Diorom Boumak : L’île-cimetière du Saloum, entre archéologie vivante et spiritualité paysagère

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Diorom Boumak : L’île-cimetière du Saloum, entre archéologie vivante et spiritualité paysagère

Nichée au cœur du Delta du Saloum, classé patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2011, l’île aux coquillages appelée Diorom Boumak est bien plus qu’un simple site touristique. À une trentaine de minutes de pirogue de Toubacouta, elle se présente comme un sanctuaire naturel et historique, où chaque coquille, chaque baobab et chaque silence porte l’empreinte d’un passé plurimillénaire.

Un éden au temps suspendu

Diorom Boumak s’étend sur près de 400 mètres de long, 300 mètres de large et culmine à 15 mètres d’altitude. Selon le guide local, l’île abritait autrefois plus de 7 000 habitants, un chiffre qui peut surprendre face à son apparente solitude actuelle. Aujourd’hui, seuls les chants des oiseaux troublent la quiétude de cette île fantomatique, où le temps semble s’être figé.

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Ce phénomène de fixation temporelle n’est pas anodin. Pour l’anthropologue camerounais Achille Mbembe, « les lieux de mémoire ont ceci de particulier qu’ils résistent au présent et ne se livrent qu’aux consciences éveillées » (Critique de la raison nègre, 2013, p. 134). Diorom Boumak est de ces lieux : elle n’offre pas seulement un décor, mais une expérience spirituelle, presque mystique.

Les baobabs : sentinelles du sacré

Les imposants baobabs (Adansonia digitata), dont certains atteignent plusieurs siècles d’âge, dominent le paysage. Ces arbres, considérés comme des symboles de longévité et de sagesse en Afrique, constituent aussi des lieux de mémoire sacrée.

Le botaniste sénégalais Dr. Mamadou Lamine Diop rappelle que « le baobab n’est pas seulement une plante, c’est un témoin vivant de l’histoire communautaire ; souvent, les ancêtres y étaient enterrés, les serments prononcés à son pied, et les décisions rituelles prises sous son ombre » (Plantes et culture au Sénégal, 2019, p. 221).

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Ainsi, les baobabs de Diorom Boumak ne sont pas de simples végétaux : ils veillent, ils gardent, ils racontent.

Une mémoire coquillière et archéologique

Mais ce qui fascine sans doute le plus sur cette île, ce sont ses amas coquilliers monumentaux. Ces strates constituées de coquilles d’huîtres, d’arches et d’autres coquillages témoignent d’une économie ancienne de subsistance basée sur la pêche et le ramassage. Ces dépôts ont formé, au fil des siècles, des tumulus à la fois utilitaires et cérémoniels.

L’archéologue Babacar Diamé explique : « Ces amas sont la mémoire enfouie d’un peuple intelligent et pragmatique, capable d’organiser son environnement naturel en fonction de ses besoins. Ils traduisent une intégration écologique remarquable dans le delta lagunaire du Saloum » (Archéologie et territoires du Saloum, CNRS éditions, 2016, p. 88).

Les amas ne sont donc pas de simples déchets, mais des témoins de civilisations anciennes. Une idée que confirme le Pr. Sylvie Marchand, ethnologue au CNRS : « Dans beaucoup de cultures, les déchets deviennent du patrimoine. C’est une manière pour les sociétés de sacraliser l’usage, l’habitat et la transmission » (Archives de l’anthropologie écologique, 2020, p. 102).

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Entre nature, silence et sacré

La montée des 60 marches vers le sommet de l’île se fait dans un silence presque liturgique. Pas de vie humaine visible, ni maisons, ni vestiges d’habitats. Pourtant, tout parle. Le sol, les coquilles, les arbres. Le souffle même du vent semble porteur d’une prière ancienne.

Le géographe Cheikh Faye souligne l’importance de ces îles dans la configuration du sacré au Sénégal : « Le Saloum est un espace de dialogue entre le visible et l’invisible, entre la nature et la spiritualité. Diorom Boumak est un exemple parfait de cette jonction, où la géographie devient cosmogonie » (Géographies sacrées du Sénégal, IFAN, 2022, p. 144).

Une île-cimetière, mais vivante

Certains surnomment Diorom Boumak « l’île-cimetière », non pas parce qu’elle est morbide, mais parce qu’elle garde la mémoire des anciens, des ancêtres, des oubliés. Comme le soulignait Serigne Saliou Mbacké : « Celui qui oublie les traces de ses anciens, abandonne l’héritage de Dieu ». Ce lieu impose donc une méditation : comment un peuple peut survivre dans la pierre, le sel et le silence ?

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Diorom Boumak n’est pas qu’un joyau touristique. C’est un haut-lieu de transmission culturelle, écologique et spirituelle. Loin des bruits du monde, elle interpelle chaque visiteur sur sa place dans l’histoire, dans la nature, dans le sacré. C’est sans doute pourquoi, dans ce silence dense, les pas y deviennent plus lents, les respirations plus profondes, et les regards plus contemplatifs.

-imam chroniqueur Babacar Diop

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