Franc CFA : pourquoi le Sénégal s’y accroche malgré les discours souverainistes

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Franc CFA : pourquoi le Sénégal s’y accroche malgré les discours souverainistes

Depuis plusieurs années, critiquer le franc CFA est devenu un passage obligé dans les cercles souverainistes ouest-africains. La monnaie commune est régulièrement présentée comme un vestige colonial, un frein à l’industrialisation et un instrument de dépendance économique. Pourtant, à l’épreuve des faits, le discours se heurte à une réalité bien plus nuancée.
Au Sénégal comme au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), la sortie du franc CFA n’est aujourd’hui plus à l’ordre du jour. Bien au contraire.

Depuis le début de l’année 2025, le Sénégal s’est imposé comme le premier emprunteur du marché obligataire régional UMOA-Titres, dépassant la Côte d’Ivoire, longtemps considérée comme la locomotive financière de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). En six mois, Dakar a levé plus de 1 000 milliards de francs CFA, un niveau inédit dans l’histoire financière du pays.

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Le marché UMOA-Titres, colonne vertébrale du financement sénégalais

Ce basculement n’est pas anodin. Le marché UMOA-Titres, qui permet aux huit États de l’UEMOA d’émettre des bons et obligations du Trésor en francs CFA, est devenu pour le Sénégal une source de financement stratégique.
Dans un contexte international marqué par la hausse des taux d’intérêt, la frilosité des investisseurs et la sélectivité accrue des marchés financiers mondiaux, Dakar trouve sur le marché régional une liquidité accessible, relativement stable et moins coûteuse.

La confiance des investisseurs régionaux banques, assurances, fonds de pension repose en grande partie sur la stabilité monétaire offerte par le franc CFA, arrimé à l’euro et garanti par un cadre institutionnel connu. Cette stabilité réduit le risque de change, élément central dans l’appétit pour les titres publics.

Un paradoxe souverainiste assumé

Le paradoxe est frappant. Alors que le franc CFA est régulièrement dénoncé dans le débat public, il demeure dans la pratique un pilier du financement des États.
Ni le Sénégal, pourtant engagé dans un renouvellement politique majeur depuis 2024, ni les pays de l’AES : Mali, Burkina Faso, Niger n’ont formellement enclenché de processus de sortie de la zone CFA. Les critiques persistent, mais les alternatives crédibles peinent à émerger.

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Car rompre avec le franc CFA ne se résume pas à un acte politique. Cela suppose de bâtir une monnaie crédible, une banque centrale indépendante, des réserves de change suffisantes et, surtout, la confiance des marchés. Un chantier long, coûteux et risqué.

Le Sénégal sans le CFA : un scénario à haut risque ?

Une question revient avec insistance dans les cercles économiques : le Sénégal serait-il déjà en difficulté financière sans l’appui du système CFA et du marché UMOA-Titres ?
Sans ce cadre régional, Dakar serait contraint de se financer presque exclusivement sur les marchés internationaux, à des taux bien plus élevés, voire prohibitif. Les échéances de dette prévues entre 2026 et 2027 rendent cet accès vital.

L’expérience récente du Ghana illustre les dangers d’un tel scénario. Doté de sa propre monnaie, le cedi, le pays a subi de fortes dépréciations, une inflation galopante et a dû procéder à une restructuration de sa dette, sous la supervision du Fonds monétaire international.
Cette comparaison ne signifie pas que le franc CFA est une solution miracle, mais elle rappelle qu’une monnaie nationale mal arrimée peut exposer davantage aux chocs extérieurs.

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Stabilité monétaire contre souveraineté symbolique

Le franc CFA agit aujourd’hui comme une assurance de stabilité, plus que comme un levier de développement. Il limite la volatilité monétaire, rassure les investisseurs et permet aux États de continuer à se financer en période de tension globale.
Mais cette stabilité a un coût : une marge de manœuvre monétaire réduite et une dépendance persistante à un système hérité de l’histoire.

Pour le Sénégal, le choix est clairement pragmatique. À court et moyen terme, renoncer au CFA reviendrait à fragiliser son financement public, au risque d’une crise de liquidité. Le discours souverainiste, aussi populaire soit-il, se heurte donc à une contrainte économique majeure.

Entre réforme et réalisme

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Le débat sur l’avenir du franc CFA reste légitime. Il pose la question de la souveraineté, de l’intégration régionale et du développement endogène. Mais l’année 2025 montre une chose : les États ouest-africains, Sénégal en tête, privilégient aujourd’hui la stabilité au saut dans l’inconnu.

Plus qu’une rupture brutale, c’est sans doute une réforme progressive, concertée et crédible du système monétaire régional qui s’imposera. En attendant, le franc CFA, tant décrié, continue de jouer un rôle central dans l’équilibre financier de la région.

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Celine Dou

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