
Le président américain Donald Trump a affirmé vendredi 14 août qu’il entendait déclarer prochainement le détroit d’Ormuz comme un « territoire des États-Unis », après ce qu’il présente comme une défaite de l’Iran. Une déclaration spectaculaire, immédiatement rejetée par Téhéran, alors que le contrôle de cette voie maritime stratégique est au cœur des tensions entre Washington et l’Iran.
Une déclaration qui fait monter d’un cran la tension
Donald Trump a une nouvelle fois durci son discours à l’égard de l’Iran.
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Lors d’une intervention vendredi 14 août à Garden City, dans le comté de Nassau, dans l’État de New York, le président américain a affirmé qu’une fois la guerre contre l’Iran terminée, Washington pourrait s’approprier politiquement le détroit d’Ormuz.
« Après que nous aurons fini de battre l’Iran, qui est très lourdement battu, je déclarerai bientôt le détroit d’Ormuz comme un territoire des États-Unis », a déclaré Donald Trump, selon plusieurs médias ayant rapporté son intervention.
Le président américain a ajouté cette déclaration sur un ton qui a suscité des interrogations sur son degré de sérieux. Selon le média AFP, relayé notamment par The Daily Star, un responsable anonyme de la Maison-Blanche a par la suite affirmé que Donald Trump plaisantait. Cette précision n’efface toutefois pas la portée politique de la déclaration, prononcée publiquement devant son auditoire.
Pourquoi le détroit d’Ormuz est-il si important ?
Situé entre l’Iran et le sultanat d’Oman, le détroit d’Ormuz constitue l’un des principaux passages maritimes stratégiques de la planète. Il relie le golfe Persique au golfe d’Oman et, au-delà, à la mer d’Arabie et à l’océan Indien.
Selon l’Energy Information Administration (EIA) américaine, environ 20 millions de barils de pétrole par jour transitaient en moyenne par le détroit en 2024, soit environ 20 % de la consommation mondiale de liquides pétroliers. Environ un cinquième du commerce mondial de gaz naturel liquéfié y passait également.
Autrement dit, toute perturbation durable du trafic dans cette zone peut rapidement avoir des conséquences bien au-delà du Moyen-Orient : hausse des prix du pétrole, augmentation des coûts du transport et pression sur les prix des carburants dans de nombreux pays.
La situation s’est considérablement dégradée depuis le début du conflit. L’EIA estime que les flux de pétrole brut et de produits pétroliers via Ormuz sont tombés à environ 4,9 millions de barils par jour au deuxième trimestre 2026, contre 21,6 millions de barils par jour au dernier trimestre 2025 avant le début de la guerre.
La déclaration de Donald Trump intervient alors que les États-Unis affirment avoir renforcé leur contrôle militaire sur la zone.
Deux jours avant ses propos de vendredi, le président américain avait déjà affirmé que les États-Unis disposaient d’un « contrôle total » du détroit. Dans un message publié le 12 août, il avait présenté le dispositif naval américain comme un « mur d’acier » et assuré que l’Iran ne pouvait rien y faire, selon Reuters.
Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, avait également déclaré que la marine américaine était capable de maintenir indéfiniment le blocus naval imposé aux ports iraniens, avec une rotation des bâtiments militaires.
Pour Washington, la question d’Ormuz dépasse donc désormais la simple liberté de navigation. Elle est devenue l’un des principaux leviers militaires et économiques utilisés contre Téhéran.
Téhéran répond sèchement à Trump
La réaction iranienne n’a pas tardé.
Kazem Gharibabadi, vice-ministre iranien des Affaires étrangères chargé des questions juridiques et internationales, a rejeté les propos du président américain.
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Il a notamment affirmé que le détroit d’Ormuz ne pouvait pas être « pris » par un message sur les réseaux sociaux, un porte-avions, un décret ou un discours électoral. Le responsable iranien a également réaffirmé que le détroit était et resterait, selon la position de Téhéran, iranien.
Cette réaction illustre l’un des principaux points de confrontation entre les deux pays : qui peut contrôler et réglementer le trafic maritime dans le détroit ?
L’Iran considère depuis longtemps qu’il dispose de droits souverains sur une partie des eaux du détroit. Les États-Unis, eux, défendent le principe d’une libre circulation maritime et contestent les restrictions imposées au trafic.
Une question de droit international particulièrement sensible
La formulation employée par Donald Trump soulève également une question juridique majeure.
Le détroit d’Ormuz n’est pas une portion de territoire américain. Ses eaux sont situées entre les territoires maritimes de l’Iran et d’Oman. Des travaux juridiques spécialisés décrivent le détroit comme un passage maritime international dont les eaux relèvent de la souveraineté des deux États riverains.
Le droit maritime international reconnaît par ailleurs, dans les détroits utilisés pour la navigation internationale, un régime particulier de passage en transit, permettant aux navires de traverser ces passages stratégiques.
Chatham House rappelle toutefois une subtilité importante : les États-Unis comme l’Iran ne sont pas parties à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS), même si Washington considère que le droit de passage en transit fait désormais partie du droit international coutumier.
Dans ce contexte, une simple déclaration présidentielle américaine ne suffirait pas, à elle seule, à transférer juridiquement la souveraineté du détroit aux États-Unis.
Le pétrole au cœur de la confrontation
Derrière la bataille militaire et diplomatique se trouve également une bataille économique.
Le conflit a déjà fortement perturbé les marchés énergétiques. Reuters rapportait vendredi que le baril de Brent avait progressé de 1,45 dollar pour atteindre 88,52 dollars, tandis que le West Texas Intermediate (WTI) gagnait 1,15 dollar à 82,40 dollars. Les deux références étaient alors en passe d’enregistrer de fortes progressions hebdomadaires.
Donald Trump a lui-même demandé aux Américains d’accepter une hausse du prix de l’essence, présentant cette conséquence économique comme le prix à payer pour empêcher l’Iran de développer une capacité nucléaire.
La situation maritime reste particulièrement tendue. Associated Press a rapporté vendredi que deux pétroliers exploités par la compagnie émiratie ADNOC avaient été attaqués par des drones alors qu’ils traversaient le détroit. Aucun décès n’a été signalé dans ces attaques.
Une déclaration qui pourrait compliquer davantage les négociations
Le contrôle d’Ormuz constitue déjà l’un des principaux obstacles aux efforts diplomatiques visant à réduire les tensions entre Washington et Téhéran.
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Selon Reuters, l’Iran avait récemment discuté avec Oman de nouvelles modalités permettant de sécuriser et de réorganiser le trafic maritime. Mais les deux camps restent profondément divisés sur la question de savoir qui doit contrôler les routes d’entrée et de sortie du détroit.
Dans ce contexte, la déclaration de Donald Trump risque d’être interprétée à Téhéran comme une nouvelle revendication de domination américaine sur une zone que l’Iran considère comme relevant de ses intérêts stratégiques.
Même si la Maison-Blanche assure qu’il s’agissait d’une plaisanterie, les propos du président américain interviennent dans un moment où les forces américaines sont effectivement engagées dans une confrontation militaire avec l’Iran et où le trafic maritime dans le détroit a fortement diminué.
Un détroit devenu le symbole de la confrontation
Le détroit d’Ormuz concentre désormais plusieurs enjeux : souveraineté territoriale, liberté de navigation, sécurité énergétique mondiale et rapport de force militaire entre les États-Unis et l’Iran.
Pour Washington, le contrôle du passage représente un moyen de pression considérable sur Téhéran. Pour l’Iran, toute tentative américaine d’imposer sa domination sur le détroit constitue une menace directe à ses intérêts stratégiques.
Reste donc une question essentielle : Donald Trump envisage-t-il réellement une nouvelle revendication territoriale américaine, ou s’agissait-il seulement d’une provocation politique destinée à accentuer la pression sur Téhéran ?
À ce stade, les faits permettent d’affirmer que le président américain a bien prononcé ces mots publiquement. En revanche, aucune décision juridique établissant le détroit d’Ormuz comme territoire américain n’a été annoncée. Et la réaction iranienne montre déjà que toute tentative de concrétisation d’une telle déclaration provoquerait une confrontation diplomatique et juridique majeure.
Rédaction DUNIA NEW’S















