
Alors que les forces russes maintiennent la pression dans le Donetsk, l’Ukraine renforce ses positions autour de Sloviansk et de Kostiantynivka, deux secteurs considérés comme essentiels pour la défense du dernier grand bastion ukrainien dans la région. Volodymyr Zelensky affirme vouloir infliger au moins 30 000 pertes aux forces russes au cours du mois d’août et mise de plus en plus sur les drones, les frappes de précision et les attaques contre la logistique militaire russe.
Sloviansk et Kostiantynivka au cœur de la bataille du Donetsk
La situation se tend de nouveau dans l’est de l’Ukraine.
Après un rapport du commandant en chef des forces armées ukrainiennes, Mykhaïlo Drapaty, Volodymyr Zelensky a annoncé vendredi 14 août que des mesures supplémentaires avaient été prises pour renforcer les secteurs de Sloviansk et de Kostiantynivka, dans la région de Donetsk.
Dans son adresse quotidienne, le président ukrainien a expliqué que les responsables militaires avaient identifié les moyens nécessaires pour consolider ces deux directions et empêcher les forces russes de poursuivre leur progression.
Cette décision intervient alors que l’armée russe cherche à accentuer sa pression sur ce que les analystes militaires décrivent comme la « ceinture fortifiée » du Donbass, un ensemble de villes qui constitue depuis plusieurs années l’une des principales lignes défensives ukrainiennes.
Kostiantynivka se trouve au sud de cet ensemble tandis que Sloviansk est située plus au nord. Avec Kramatorsk et Druzhkivka, ces villes jouent un rôle majeur dans l’organisation de la défense ukrainienne du Donetsk.
Une analyse publiée par le Center for Strategic and International Studies (CSIS) souligne que les forces russes progressent depuis plusieurs mois vers cette ceinture fortifiée, mais à un rythme extrêmement lent. Selon cette étude, les troupes russes avaient notamment avancé d’environ 16 kilomètres en direction de Kostiantynivka et d’environ 15 kilomètres vers Sloviansk entre la fin de 2025 et le début de juin 2026.
Zelensky vise 30 000 pertes russes en août
Dans ce contexte, Volodymyr Zelensky a fixé un objectif particulièrement élevé.
« Je m’attends à ce qu’en août, il n’y ait pas moins de 30 000 occupants éliminés », a déclaré le président ukrainien dans son adresse du 14 août.
Cette annonce a été rapportée par plusieurs médias ukrainiens, dont Kyiv Post, qui précise que Zelensky a formulé cet objectif après une réunion consacrée à la situation militaire sur le front.
Il convient toutefois de préciser que 30 000 n’est pas un bilan indépendant des pertes russes. Il s’agit de l’estimation et de l’objectif affichés par le président ukrainien pour le mois d’août.
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Le terme « éliminés » utilisé par les autorités ukrainiennes peut englober les militaires tués ou mis hors de combat. Il ne permet donc pas, à lui seul, de déterminer combien de soldats russes seraient effectivement morts.
Cette distinction est importante dans une guerre où les deux camps communiquent régulièrement leurs propres estimations des pertes adverses, souvent impossibles à vérifier immédiatement de manière indépendante.
Une guerre d’usure autour des villes fortifiées
Pour l’Ukraine, l’enjeu dépasse la défense de deux villes.
La perte de Kostiantynivka ou une percée russe vers Sloviansk pourrait exercer une pression considérable sur l’ensemble du dispositif ukrainien dans le nord du Donetsk.
Mais contrairement à certaines affirmations circulant sur les réseaux sociaux, la prise de ces villes ne signifierait pas automatiquement que la Russie contrôlerait « une immense partie » de la région.
Il s’agirait plutôt d’une rupture majeure dans le système défensif ukrainien, susceptible de compliquer la défense de Kramatorsk et Sloviansk et de modifier l’équilibre opérationnel dans cette partie du front.
Le CSIS décrit précisément les combats autour de cette zone comme une guerre d’usure, dans laquelle les forces russes tentent progressivement de réduire les positions ukrainiennes malgré des gains territoriaux relativement lents.
Kiev mise sur les drones pour compenser ses difficultés humaines
Face à la pression russe, l’Ukraine cherche à limiter autant que possible l’engagement direct de ses soldats.
Les drones occupent désormais une place centrale dans cette stratégie.
Zelensky a indiqué que le gouvernement ukrainien discutait notamment du financement supplémentaire nécessaire pour renforcer les capacités en drones et les moyens technologiques de l’armée.
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Cette orientation répond à une réalité du conflit : les drones permettent de surveiller les mouvements adverses, de frapper des positions et de perturber la logistique à distance, tout en réduisant l’exposition des soldats ukrainiens.
Depuis le début de l’invasion russe à grande échelle, l’Ukraine a considérablement développé son industrie des drones et cherche désormais à augmenter encore les volumes produits.
Le président ukrainien affirme également que les opérations menées contre les infrastructures pétrolières russes et les chaînes logistiques militaires ont pour objectif de réduire la capacité de Moscou à alimenter son effort de guerre.
Les infrastructures pétrolières russes dans le viseur
Kiev cherche parallèlement à déplacer une partie de la guerre sur le territoire russe.
Les installations énergétiques, les dépôts, les infrastructures logistiques et certains sites liés aux activités militaires russes ont régulièrement été ciblés par des frappes ukrainiennes.
Pour Zelensky, ces opérations doivent obliger Moscou à consacrer davantage de ressources à la protection de ses infrastructures et perturber l’approvisionnement nécessaire aux forces engagées sur le front.
Le président ukrainien défend depuis plusieurs mois cette stratégie de frappes à longue portée.
Dans un discours prononcé en juillet, il avait déjà affirmé que les opérations ukrainiennes contre l’industrie pétrolière russe contribuaient à exercer une pression économique et militaire sur Moscou.
La logique est simple : si l’Ukraine ne peut pas toujours rivaliser avec la Russie en volume de soldats et de matériels lourds, elle cherche à frapper les ressources qui permettent à l’armée russe de poursuivre ses opérations.
De nouvelles sanctions contre les réseaux russes
Le front économique accompagne donc le front militaire.
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Kiev poursuit ses sanctions contre des entreprises, des individus et des navires soupçonnés de contribuer aux activités russes dans les territoires occupés.
La question du transport de marchandises provenant des territoires occupés constitue un autre volet de cette stratégie.
L’Ukraine avait déjà imposé des sanctions contre des navires utilisés, selon ses autorités, pour transporter des marchandises et des équipements destinés à soutenir la logistique militaire russe. En mai, un paquet de sanctions ukrainien visait notamment 29 navires commerciaux considérés comme faisant partie de la flotte logistique militaire russe.
Pour Kiev, ces mesures doivent rendre plus coûteux le fonctionnement des réseaux utilisés par Moscou pour approvisionner ses forces et contourner les sanctions internationales.
L’urgence de la défense antiaérienne
Mais pour les autorités ukrainiennes, la priorité reste également la protection du territoire contre les missiles et les drones russes.
Volodymyr Zelensky réclame depuis plusieurs mois davantage de systèmes de défense antiaérienne et surtout de missiles intercepteurs capables de faire face aux attaques balistiques.
En juillet, le président ukrainien avait encore appelé les pays de l’OTAN à accélérer les décisions concernant les systèmes de défense antiaérienne, en particulier les capacités destinées à intercepter les missiles balistiques.
Cette demande s’explique par l’évolution des bombardements russes.
Moscou utilise régulièrement des drones d’attaque en grand nombre, mais également des missiles de différents types, dont certains sont particulièrement difficiles à intercepter.
En juin, après une importante attaque russe, Zelensky indiquait que les forces russes avaient lancé plus de 70 missiles, dont plusieurs balistiques, ainsi que plus de 650 drones en une seule nuit. Il insistait alors sur la nécessité d’accroître les capacités ukrainiennes de défense contre les missiles balistiques.
« Chaque retard coûte des vies »
Le message adressé aux partenaires occidentaux est donc sans ambiguïté.
Kiev veut davantage de missiles intercepteurs, de systèmes de défense aérienne, de drones et de moyens financiers pour soutenir son industrie de défense.
Pour Zelensky, chaque retard dans la livraison de ces équipements peut avoir des conséquences directes sur le champ de bataille et sur la population civile.
L’Ukraine cherche ainsi à construire une défense reposant davantage sur la technologie et les frappes à distance, tout en essayant de préserver ses effectifs humains.
Un mois d’août décisif dans le Donetsk ?
Le renforcement de Sloviansk et de Kostiantynivka montre en tout cas que Kiev considère cette partie du front comme particulièrement sensible.
La Russie continue de chercher des ouvertures dans le dispositif ukrainien, tandis que l’Ukraine tente de ralentir cette progression par des frappes de précision, des drones et des attaques contre la logistique.
L’objectif annoncé par Zelensky de 30 000 pertes russes en août illustre l’intensité de cette guerre d’usure. Mais ce chiffre doit être compris comme un objectif ou une estimation ukrainienne, et non comme une donnée indépendante déjà établie.
La bataille du Donetsk pourrait donc encore s’intensifier dans les prochaines semaines.
Pour Moscou, avancer dans cette zone permettrait de rapprocher ses forces des principales villes encore contrôlées par Kyiv dans le Donbass. Pour l’Ukraine, tenir cette ligne revient à préserver l’un des derniers grands systèmes défensifs de la région.
À Sloviansk, Kostiantynivka et autour de la ceinture fortifiée du Donetsk, la guerre se joue désormais autant dans les tranchées que dans les airs, sur les écrans des opérateurs de drones et dans les réseaux logistiques qui alimentent les armées.
Rédaction DUNIA NEW’S















