DIAMNIADIO EN DANGER : Le revers toxique du progrès
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Par Imam chroniqueur
Babacar Diop
À première vue, Diamniadio scintille. Gratte-ciel flamboyants, routes neuves, Centre international de conférence Abdou Diouf, université ultramoderne, zone économique spéciale… L’émergence sénégalaise a trouvé ici son étendard. Mais à y regarder de plus près, les fumées opaques, les odeurs chimiques et les toux persistantes racontent une autre réalité : celle d’une pollution industrielle galopante, quasi-invisible dans les rapports officiels, mais bien réelle dans les poumons et les nappes phréatiques.
L’air du futur empoisonné
Depuis fin 2023, plusieurs alertes ont été lancées par les populations des quartiers de Diamiadio-ville, Tivaouane-Peulh extension et Firdawsi. Fumées denses, poussières noires, odeurs d’ammoniac… le quotidien est devenu suffocant.
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Un rapport confidentiel de la Direction de l’Environnement et des Établissements Classés (DEEC), révélé en juin 2025 par Le Quotidien, estime que :
« Le niveau moyen de particules fines (PM2.5) dans l’atmosphère dépasse de 220 % le seuil recommandé par l’OMS dans certains points de la zone. »
Selon le Pr Cheikh Sow, climatologue à l’UCAD :
« Diamniadio est un cas d’école du désastre écologique programmé par la croissance mal régulée. L’État a mis la charrue industrielle avant les bœufs écologiques. »
Eaux souillées, terres stériles
Les maraîchers de Darou Rahmane et les éleveurs de Keur Massar Nord ont tiré la sonnette d’alarme : des poissons morts retrouvés dans les mares, des puits aux reflets gris, des légumes jaunis au goût métallique.
Une enquête conjointe du Laboratoire national de l’environnement et de la GIZ (coopération allemande), datée de mai 2025, conclut à la présence de :
Cadmium et plomb à des niveaux préoccupants,
Nitrates issus de rejets industriels non traités,
Traces de phénol, un cancérigène notoire.
« Ces rejets touchent la nappe phréatique peu profonde, qui alimente des milliers de familles. On joue avec la santé collective », alerte le Dr Ibrahima Guissé, hydrologue à l’IRD Dakar.
La santé mentale et physique en alerte
Au centre de santé de Diamniadio, les consultations pour crises respiratoires et eczémas ont doublé en 18 mois. Le personnel évoque aussi une hausse des troubles anxieux et des insomnies chez les ouvriers du parc industriel.
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Selon le psychiatre sénégalais Dr Massamba Ndiaye, auteur de Les blessures invisibles de l’émergence (Éditions L’Harmattan Sénégal, 2024, p. 114) :
« La pollution n’empoisonne pas que l’air ou l’eau : elle pollue aussi les rêves et la stabilité émotionnelle. Vivre au bord d’une usine non régulée, c’est vivre en tension permanente. »
Urbanisation brutale, résilience brisée
La croissance de Diamniadio s’est faite à une vitesse fulgurante, mais sans les infrastructures vertes nécessaires. Pas de trame verte, pas de corridors écologiques, peu de contrôles a posteriori.
Le Pr Anta Faye, urbaniste à Thiès, s’interroge :
« Où sont les bassins de décantation, les haies tampons, les stations de traitement ? Diamniadio a été conçu comme un produit marketing, pas comme une ville vivable. »
Quand la foi appelle à la sauvegarde
La voix religieuse commence à se mêler au débat. Dans une récente xutba à Tivaouane, Serigne Abdou Cissé, disciple de El Hadji Malick Sy, a dénoncé :
« La richesse qui détruit la terre de Dieu est une pauvreté déguisée. Le Prophète ﷺ a interdit de polluer les sources d’eau, même en guerre ! »
De son côté, le théologien et écologiste malaisien Wan Zawawi Ibrahim, dans Islam et écologie intégrale (2023, p. 79), rappelle :
« Le Coran place l’homme comme khalifa, gardien de la création. Celui qui pollue trahit ce dépôt sacré. »
Face à l’urgence, quelles réponses ?
En réaction aux récentes mobilisations citoyennes (notamment celle du collectif “Sama Nef Diamniadio”, né en avril 2025), le ministère de l’Environnement a promis :
L’installation de capteurs de pollution atmosphérique dès septembre 2025,
Un audit environnemental de toutes les entreprises industrielles,
Et surtout, une plateforme publique de transparence sur les pollutions signalées.
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Mais pour Fatou Diarra, juriste environnementale, cela reste insuffisant :
« Tant qu’on n’applique pas les sanctions prévues dans le Code de l’Environnement, ces annonces resteront de la poudre aux yeux. »
Conclusion : Repenser le progrès
Peut-on encore corriger le tir ? Oui, disent les spécialistes. Mais il faut aller vite. Former les industriels, équiper les services de contrôle, associer les citoyens, restaurer les écosystèmes.
Comme l’écrivait le philosophe Souleymane Bachir Diagne dans Archives de l’âme africaine (2022, p. 47) :
« Le vrai développement est celui qui augmente la vie, qui protège le souffle, qui rend l’air plus habitable. »
À Diamniadio, le souffle se perd. Il est encore temps de le sauver.
imam chroniqueur Babacar Diop
babacar19diop76@gmail.com













