Consommation de sel au Sénégal : entre habitudes culturelles et enjeux de santé publique
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Une enquête nationale menée par le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique révèle une tendance inquiétante : 75,8 % des Sénégalais consomment trop de sel. Cette étude, réalisée sur 7.203 personnes dans 480 sites couvrant les 14 régions du pays, met en lumière une problématique de santé publique qui interpelle autant les médecins que les acteurs religieux et sociaux.
Le poids des habitudes alimentaires
Le Dr Seynabou Mbow, spécialiste de la division des maladies non transmissibles, rappelle que « la population sénégalaise est exposée à plusieurs facteurs de risque : excès de sel, sédentarité, bouillons culinaires, alcool, tabac et pollution atmosphérique ».
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Selon le nutritionniste sénégalais Dr Lamine Diop (Nutrition et Santé en Afrique de l’Ouest, L’Harmattan, 2019, p. 87) :
« Le danger ne vient pas seulement du sel qu’on ajoute dans les plats, mais aussi de l’usage massif des cubes d’assaisonnement et des produits transformés qui saturent nos repas de sodium. »
À Dakar, ce risque est accentué par une forte consommation de sucre : 40,2 % des habitants ajoutent au moins trois morceaux de sucre à leur petit-déjeuner, contre 29,1 % ailleurs. Le surpoids touche 28,8 % de la population nationale, mais grimpe à 38 % dans la capitale.
Une menace silencieuse pour la santé
Pour le Dr Ndèye Maguette Ndiaye Ndom, directrice régionale de la santé à Dakar :
« Ces chiffres indiquent que nous allons vers une explosion des maladies cardiovasculaires et du diabète si nous ne changeons pas nos modes de vie. »
Cette analyse est confirmée par le cardiologue ivoirien Prof. Serge Koffi (Prévenir les maladies cardiovasculaires en Afrique, PUF, 2020, p. 132) :
« Réduire de moitié la consommation de sel dans la population africaine pourrait sauver chaque année des milliers de vies. »
Une responsabilité spirituelle et éthique
L’imam chroniqueur Babacar Diop souligne que cette question dépasse la simple nutrition :
« La consommation abusive de sel n’est pas seulement un choix alimentaire, c’est une atteinte à l’équilibre que Dieu nous a ordonné de préserver. Le Coran dit : “Ne commettez pas d’excès, car Allah n’aime pas ceux qui commettent des excès” (Sourate 7, verset 31). Manger trop salé, trop sucré ou trop gras, c’est trahir ce dépôt qu’est le corps humain. »
L’imam poursuit :
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« Ibn al-Qayyim, dans son ouvrage Zâd al-Ma‘âd (vol. 4, p. 219), nous enseigne que la bonne santé est la meilleure aide pour adorer Allah. Or, quand nous détruisons notre santé par nos excès, nous limitons notre capacité de prière, de jeûne et de service à la communauté. »
Dans le même sens, Ibn Taymiyya rappelait dans Majmû‘ al-Fatâwâ (vol. 23, p. 63) :
« Tout ce qui nuit au corps au point de l’affaiblir est interdit, car le corps est un dépôt confié par Allah. »
Une question de société et de culture
La réflexion ne s’arrête pas au religieux. Le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne écrit dans L’encre des savants (Présence Africaine, 2013, p. 142) :
« La modernité alimentaire en Afrique est un terrain où se joue notre rapport à la mondialisation. Entre plats traditionnels et produits industriels, se dessine un choix de société. »
Ce choix, explique-t-il, doit être guidé non seulement par le goût mais aussi par la responsabilité vis-à-vis de la santé collective.
Vers une éducation nutritionnelle collective
Pour l’imam Babacar Diop :
« Nos mères et sœurs, gardiennes de la cuisine familiale, doivent être les premières alliées de ce combat. Mais les pères, les jeunes et même les leaders religieux doivent aussi s’impliquer. Réduire le sel et le sucre dans nos plats, c’est protéger des générations entières. »
Il conclut par cet appel :
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« Dans une société où la parole du marabout a un poids, il est temps que les guides religieux se lèvent pour dire à leurs fidèles : prenez soin de vos corps, car ils sont le premier capital que Dieu vous a donné. »
Imam chroniqueur
Babacar Diop













