La prison ne doit pas être un lieu de désespoir : plaidoyer pour une justice qui réhabilite

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La prison ne doit pas être un lieu de désespoir : plaidoyer pour une justice qui réhabilite

Par Imam chroniqueur bBabacar Diop

Dans une société où la justice se veut humaine et équitable, la question des prisons demeure un miroir de nos valeurs les plus profondes. En Afrique comme ailleurs, les lieux de détention devraient être des espaces de rééducation et de transformation morale, et non des zones d’oubli ou de vengeance. La prison, si elle n’ouvre plus sur l’espérance, devient un tombeau de l’âme.

Quand l’enfermement devient déshumanisation

Les prisons africaines, notamment au Sénégal, sont aujourd’hui à la croisée des chemins. Conçues pour accueillir quelques centaines de détenus, certaines en abritent plusieurs milliers. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : promiscuité, manque d’hygiène, soins rares, nourriture insuffisante, absence de travail utile.

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Cette réalité accablante est un reflet du déséquilibre entre la justice punitive et la justice éducative. Punir sans réformer, c’est condamner deux fois : le détenu et la société qui l’a produit.

« Une société se juge à la manière dont elle traite ses prisonniers. »
— Imam chroniqueur Babacar Diop

L’homme reste digne, même dans sa faute

Le Saint Coran affirme avec force :

« Nous avons certes honoré les fils d’Adam. »
(Sourate Al-Isrâ’, 17:70)

Cette affirmation ne comporte aucune exception : ni pour le coupable, ni pour le marginal. Elle signifie que même celui qui a chuté mérite d’être relevé, accompagné, écouté.

Le Prophète Muhammad ﷺ, incarnation de la miséricorde, a dit :

« Aidez votre frère, qu’il soit oppresseur ou opprimé. »
Et lorsqu’on lui demanda comment aider un oppresseur, il répondit :
« En l’empêchant d’être injuste. »
(Al-Bukhârî, hadith n°6952)

Ainsi, même celui qui a fauté doit bénéficier d’une main tendue pour l’empêcher de s’enfoncer davantage dans l’injustice.

De la vengeance à la réhabilitation

La peine, dans l’esprit du droit islamique comme dans la pensée moderne, n’a jamais eu pour finalité la vengeance.
Ibn al-Qayyim l’affirme dans I‘lâm al-Muwaqqi‘în (vol. 4, p. 373) :

« Le but des peines en Islam n’est pas la destruction de l’homme, mais sa réforme. »

Et Cheikh El Hadji Malick Sy rappelait avec sagesse :

« L’homme n’est jamais perdu tant qu’il garde en lui l’étincelle du repentir. »
(Khilaçu Ezzahab, éd. Daaral Muwahidine, 1999, p. 142)

Cette vision spirituelle rejoint celle de Jean-Jacques Rousseau, pour qui :

« La punition n’est juste que si elle tend à la correction. »
(Du Contrat social, 1762, Livre II, chap. V)

La justice devient alors un instrument de transformation, non une machine de vengeance sociale.

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L’humanité se mesure derrière les barreaux

Le philosophe Michel Foucault écrivait dans Surveiller et punir (Gallimard, 1975, p. 235) :

« La prison ne peut être seulement un instrument de punition, mais un dispositif de transformation. »

Et Emmanuel Levinas ajoutait dans Totalité et Infini (1961, p. 89) :

« Le visage d’autrui, fût-il prisonnier, nous oblige à l’humanité. »

C’est dire que la prison révèle le vrai visage d’une nation : sa capacité à reconnaître la dignité de l’autre, même lorsqu’il est tombé.

« Le détenu n’est pas un déchet de la société, mais une conscience en réparation. L’État qui ne rééduque pas ses détenus fabrique ses futurs délinquants. »
— Imam chroniqueur Babacar Diop

Pour une justice réparatrice et non répressive

Le Coran enseigne :

« Que la rétribution d’un mal soit un mal semblable ; mais quiconque pardonne et réforme, sa récompense incombe à Dieu. »
(Sourate Ash-Shûrâ, 42:40)

Cette parole divine invite à dépasser la logique du châtiment pour entrer dans celle de la réparation morale et spirituelle.

Dans la même veine, Tariq Ramadan écrit dans L’autre en nous (Presses du Châtelet, 2018, p. 204) :

« La justice véritable ne s’accomplit pas dans le châtiment, mais dans la réconciliation entre la faute et la dignité. »

La justice réparatrice propose une voie plus humaine : écouter la victime, responsabiliser le coupable, et retisser le lien social. Elle transforme la cellule en école du repentir et de la réinsertion.

Former, soigner, réinsérer : une triple mission

La réinsertion ne doit plus être un slogan, mais une politique d’État.
Des ateliers de menuiserie, d’agriculture, de couture ou d’alphabétisation pourraient redonner espoir aux détenus, tout en réduisant le taux de récidive.

Dans plusieurs pays africains, des initiatives locales ont montré que le travail, la foi et l’éducation sont les meilleurs antidotes à la violence carcérale.

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« L’homme ne renaît pas dans le confort, mais dans l’effort utile. Former un prisonnier, c’est libérer une conscience avant le corps. »
— Imam chroniqueur Babacar Diop

Prison et société : un miroir moral

Les prisons ne sont pas isolées du reste de la société. Elles en reflètent les fractures : pauvreté, inégalités, corruption et échec éducatif.
Le sociologue sénégalais Abdoulaye Bara Diop soulignait déjà que

« Le crime est souvent le symptôme d’une société malade de ses injustices. »
(Sociologie des comportements déviants au Sénégal, IFAN, 1988, p. 113)

Réformer la prison, c’est donc soigner la société. Tant que l’enfermement restera la réponse par défaut à la misère, la violence renaîtra à la sortie des murs.

Conclusion : la miséricorde comme horizon

Réformer nos prisons, c’est redonner sens à la justice, mais aussi foi en l’homme.
Car la miséricorde n’est pas faiblesse : elle est la plus haute expression de la force morale.

Nelson Mandela, après 27 ans de captivité, le résumait ainsi :

« Personne ne connaît vraiment une nation avant d’avoir vu ses prisons. »
(Un long chemin vers la liberté, Fayard, 1995, p. 281)

Et le Coran scelle ce message éternel :

« Ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah ; car Allah pardonne tous les péchés. »
(Sourate Az-Zumar, 39:53)

« Tant qu’un homme croit en sa possibilité de changer, Dieu lui ouvre une porte. La justice sans miséricorde devient injustice, et la prison sans espoir devient tombeau. »
— Imam chroniqueur Babacar Diop

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