
La disparition de Rifaat al-Assad marque la fin d’un parcours aussi influent que controversé au cœur de l’histoire syrienne contemporaine. L’oncle du président Bachar al-Assad et frère cadet de l’ancien chef de l’État Hafez al-Assad est décédé ce mardi aux Émirats arabes unis, à l’âge de 88 ans, alors que la justice européenne tentait encore de le rattraper pour des crimes présumés commis il y a plus de quatre décennies.
Né en 1937 à Qardaha, bastion familial des Assad, Rifaat al-Assad fut longtemps l’un des piliers sécuritaires du régime syrien. À la tête des Forces de défense, une unité d’élite redoutée, il a incarné la répression la plus brutale du pouvoir de Damas. Son nom reste indissociable des événements de Hama en 1982, où l’écrasement d’une insurrection islamiste par l’armée syrienne a causé la mort de milliers de civils. Un épisode sanglant qui lui valut le surnom durable de « boucher de Hama ».
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Sa trajectoire politique s’est brisée en 1984, après une tentative de coup d’État manquée contre son frère Hafez al-Assad. Contraint à l’exil, Rifaat al-Assad s’est alors installé en Europe, menant pendant des décennies une vie discrète mais fastueuse, avant de regagner la Syrie en 2021, à la faveur d’un retour autorisé par le régime.
Ces dernières années, son nom a refait surface dans les prétoires européens. En France, la justice l’a reconnu coupable de blanchiment en bande organisée et de détournement de fonds publics syriens. Il avait écopé d’une peine de quatre ans de prison avec sursis, assortie de la confiscation d’un patrimoine immobilier et financier estimé à près de 90 millions d’euros.
Mais les procédures judiciaires ne s’arrêtaient pas là. En mars 2024, la Suisse annonçait l’ouverture de poursuites pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, sur la base du principe de compétence universelle. Le Ministère public de la Confédération, en collaboration avec l’ONG TRIAL International, l’accusait d’avoir ordonné des meurtres, des actes de torture et des détentions arbitraires lors de la répression de Hama.
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Le décès de Rifaat al-Assad met désormais un terme définitif à ces poursuites. Il laisse derrière lui une figure emblématique de la violence d’État syrienne, dont les victimes, elles, n’auront jamais vu s’ouvrir un procès au fond. Une page sombre se referme, sans jugement, mais non sans mémoire.
Imam chroniqueur
Babacar Diop














