L’Amérique se regarde dans le miroir de Monroe : chronique d’une hégémonie qui refuse de vieillir
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Par Imam chroniqueur Babacar Diop
Il y a des moments où l’histoire semble tourner en rond, revenir sur ses pas, comme si les puissances se trouvaient prisonnières de leurs vieux réflexes. En observant les dernières manœuvres des États-Unis dans la mer des Caraïbes, j’ai l’impression de voir un géant inquiet, revisitant ses certitudes pour tenter de comprendre un monde qui lui échappe.
Oui, c’est bien la doctrine Monroe qui ressuscite, dépoussiérée mais intacte dans son essence : L’hémisphère occidental appartient à Washington.
Deux siècles après James Monroe, la mécanique impériale reprend forme — plus musclée, plus assumée.
Quand l’Amérique se replie pour mieux régner
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, un fil directeur se dessine : l’Amérique ne veut plus être l’empire global, mais l’empire continental. Ce recentrage est stratégique, presque instinctif.
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Le géopolitologue Evan Ellis l’explique clairement dans US National Security and Latin America (Routledge, 2021, p. 51) :
« L’empire américain n’est pas en train de mourir ; il est en train de se redéfinir. »
Ce repli, pourtant, s’accompagne d’une radicalisation :
Pression militaire sur le Venezuela de Maduro,
Retour de troupes autour du canal du Panama,
Menaces à peine voilées sur la Colombie de Gustavo Petro,
Soutien appuyé aux dirigeants idéologiquement favorables à Washington comme Bolsonaro ou Bukele,
Tarifs ciblant un Brésil jugé trop sinophile,
Avertissements secs au Mexique qui flirte avec les BRICS.
L’Amérique déploie sa puissance pour rappeler à son voisinage : Je suis ici chez moi.
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Le spectre chinois, véritable moteur de ce réveil
Beaucoup pensent que ce retour de la doctrine Monroe est motivé par un nationalisme idéologique. Je crois plutôt qu’il est animé par une peur profonde : la montée irrésistible de la Chine en Amérique latine.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
Le commerce sino-latino-américain : 500 milliards de dollars en 2022.
En 2024, Xi Jinping inaugure au Pérou le port stratégique de Chancay, nouvelle porte d’entrée de l’influence de Pékin sur le continent.
Comme le rappelle l’analyste Diana Fu dans China’s Global Reach (Oxford University Press, 2023, p. 142) :
« La Chine avance par les infrastructures, là où l’Amérique avançait par les alliances. »
Autrement dit : Pékin construit, Washington avertit.
Et chaque nouveau port chinois en Amérique du Sud est perçu, à Washington, comme une brèche dans un sanctuaire sacré.
Les États-Unis : un empire qui refuse la concurrence
Ce qui me frappe dans cette nouvelle phase, c’est l’agressivité assumée. On ne prend même plus la peine de maquiller l’interventionnisme sous des prétextes démocratiques ou humanitaires.
Le narcotrafic ? Un argument pratique.
La sécurité régionale ? Une justification déjà usée.
En vérité, les États-Unis veulent empêcher la Chine, la Russie, ou toute autre puissance de s’installer durablement dans leur hémisphère.
L’historien Walter LaFeber le disait déjà dans The American Age (Norton Press, 1994, p. 223) :
« La doctrine Monroe n’était pas un principe défensif. Elle était le masque d’une volonté stratégique d’exclusion. »
Ce masque, aujourd’hui, tombe.
Vers une nouvelle guerre froide des tropiques ?
La militarisation progressive des Caraïbes rappelle les heures d’une confrontation bipolaire — mais cette fois, le duel se joue à trois : États-Unis, Chine, Russie.
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Et le Venezuela semble être le prochain théâtre d’un bras de fer dont personne ne peut prédire l’issue. Les porte-avions américains déployés près de ses côtes ne sont pas un simple geste diplomatique.
Ils murmurent une menace.
Ils tracent une ligne rouge.
Comme l’écrit le politologue Stephen Walt dans The Hell of Good Intentions (Farrar, 2018, p. 309) :
« Les grandes puissances n’abandonnent jamais les espaces qu’elles considèrent vitaux. Elles ne reculent que lorsqu’on les y force. »
Une vérité inconfortable : le monde revient au XIXᵉ siècle
En tant qu’observateur, en tant que chroniqueur, en tant qu’Imam qui scrute les dynamiques de pouvoir à travers l’éthique, je vois dans cette résurgence de la doctrine Monroe un aveu :
L’ordre international que nous connaissions est en train de se fissurer.
L’Amérique latine, longtemps silencieuse, redevient un champ de forces.
La Chine avance, les États-Unis s’irritent, les puissances locales oscillent.
Michael Reid résume ce moment dans Forgotten Continent (Yale University Press, 2022, p. 287) :
« L’Amérique latine est revenue dans l’arène des grandes rivalités. Mais cette fois, personne n’est prêt à céder. »
Mot de fin d’Imam Babacar Diop
L’histoire nous enseigne une leçon :
Toute hégémonie finit par être contestée — non par les discours, mais par les réalités du monde.
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Les États-Unis peuvent déployer des flottes.
La Chine peut déployer des ports.
Mais au final, ce sont les peuples et les nations d’Amérique latine qui devront décider de la forme de leur avenir.
Et au Sénégal, en Afrique, ailleurs, cette lecture doit nous rappeler une vérité essentielle :
dans un monde où les géants se disputent les continents, la lucidité est une arme, la souveraineté est un devoir, et la vigilance est une obligation morale.
imam chroniqueur
Babacar Diop













