L’Afrique, berceau dynamique du sacerdoce catholique mais face à de profondes disparités pastorales

Votre Pub ici !

Partager cet article
L’Afrique, berceau dynamique du sacerdoce catholique mais face à de profondes disparités pastorales

Un récent rapport de l’agence missionnaire FIDES, publié à l’occasion de la 99ᵉ Journée mondiale des missions et relayé par Sud Quotidien, révèle que l’Afrique est aujourd’hui le moteur principal de la croissance du catholicisme mondial. Sur les 1,4 milliard de catholiques recensés à travers le monde, le continent africain représente la zone la plus dynamique en termes de conversions, de vocations sacerdotales et d’expansion ecclésiale.

Une croissance sans précédent du catholicisme africain

Au 30 juin 2023, l’Église catholique comptait 15,9 millions de nouveaux baptisés dans le monde, dont 8,3 millions issus du continent africain. L’Afrique totalise désormais 280,7 millions de catholiques, soit près de 20 % de sa population. Cette vitalité spirituelle et démographique s’explique par la jeunesse de la population africaine, la ferveur religieuse communautaire et l’implantation croissante d’initiatives pastorales locales.

Selon le sociologue camerounais Jean-Paul Messina, spécialiste du christianisme africain, « l’Afrique est devenue le laboratoire spirituel du catholicisme mondial, un espace où la foi se vit avec intensité, créativité et sens communautaire » (Messina, Christianisme et société en Afrique, Karthala, 2020, p. 214).

À lire aussi : France : Macron maintient la réforme des retraites mais décale son application d’un an

Un continent « grenier du sacerdoce »

L’un des chiffres les plus marquants du rapport FIDES concerne les vocations sacerdotales : un tiers des grands séminaristes du monde se trouvent désormais en Afrique, soit 34 924 candidats à la prêtrise. De plus, le continent a connu 1 451 ordinations supplémentaires en un an — un contraste saisissant avec l’Europe, qui a perdu près de 2 500 prêtres sur la même période.

Cette vitalité se traduit aussi sur le terrain missionnaire. Au Sénégal, la congrégation des Oblats de Marie Immaculée vient de célébrer cinquante ans de présence, un jubilé marquant un demi-siècle d’engagement pastoral et social dans plusieurs diocèses du pays et en Guinée-Bissau.

Des déséquilibres préoccupants

Mais cette croissance cache des disparités structurelles inquiétantes. En moyenne, un prêtre africain dessert 5 094 fidèles, contre 1 846 en Europe. Ce déséquilibre témoigne d’un manque criant de ressources humaines et logistiques dans de nombreuses paroisses, notamment rurales.

Le théologien béninois Anselme Adodo, fondateur de l’université africaine de l’innovation spirituelle, souligne : « Le problème n’est pas le manque de foi, mais la mauvaise répartition des moyens pastoraux. L’Afrique évangélise le monde, mais peine encore à se doter de structures adaptées à sa propre ferveur » (Spiritualité et Développement, Éd. Pax Africana, 2019, p. 178).

L’éducation et la santé, piliers de la mission sociale

Au-delà du religieux, l’Église catholique reste un acteur social majeur sur le continent. Selon les données de FIDES, elle gère 44 % du réseau mondial d’écoles primaires et scolarise 21,1 millions d’enfants africains. Au total, 31 millions d’élèves, de la maternelle à l’université, fréquentent les établissements catholiques africains.

Dans le domaine de la santé, l’Église administre 1 634 hôpitaux, 4 973 dispensaires et 189 léproseries, en plus de nombreuses structures d’accueil social (orphelinats, maisons pour personnes âgées, etc.). Cette présence, souvent dans des zones reculées, illustre ce que le pape François appelle « la charité en actes » (Evangelii Gaudium, 2013, §198).

À lire aussi : Cameroun : Paul Biya proclamé vainqueur provisoire de la présidentielle, l’opposition crie à la fraude

Un avenir à consolider

Malgré cette vitalité, la baisse du nombre de catéchistes — plus de 11 000 en moins en un an — constitue un signal d’alarme. Ces acteurs de terrain, essentiels à la transmission de la foi, manquent souvent de formation et de reconnaissance.

Comme le rappelle l’historien sénégalais Pape Samba Diop, « la force du catholicisme africain ne réside pas seulement dans les chiffres, mais dans la capacité à former des témoins enracinés dans leurs cultures et ouverts à l’universalité de l’Église » (Foi et Identité en Afrique contemporaine, L’Harmattan, 2021, p. 97).

En somme

L’Afrique est devenue le cœur battant du catholicisme mondial, un continent où la foi avance plus vite que les structures. Si la moisson est abondante, les ouvriers demeurent trop peu nombreux et trop sollicités. Le défi des décennies à venir sera donc de transformer cette ferveur en équilibre, pour que l’Afrique, grenier du sacerdoce, devienne aussi le modèle d’une Église durablement enracinée et solidaire.

imam chroniqueur
Babacar Diop

Partager cet article

Recherche en direct

Catégories

Votre Pub ici !

Autres publications

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Activer les notifications Accepter Non, merci