Le congrès introuvable : quand Pastef hésite entre puissance et prudence
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Il arrive un moment dans la vie d’un parti où le silence parle plus fort que les communiqués. Pastef y est.
Le congrès extraordinaire, cette grande messe politique annoncée, promise, attendue presque comme un rite de passage, s’est effacé du calendrier comme s’il n’avait jamais existé. Pas de date. Pas de signal. Pas même un murmure officiel. Et quand on ne dit rien en politique, c’est souvent que beaucoup se dit en coulisses.
Un parti qui a changé d’échelle, mais pas encore de posture
Pastef n’est plus un mouvement d’opposition contestataire. Il n’est plus la voix extérieure qui dénonce : il est devenu la voix intérieure qui doit organiser, décider, trancher. Et c’est là que tout se complique.
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Un congrès, surtout après une arrivée au pouvoir, est un miroir tendu au parti. On y voit les forces, mais aussi les ombres. On y entend les félicitations, mais aussi les reproches. On y discute, parfois durement, de ce que l’on veut être désormais.
Et il semble bien que ce miroir-là, pour l’instant, on préfère le laisser dans son emballage.
Les contraintes économiques : prétexte ou réalité ?
Bien sûr, le pays traverse une phase économique rude. L’État compte chaque franc. Les priorités s’empilent : éducation, santé, emploi, infrastructures…
Organiser un congrès national exige des moyens, des déplacements, des locations de salle, du matériel, des équipes mobilisées.
Mais soyons honnêtes : le problème n’est pas que logistique.
Derrière l’argument économique se cache un malaise plus profond. Un malaise de direction. Un malaise de clarification. Un malaise de rapport de force.
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Le duo au sommet : harmonie affichée, divergences supposées
Les observateurs le disent à demi-mot : tout ne serait pas parfaitement fluide au sommet de l’État.
Ce n’est pas un drame — nulle équipe dirigeante n’est monolithique — mais c’est une réalité.
Deux visions, deux méthodes, deux rythmes politiques… et un parti placé au milieu, qui attend qu’on lui dise quelle musique suivre.
Un congrès aurait forcément mis sur la table ce qui, jusque-là, est géré dans la discrétion.
Alors on temporise. On repousse. On laisse refroidir.
La tentation classique du pouvoir : retarder l’introspection
Ce n’est pas la première fois qu’un parti, une fois au pouvoir, s’éloigne de ses propres exigences internes.
La machine étatique absorbe tout : le temps, l’énergie, les priorités.
On repousse « à plus tard » les réformes internes, les restructurations, les élections internes.
On repousse tellement que, parfois, le parti s’endort, se fragmente, se vide de sens.
C’est une pente glissante. Discrète. Sournoise.
Pastef, malgré son histoire particulière, n’est pas immunisé.
Une base qui attend, qui observe, qui s’impatiente
Le militantisme n’est pas un carburant illimité.
Les bases attendent de la clarté, une feuille de route, un espace de débat. Elles attendent que leur parti reste vivant, connecté, organisé.
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Or un congrès, ce n’est pas seulement une formalité :
c’est le cœur battant d’une formation politique.
C’est là que se renouvelle l’engagement.
C’est là que se redessine la direction.
C’est là que se réaffirme l’idéal.
En l’absence de ce moment, les interrogations prennent le dessus. Et quand un parti commence à s’interroger sur lui-même, la confiance s’effrite doucement.
Le vrai enjeu : durer en gardant l’unité
Il y a des fissures que l’on voit et d’autres que l’on sent.
Celles-ci, pour l’instant, ne sont pas spectaculaires. Pas de clash public, pas de rupture ouverte.
Mais une forme de flottement, de retenue, de prudence excessive. Un parti au pouvoir doit respirer, pas suffoquer sous le poids des non-dits.
D’un point de vue stratégique, la solution est simple :
un congrès clarifie, apaise, structure.
Ne pas en tenir laisse le champ libre aux frustrations, aux interprétations, aux ambitions individuelles.
Le temps politique ne pardonne pas
Un parti jeune, arrivé avec une forte légitimité populaire, doit éviter un piège classique : se reposer sur ses premiers succès.
La dynamique de conquête ne dure pas éternellement.
La dynamique de gouvernance exige un entretien constant : dialogue interne, cap idéologique, cohésion de la direction.
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Le congrès de Pastef n’est pas un détail de calendrier.
C’est un test.
Un révélateur.
Peut-être même un moment de vérité.
Et plus il tarde, plus la question devient lourde, presque inévitable :
Pastef retarde-t-il son congrès pour préserver son unité… ou parce que l’unité est déjà plus fragile qu’on ne le croit ?
Imam chroniqueur
Babacar Diop













