
À peine installé au pouvoir, le nouveau président colombien Abelardo de la Espriella, surnommé « El Tigre », veut rompre avec la politique de négociation de son prédécesseur et engager une offensive beaucoup plus dure contre les cartels et les groupes armés. Bogotá demande désormais une coopération militaire directe avec Washington, tandis que les États-Unis annoncent une aide sécuritaire d’un milliard de dollars.
Un changement de cap spectaculaire à Bogotá
Le nouveau président colombien veut aller vite.
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Investi le 7 août 2026, Abelardo de la Espriella a fait de la lutte contre le narcotrafic et les groupes armés l’une des priorités de son mandat. Dès ses premiers jours au pouvoir, le chef de l’État a promis de mettre fin aux négociations avec les organisations armées et de mener une campagne sans concession contre ce qu’il appelle les « narco-terroristes ».
Son arrivée marque ainsi une rupture nette avec la politique menée par son prédécesseur, Gustavo Petro, qui avait privilégié le dialogue avec plusieurs groupes armés dans le cadre de sa politique dite de « paix totale ».
Selon l’agence Reuters, le gouvernement de De la Espriella s’est désormais rapproché de l’administration de Donald Trump et a accepté d’intégrer la coalition antidrogue américaine baptisée « Shield of the Americas », ou « Bouclier des Amériques ».
Bogotá demande l’intervention militaire américaine
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Le tournant le plus spectaculaire concerne la coopération militaire.
Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a révélé mercredi que le président colombien avait formellement demandé l’aide des États-Unis pour mener des opérations militaires conjointes contre les groupes considérés comme terroristes et liés au narcotrafic.
Selon l’Associated Press, De la Espriella souhaite notamment que les forces américaines et colombiennes puissent travailler ensemble dans le cadre d’opérations visant les organisations narco-terroristes présentes sur le territoire colombien.
Reuters rapporte de son côté que Washington envisage désormais des frappes militaires conjointes avec la Colombie contre certaines organisations armées, notamment l’ELN et des dissidents issus des anciennes Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).
Cette évolution est particulièrement importante pour un pays qui entretient depuis plusieurs décennies une relation militaire étroite avec les États-Unis, mais où la présence directe de soldats américains dans des opérations de combat reste politiquement et juridiquement sensible.
Un milliard de dollars promis par Washington
Cette nouvelle alliance sécuritaire s’accompagne d’un soutien financier massif.
Le département d’État américain a annoncé le 8 août que l’administration Trump prévoyait de consacrer 1 milliard de dollars à l’aide sécuritaire destinée à la Colombie sous le nouveau gouvernement de De la Espriella.
Reuters précise que cette enveloppe doit notamment renforcer la coopération en matière de sécurité et de lutte contre le narcotrafic.
Pour Washington, cette décision intervient dans le cadre d’une stratégie régionale plus large visant à renforcer la lutte contre les réseaux de trafic de drogue et les groupes armés en Amérique latine.
Pour le nouveau président colombien, elle offre surtout des moyens supplémentaires à une politique sécuritaire qu’il veut beaucoup plus offensive.
« El Tigre » veut une guerre totale contre les narcotrafiquants
Pendant sa campagne électorale, Abelardo de la Espriella avait multiplié les déclarations très fermes contre les organisations criminelles.
Surnommé « El Tigre », le nouveau président avait notamment promis de s’attaquer directement aux infrastructures du narcotrafic et d’utiliser la puissance militaire de l’État pour reprendre le contrôle des territoires dominés par les groupes armés.
Lors de son premier discours comme président, il a déclaré que l’époque du dialogue avec ces organisations était révolue et promis de « vaincre » le narcoterrorisme.
Il veut également intensifier la lutte contre les cultures de coca et a annoncé son intention de reprendre certaines méthodes controversées utilisées dans le passé, notamment la pulvérisation aérienne des plantations de coca.
Le nouveau pouvoir entend donc privilégier une stratégie reposant davantage sur la pression militaire et policière que sur les négociations.
Le modèle Bukele en ligne de mire
Sur le front carcéral, De la Espriella veut également s’inspirer de l’expérience menée au Salvador par Nayib Bukele.
Le président colombien a promis la construction de méga-prisons de haute sécurité destinées à isoler les membres des organisations criminelles et à renforcer le contrôle de l’État sur les détenus.
Plusieurs médias ont comparé son programme sécuritaire à celui de Bukele, dont la politique de lutte contre les gangs au Salvador repose notamment sur des arrestations massives et la construction de grandes infrastructures pénitentiaires.
Le projet colombien s’inscrit dans la même logique de « main de fer », même si les réalités des deux pays restent très différentes.
Il convient toutefois de rester prudent sur certains chiffres circulant sur les réseaux sociaux : si le projet de méga-prisons est bien documenté, le chiffre précis de dix établissements n’est pas suffisamment établi par les sources internationales consultées pour être présenté comme un fait incontestable.
Une rupture avec l’ère Gustavo Petro
La nouvelle orientation de Bogotá contraste fortement avec celle de Gustavo Petro.
L’ancien président, issu de la gauche, avait régulièrement dénoncé l’ingérence étrangère dans les affaires colombiennes et défendu une approche davantage centrée sur la négociation avec les groupes armés.
Les relations entre Petro et Donald Trump avaient d’ailleurs été particulièrement tendues.
Avec Abelardo de la Espriella, le rapport de force change complètement.
Le nouveau président colombien affiche une proximité assumée avec Washington et souhaite intégrer pleinement la stratégie régionale de Donald Trump contre les cartels.
Le Financial Times souligne que cette évolution devrait entraîner un rapprochement important entre Bogotá et Washington après plusieurs années de tensions sous Petro.
Washington retrouve un allié stratégique en Amérique du Sud
Pour Donald Trump, la Colombie représente un partenaire particulièrement important.
Le pays demeure l’un des principaux producteurs mondiaux de cocaïne et occupe une position stratégique en Amérique du Sud. Une coopération militaire renforcée avec Bogotá permettrait donc aux États-Unis d’étendre leur dispositif régional de lutte contre le narcotrafic.
Cette stratégie dépasse d’ailleurs les seules frontières colombiennes.
Selon Reuters, l’administration Trump cherche à constituer un front régional contre les cartels et les groupes armés, en s’appuyant notamment sur la coalition « Shield of the Americas ». La Colombie vient désormais rejoindre ce dispositif avec un gouvernement beaucoup plus favorable à une intervention américaine.
Une stratégie qui soulève déjà des questions
Mais cette nouvelle alliance ne fait pas l’unanimité.
L’idée de permettre à des forces américaines de participer directement à des opérations militaires sur le territoire colombien pourrait provoquer des débats importants sur la souveraineté nationale, les règles d’engagement et le respect du droit international.
La question des frappes contre les trafiquants est elle aussi particulièrement sensible.
L’administration Trump défend une approche considérant certains cartels et groupes criminels comme des menaces assimilables au terrorisme. Plusieurs juristes et organisations de défense des droits humains contestent cependant certaines méthodes utilisées dans le cadre de la nouvelle campagne antidrogue américaine.
Le risque est donc de voir la lutte contre le narcotrafic se transformer en un conflit militaire de plus grande ampleur, avec des conséquences difficiles à prévoir.
Une nouvelle guerre contre la drogue ?
Avec Abelardo de la Espriella, la Colombie semble entrer dans une nouvelle phase de sa longue guerre contre le narcotrafic.
Le président veut mobiliser l’armée, renforcer les prisons, éliminer les cultures de coca et travailler directement avec les forces américaines.
Washington, de son côté, apporte un soutien financier considérable et se dit prêt à approfondir la coopération militaire.
Reste à savoir si cette stratégie permettra réellement de réduire durablement le narcotrafic ou si elle ouvrira une nouvelle période de confrontation armée.
Une chose est déjà certaine : après l’ère Gustavo Petro, Bogotá et Washington ont changé de ton. Et le nouveau président colombien semble déterminé à faire de la lutte contre les cartels l’un des marqueurs majeurs de son mandat.
Rédaction DUNIA NEW’S















