
Bangui – Depuis près de deux semaines, la capitale centrafricaine traverse une crise majeure d’approvisionnement en carburant. Les stations-service sont prises d’assaut, certaines ont déjà épuisé leurs stocks, tandis que des milliers d’automobilistes, de motocyclistes et de transporteurs passent des heures dans de longues files d’attente dans l’espoir de faire le plein. Cette situation commence à affecter l’ensemble de l’économie locale et alimente les inquiétudes quant à un éventuel prolongement de la crise.
Dans plusieurs quartiers de Bangui, notamment à Marabena, les stations-service sont confrontées à une affluence exceptionnelle. À la station Tradex, les pompes cessent régulièrement de fonctionner faute de carburant, obligeant de nombreux usagers à rentrer bredouilles après plusieurs heures d’attente.
« Je suis arrivé ici depuis 5 heures du matin. Les pompistes ont servi quelques clients avant de nous annoncer qu’il n’y avait plus d’essence. Je suis conducteur de mototaxi. C’est grâce à cette activité que je nourris ma famille. Sans carburant, je ne peux tout simplement pas travailler », confie Bruno, rencontré devant une station-service.
Face à la raréfaction du carburant dans les circuits officiels, le marché noir connaît un essor spectaculaire. Le litre d’essence, vendu habituellement autour de 1 100 francs CFA dans les stations-service, atteint désormais 1 500 francs CFA, voire davantage chez certains revendeurs informels.
Pour de nombreux habitants, cette solution reste la seule possibilité de continuer à se déplacer ou à exercer leur activité professionnelle, malgré son coût élevé.
Au-delà des prix, plusieurs consommateurs dénoncent également la qualité du carburant vendu clandestinement.
« On ne sait jamais ce qu’on achète. Certains mélangent le carburant avec de l’eau ou d’autres produits. Cela peut endommager les moteurs, mais nous n’avons malheureusement pas d’autre choix », explique Habib, un automobiliste.
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Les conséquences de cette pénurie dépassent largement le secteur des transports.
Dans les marchés de Bangui, plusieurs commerçants signalent déjà une hausse des coûts de transport des marchandises, entraînant une augmentation progressive des prix de certains produits alimentaires.
« Cette situation affecte déjà fortement le panier de la ménagère. Les transporteurs augmentent leurs tarifs et cela se ressent immédiatement sur le coût de la vie », déplore Alphonsine, une habitante de la capitale.
Les conducteurs de taxis, les mototaxis, les entreprises de livraison et de nombreux artisans figurent parmi les premiers secteurs touchés par cette crise qui ralentit progressivement les activités économiques.
Jusqu’à présent, le gouvernement centrafricain n’a pas communiqué officiellement sur les causes précises de cette pénurie. Toutefois, selon une source gouvernementale citée par plusieurs médias locaux, des difficultés d’approvisionnement seraient à l’origine de la situation actuelle. Les autorités assurent que des mesures sont en cours afin de rétablir progressivement la distribution dans les prochains jours.
Cette absence de communication détaillée nourrit néanmoins les interrogations d’une partie de la population.
La crise intervient quelques jours après une importante opération menée sur le site de la Société centrafricaine de stockage des produits pétroliers (SOCASP), au cours de laquelle environ 160 000 litres de carburant ont été saisis par les autorités.
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À l’issue d’une visite sur le site, le Premier ministre Félix Moloua avait indiqué que ces produits seraient réaffectés aux forces de défense et de sécurité dans le cadre de la lutte contre la contrebande et les circuits illicites de distribution.
Cependant, cette version officielle est contestée par plusieurs acteurs du secteur pétrolier. Des sources proches des importateurs affirment que le carburant concerné appartenait à des opérateurs régulièrement autorisés à exercer leurs activités. Selon ces mêmes sources, cette opération s’inscrirait dans un différend commercial lié au contrôle du marché de l’importation des produits pétroliers.
À ce stade, ces affirmations n’ont pas été confirmées officiellement par les autorités centrafricaines.
Face à l’ampleur de la crise et à ses conséquences sur la vie quotidienne, la question a été portée devant l’Assemblée nationale, où plusieurs députés ont exprimé leurs préoccupations concernant l’approvisionnement en carburant et ses répercussions sur l’économie nationale.
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En attendant des réponses concrètes, les habitants de Bangui continuent de patienter sous un soleil accablant devant les stations-service, tandis que d’autres poussent leurs motos ou leurs véhicules en panne de carburant.
Si aucune solution durable n’est rapidement trouvée, cette pénurie pourrait accentuer les tensions sociales et économiques dans une capitale déjà confrontée à de nombreux défis.
Rédaction DUNIA NEW’S















