Aminata Sophie Dièye : la voix libre et mordante d’une plume inoubliable

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Aminata Sophie Dièye : la voix libre et mordante d’une plume inoubliable

À l’évocation du nom d’Aminata Sophie Dièye, les esprits se figent et les cœurs s’inclinent. Femme de lettres, chroniqueuse audacieuse, dramaturge, romancière et journaliste de talent, elle laisse derrière elle un legs littéraire à la fois dense, profond et incandescent. Décédée en février 2016 à moins de 50 ans, elle demeure une figure tutélaire des lettres sénégalaises, à travers ses multiples identités : Ndèye Taxawalou, Aminata Zaaria, Miss Town…

Une voix libre dans un monde cloisonné

Décrire Aminata Sophie Dièye sans réduire la densité de son être relève de la gageure. Elle était une femme résolument libre, insaisissable, qui refusait de se laisser enfermer dans une étiquette unique. Tour à tour chroniqueuse au journal L’Observateur — où elle écrivait sous le pseudonyme mordant de Ndèye Taxawalou — et collaboratrice à Sud Quotidien dans les années 90, elle maniait le verbe avec une rare élégance.

Son style ? Un mélange d’humour acide, de réalisme cru et de lucidité tranchante. À travers ses chroniques hebdomadaires, elle scrutait les travers de la société sénégalaise, les exposait sans fard et en faisait matière littéraire. Une observatrice impitoyable des hypocrisies sociales, qui ne s’autorisait aucun interdit.

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« Elle visait juste, voyait clair, et son sens de la formule était redoutable », témoigne le journaliste Malick Diagne, qui l’a côtoyée à Sud Quotidien.

Une vie d’engagement, de douleur et de résilience

Née au début des années 1970, elle est issue d’une enfance marquée par les non-dits familiaux. Fille naturelle d’un haut fonctionnaire, elle quitte très tôt le foyer maternel de Thiès et s’installe seule sur l’île de Ngor à 21 ans. Là, elle mène une vie modeste de pigiste tout en forgeant son identité littéraire.

Son mariage avec Lucio l’amène à Paris où elle publie, en 2004, La nuit est tombée sur Dakar (Grasset) sous le pseudonyme d’Aminata Zaaria. Mais le destin frappe : elle perd son mari l’année suivante. « J’ai 32 ans et je suis veuve », dira-t-elle. Refusant la pitié, elle retourne à Dakar avec la détermination de continuer à écrire, malgré une santé mentale fragilisée.

Suivie en psychiatrie, elle continue pourtant à livrer ses chroniques percutantes à L’Obs, depuis son lit d’hôpital à Dalal Xel. Mais les coups du sort s’acharnent : deuils successifs, isolement, diabète… En février 2016, elle sombre dans le coma et s’éteint en silence.

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Une écrivaine aux mille talents

Aminata Sophie Dièye ne fut pas seulement plume de presse. Elle fut aussi actrice, scénariste et dramaturge. On la retrouve dans La Petite Vendeuse de Soleil (Djibril Diop Mambéty, 1999) et Lili et le Baobab (2006). Elle collabore aussi à la série Idoles — saluée pour son originalité dans le traitement du monde des médias. Sa pièce Consulat Zénéral offre une satire mordante des démarches administratives en situation d’exil.

« Elle n’était pas simplement brillante. Elle était aussi une analyste tendre et implacable envers notre société », ajoute Malick Diagne.

Son œuvre inédite La putain amoureuse d’un pèlerin juif (annoncée en 2007) témoigne de son audace thématique. Elle aborde sans détour la condition féminine, les rapports familiaux brisés, et les conflits intérieurs. Dans une de ses chroniques, elle écrit :

« Lorsqu’on a un problème avec son père, on l’a avec tous les hommes (…) ça donne une Ndèye Taxawalou qui ne sait pas à quel socle s’appuyer pour rester debout. »

Un héritage à pérenniser

Derrière son sourire éclatant, son teint d’ébène et sa silhouette élancée, se cachait une femme frêle mais puissante. Pour ceux qui l’ont connue, elle était avant tout une source de joie, de générosité, et de vivacité. Une ancienne stagiaire, Aïda Dial Kane, se souvient :

« Elle priait tellement pour moi à la fin de mon stage que j’en ai pleuré. »

Aujourd’hui, alors que ses textes continuent d’inspirer les jeunes plumes et que son style reste un modèle de lucidité et d’ironie sociale, une question demeure : que fait-on pour honorer sa mémoire ?

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À l’image d’une salle, d’une rue, ou d’un prix littéraire portant son nom, un hommage à Aminata Sophie Dièye serait à la mesure de son apport : immense et inoubliable.

Imam chroniqueur Babacar Diop
babacar19diop76@gmail.com

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