Quand le luxe devient crime : le procès exemplaire des Bongo au Gabon
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Au Gabon, la justice a frappé fort, rappelant à Sylvia et Noureddin Bongo qu’il existe une frontière infranchissable entre les fonds publics et le patrimoine familial. Le verdict est tombé comme un couperet : vingt ans de prison chacun. Un signal fort adressé à ceux qui croient que l’État est une entreprise privée à héritage garanti.
Le procès, largement médiatisé, a révélé des chiffres vertigineux : plus de 2,6 milliards de francs CFA dépensés chaque année par l’ancienne Première dame, non pas pour des œuvres caritatives ou des infrastructures sociales, mais pour une collection effrénée de bijoux et de tenues de luxe. Une démesure qui, selon l’économiste camerounais Célestin Monga (Ni riche ni pauvre, 2019, p. 184), illustre « le syndrome de la privatisation du pouvoir en Afrique, où l’État devient la caisse de résonance des vanités personnelles ».
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Quant à Noureddin, le fils, il aurait, selon le dossier, confondu les comptes du trésor public avec une tirelire dorée à usage exclusif. Mais la Cour d’appel de Libreville a tenu à rappeler que nul n’est au-dessus de la loi. Les deux héritiers déchus devront non seulement purger leur peine, mais également rembourser solidairement plus de 4 400 milliards de francs CFA. Une montagne de dettes qui risque de hanter plusieurs générations.
Cette affaire, qui résonne bien au-delà des frontières gabonaises, soulève la question de la moralisation de la vie publique sur le continent. Comme le souligne le sociologue sénégalais Abdoulaye Bathily (L’État africain à l’épreuve de la démocratie, 2017, p. 203), « la justice devient crédible lorsque ses marteaux frappent avec la même force sur les puissants et sur les faibles ».
À Genève, où les montres valent parfois moins que leurs bracelets, l’écho de cette affaire rappelle que le luxe mal acquis finit toujours par coûter cher. Car on peut tout acheter — sauf le temps et la conscience d’un peuple épuisé par la corruption.
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Le dossier Bongo, au-delà de son aspect spectaculaire, marque peut-être le début d’un tournant dans la gouvernance africaine : celui où le train du luxe ne pourra plus passer sans le feu vert de la justice.
— Par Imam chroniqueur Babacar Diop

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