Cameroun : Paul Biya proclamé vainqueur provisoire de la présidentielle, l’opposition crie à la fraude
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Huit jours après la tenue du scrutin présidentiel, la Commission nationale de recensement des votes du Cameroun a dévoilé, ce lundi, les résultats provisoires. Selon les chiffres relayés par Jeune Afrique, le président sortant Paul Biya, à la tête du pays depuis 1982, serait arrivé en tête avec 53,66 % des suffrages, soit 2 474 179 voix. Candidat du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), il devancerait largement ses concurrents.
Mais cette annonce n’a pas mis fin aux débats. Bien au contraire, Issa Tchiroma Bakary, principal challenger du président sortant, conteste vigoureusement ces résultats, affirmant disposer d’un décompte parallèle qui le donnerait vainqueur avec près de 60 % des voix. Cette revendication ouvre une nouvelle phase d’incertitude politique dans un pays déjà marqué par la lassitude d’une partie de la population vis-à-vis du régime en place.
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L’opposition dénonce depuis des années une absence de transparence dans le processus électoral et réclame une réforme en profondeur du système de vote. Certains observateurs pointent également la lenteur du dépouillement et la publication tardive des résultats, perçue comme un terrain favorable à d’éventuelles manipulations.
Le Conseil constitutionnel camerounais doit désormais valider ou infirmer ces résultats provisoires. Une étape cruciale, tant sur le plan politique que symbolique, dans un pays où Paul Biya, 92 ans, reste l’un des derniers chefs d’État africains à cumuler plus de quatre décennies au pouvoir.
Pour l’analyste politique camerounais Richard Makon, « le problème du Cameroun n’est pas tant la tenue d’élections que la foi dans le processus électoral lui-même. Tant que les citoyens ne croiront pas que leur vote compte réellement, la démocratie restera un idéal lointain » (Les paradoxes du pouvoir en Afrique centrale, Presses universitaires de Yaoundé, 2023, p. 212).
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Alors que le pays attend la validation officielle des résultats, les regards se tournent vers Yaoundé, dans une atmosphère mêlant résignation et tension. Une situation qui rappelle, selon le politologue sénégalais Alioune Tine, « la fragilité des transitions démocratiques africaines, souvent confisquées par des régimes vieillissants refusant l’alternance » (Démocratie et autoritarisme en Afrique, L’Harmattan, 2022, p. 167).
Imam chroniqueur
Babacar Diop













