Ramadan au Sénégal : le poids invisible du ndogou sur les femmes

Votre Pub ici !

Partager cet article
Ramadan au Sénégal : le poids invisible du ndogou sur les femmes

En ce mois béni de Ramadan, moment de spiritualité, de retenue et de partage, une autre réalité se dessine dans de nombreux foyers sénégalais. Derrière les plateaux soigneusement dressés, les verres alignés et les assiettes généreusement garnies du ndogou, se cachent souvent des tensions économiques, physiques et émotionnelles que beaucoup de femmes vivent dans un silence discret.

À l’heure où le soleil se couche et que le jeûne prend fin, le ndogou – autrefois simple et nourricier – tend de plus en plus à devenir une véritable démonstration culinaire. Beignets multiples, jus variés, fruits, mets chauds et froids : l’abondance n’est plus seulement un plaisir, elle est devenue pour certains une norme implicite, presque une obligation sociale.

À lire aussi : Droits des femmes au Sénégal : la marche continuea

Pour certaines femmes, cette abondance relève toutefois d’un choix assumé. Awa, mère de trois enfants, dit y trouver une forme de satisfaction personnelle.
« Je le fais par plaisir. C’est ma façon d’honorer le Ramadan et de faire plaisir à ma famille », confie-t-elle. Pour elle, lorsque la table est belle et accueillante, le cœur est apaisé.

Mais toutes les femmes ne vivent pas cette préparation avec la même sérénité.

Marième, épouse dans un ménage polygame, évoque une réalité plus lourde.
« Je n’ai pas vraiment le choix. Si je ne fais pas autant que l’autre épouse, cela se remarque. Et ce silence-là peut devenir difficile à porter », explique-t-elle. Pour elle, le Ramadan est parfois synonyme de pression permanente. « Qu’Allah me pardonne pour cette parole peut-être faible, mais c’est la vérité que je ressens », ajoute-t-elle.

Le coût caché de la dévotion

À la charge émotionnelle s’ajoute une contrainte économique de plus en plus visible. Pendant le Ramadan, les dépenses alimentaires augmentent sensiblement. Les marchés deviennent plus chers et les budgets familiaux se tendent.

Fatou, commerçante, observe ce phénomène chaque année :
« Beaucoup d’argent part dans le ndogou. Et à la fin du mois, on se demande pourquoi les dépenses sont devenues si lourdes. »

À lire aussi : Fragilité critique dans le Golfe : le Bahreïn frappé au cœur de son approvisionnement en eau

À cette pression financière s’ajoute un autre défi : l’épuisement physique. Jeûner toute la journée, multiplier les préparations en fin d’après-midi, servir la rupture du jeûne, puis préparer le dîner tardif exige une endurance quotidienne.

Mariama, infirmière, s’inquiète de ce rythme éprouvant :
« On rompt le jeûne vers 19 heures, mais avec toutes ces variétés de plats, le dîner est souvent repoussé très tard. Le corps n’est pas fait pour supporter cela tous les jours. »

Ainsi, pour certaines femmes, ce mois censé être un temps d’apaisement et de spiritualité se transforme parfois en véritable marathon domestique.

Khady, enseignante, rappelle pourtant l’essence même du Ramadan :
« Le Ramadan n’est pas une compétition culinaire. C’est un retour à l’essentiel. Dieu regarde l’intention, pas le nombre de plats sur la table. »

À lire aussi : Guerre en Iran : une offensive terrestre planifiée depuis l’Irak avec le soutien de Donald Trump

Au-delà des plateaux garnis et des tables bien dressées, cette réalité soulève une question silencieuse : comment préserver l’esprit du Ramadan sans transformer le ndogou en une charge qui pèse sur celles qui, chaque jour, en portent l’organisation ?

Par imam chroniqueur
Babacar Diop

Partager cet article

Recherche en direct

Catégories

Votre Pub ici !

Autres publications

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Activer les notifications Accepter Non, merci