMPEMENT : DIABAGATÉ MOUSSA SORT DU SILENCE ET CONTRE-ATTAQUE

Mis en cause dans l’enquête judiciaire sur les démolitions survenues le 3 juin 2026 dans le quartier de Koumassi-Campement, le député de Gouméré-Tabagne, Diabagaté Moussa, apporte sa version des faits. Dans un entretien rapporté le 12 octobre par Enquête Media, l’élu conteste avoir financé ou commandité les destructions et affirme n’avoir joué aucun rôle dans leur organisation sur le terrain. Il met notamment en avant la différence entre la décision de justice initialement invoquée et l’ampleur des démolitions réalisées, tout en interrogeant le rôle du District autonome d’Abidjan dans cette opération.

Ces explications interviennent après les déclarations du procureur de la République, qui avait présenté, le 16 septembre dernier, les avancées de l’enquête et évoqué des soupçons visant plusieurs acteurs, dont le parlementaire. L’affaire, qui a provoqué la destruction de nombreuses constructions et affecté les habitants du quartier, reste au cœur d’une procédure judiciaire destinée à déterminer les responsabilités de chacun.

Le député rejette les accusations de financement et de commandement

Diabagaté Moussa conteste formellement les accusations portées contre lui dans le dossier des démolitions de Koumassi-Campement. Selon les explications rapportées par Enquête Media, il affirme n’avoir été présent ni sur les lieux ni impliqué dans la coordination ou le financement des opérations du 3 juin.

L’élu entend ainsi dissocier son rôle supposé dans cette affaire des actes matériels de démolition. Il affirme que les accusations le présentant comme le financier ou le commanditaire des destructions ne correspondent pas à sa version des événements.

Cette défense intervient dans un dossier où le parquet cherche précisément à déterminer comment les opérations ont été préparées, financées et exécutées, ainsi que les responsabilités éventuelles des différents intervenants.

Lors de sa conférence de presse du 16 septembre, le procureur de la République, Koné Braman Oumar, avait indiqué que le député était soupçonné d’avoir coordonné et principalement financé l’opération. Cette déclaration décrivait les soupçons examinés par la justice, et non une culpabilité définitivement établie.

Une décision de justice limitée à cinq habitations

L’un des principaux arguments avancés par le député porte sur la portée de la décision judiciaire invoquée pour justifier les opérations à Koumassi-Campement.

Diabagaté Moussa soutient que les démolitions massives du 3 juin ne peuvent être assimilées à l’exécution de la procédure judiciaire initialement engagée. Selon sa version, la décision concernait le déguerpissement de cinq habitations et ne pouvait justifier une intervention d’une telle ampleur.

Sur ce point, les déclarations du parlementaire rejoignent un élément déjà exposé publiquement par le procureur de la République. Lors de son point de presse du 16 septembre, ce dernier a indiqué que les vérifications effectuées avaient établi que la décision de justice invoquée par Alloui Brou Jacques n’autorisait pas la démolition des constructions. Selon le parquet, la procédure portait sur le déguerpissement de cinq habitations, et non sur la destruction de l’ensemble du site.

Le procureur avait également précisé que la zone touchée s’étendait sur plus de six hectares et comprenait 250 lots répartis sur sept îlots.

Cette différence entre le périmètre de la décision judiciaire et l’étendue des destructions constitue l’un des points essentiels du dossier. Elle pose notamment la question du fondement juridique des opérations effectivement menées et des décisions ayant conduit à leur exécution.

Le rôle du District autonome d’Abidjan au centre des interrogations

Dans les explications rapportées par Enquête Media, Diabagaté Moussa met également en cause le rôle du District autonome d’Abidjan. Il soutient que les démolitions auraient dépassé le cadre de la procédure judiciaire initiale et auraient été menées sous couvert du Plan ORSEC.

Ce dispositif est destiné à organiser les secours et la gestion des situations d’urgence. Mais son invocation dans cette affaire soulève une question centrale : dans quelles conditions pouvait-il être mobilisé et quel était exactement son périmètre d’application à Koumassi-Campement ?

Le procureur de la République avait indiqué, lors de sa conférence de presse, que le ministre-gouverneur du District autonome d’Abidjan, Cissé Ibrahima Bacongo, avait expliqué aux enquêteurs que les démolitions avaient été réalisées dans le cadre du Plan ORSEC, afin de libérer des emprises et de démolir des installations considérées comme irrégulières.

Le parquet avait toutefois précisé que les investigations devaient permettre de déterminer si ce dispositif pouvait légalement être invoqué dans les circonstances de l’opération et d’établir le degré d’implication des différents acteurs.

Les propos du député s’inscrivent donc dans un débat déjà identifié par les enquêteurs. Ils ne suffisent cependant pas, à eux seuls, à établir que le District serait responsable des destructions ou que le Plan ORSEC aurait été utilisé irrégulièrement. Ces questions relèvent des vérifications menées dans le cadre de la procédure judiciaire.

Brou Alloui et la déclaration publique du 3 juin

Autre élément avancé par Diabagaté Moussa : les circonstances dans lesquelles Alloui Brou Jacques a pris publiquement la parole le 3 juin, après les démolitions.

D’après le récit rapporté par Enquête Media, le secrétaire général de la mairie de Koumassi aurait contacté le député afin qu’il joigne Brou Alloui et l’invite à faire une déclaration publique.

Diabagaté Moussa affirme s’être limité à transmettre cette sollicitation. Il nie avoir rédigé le texte lu par Brou Alloui, avoir participé à son enregistrement ou avoir exercé une quelconque pression sur lui.

Selon les éléments rapportés par Enquête Media, le texte de cette déclaration aurait plutôt été préparé par le secrétariat général du District autonome d’Abidjan.

Ces affirmations mettent en lumière une autre dimension de l’affaire : les conditions dans lesquelles la communication publique autour des démolitions a été organisée et le rôle qu’auraient joué les différents intervenants.

Il reste toutefois nécessaire de distinguer les déclarations de la défense des éléments formellement établis par l’enquête. Le contenu exact des échanges, l’origine du texte et les circonstances de son enregistrement devront être appréciés à la lumière des pièces du dossier et des auditions réalisées.

Une enquête qui concerne plusieurs acteurs

L’affaire de Koumassi-Campement ne se limite pas aux accusations visant le député et Alloui Brou Jacques.

Dans son compte rendu du 16 septembre, le procureur de la République avait indiqué que plusieurs personnes avaient été entendues dans le cadre de l’enquête, notamment des responsables du District autonome d’Abidjan, des responsables municipaux, des acteurs liés aux transactions foncières et des personnes susceptibles d’apporter des informations sur les moyens matériels utilisés pour les démolitions.

Le parquet avait également fait état de vérifications foncières portant sur les 250 lots concernés. Les informations communiquées faisaient apparaître des situations administratives différentes selon les parcelles, certaines disposant de documents de propriété, tandis que d’autres n’avaient pas de titre foncier.

Ces éléments montrent la complexité du dossier, qui mêle des questions de propriété foncière, d’exécution des décisions judiciaires, de recours à un dispositif d’urgence et de responsabilités dans l’organisation des démolitions.

Pour les habitants touchés, l’enjeu dépasse les déclarations contradictoires : il s’agit aussi de comprendre sur quelle base leurs logements et leurs activités ont été détruits, et quelles voies de recours peuvent leur être ouvertes.

La levée de l’immunité parlementaire, une étape de la procédure

Le dossier a connu un développement institutionnel important avec la levée de l’immunité parlementaire de Diabagaté Moussa par l’Assemblée nationale, annoncée début octobre 2026.

Selon les informations rapportées par Enquête Media, le député présente cette démarche comme un moyen de permettre la clarification de son rôle dans l’affaire. Il affirme vouloir que les faits soient examinés et conteste être le responsable désigné à tort des destructions.

La levée de l’immunité parlementaire permet à la procédure de suivre son cours dans les conditions prévues par la loi. Elle ne constitue toutefois ni une condamnation ni une preuve de culpabilité.

Le député conserve le droit de contester les accusations formulées contre lui et de présenter ses arguments dans le cadre de la procédure.

La justice appelée à départager les versions

À ce stade, plusieurs questions restent déterminantes : qui a réellement décidé de l’ampleur des démolitions du 3 juin ? Qui les a financées ? Quel rôle les différentes administrations ont-elles joué ? Les moyens engagés et le périmètre de l’intervention étaient-ils conformes au cadre juridique applicable ? Enfin, quelles responsabilités individuelles pourront être établies à partir des documents, des témoignages et des autres éléments recueillis ?

Diabagaté Moussa affirme avoir servi de « bouc émissaire » et rejette toute implication dans le financement ou la coordination des destructions. Le parquet, de son côté, a fait état de soupçons à son encontre et poursuit les investigations.

La suite de la procédure devra permettre de confronter ces versions aux éléments matériels du dossier. Dans cette affaire aux conséquences humaines importantes, la recherche de la vérité suppose que les responsabilités soient établies sur la base de preuves, sans transformer des accusations en verdict avant que la justice ne se prononce.

Rédaction DUNIA NEW’S

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