
Cinq ans après les élections locales historiques de 2019, le Togo vit la fin d’un cycle inédit : celui du premier mandat des conseils municipaux depuis la relance de la décentralisation. Au cœur de cette transformation institutionnelle, les femmes élues locales ont incarné un souffle nouveau. Leurs parcours, bien que marqués d’embûches, témoignent d’une montée en puissance du leadership féminin au sein de la gouvernance locale.
Les élues togolaises n’ont pas hérité de postes : elles ont dû les conquérir dans un environnement parfois sceptique, voire réticent. Entre stéréotypes sociaux, poids des traditions et faiblesse des ressources locales, elles ont dû affirmer leur présence, parfois dans des espaces où la parole féminine était longtemps restée marginale. Ce mandat aura été un test grandeur nature de leur capacité à s’imposer, à fédérer et à inspirer.
Dans les quartiers urbains comme dans les zones rurales, ces femmes ont œuvré sans relâche pour répondre aux urgences locales : accès à l’eau, promotion de la santé communautaire, amélioration de l’éducation, lutte contre les violences basées sur le genre, et autonomisation économique des femmes. Leur force ? Une proximité naturelle avec les réalités de base et une approche souvent inclusive de la gestion locale.
Ce premier mandat aura été celui de l’initiation et de la formation. Grâce à l’appui de nombreux partenaires, les élues ont appris à manier les outils de gestion communale, à bâtir des projets et à s’exprimer avec assurance dans les instances décisionnelles. Le soutien du REFELA-Togo, dont elles sont membres, a été déterminant : il a favorisé un réseautage utile, des partages d’expériences et un plaidoyer commun pour une gouvernance sensible au genre.
Mme Agoro Essognina Nassara, conseillère municipale à Agoè-Nyivé 4, a salué le rôle capital joué par les partenaires institutionnels et techniques qui ont accompagné ce processus d’apprentissage. Des structures telles que CAFE, GIZ, Plan International Togo, ASDI, ACTE-AFRIQUE, la HAPLUCIA, ou encore l’Union Européenne ont contribué à renforcer les capacités des élues et à consolider leur position dans la gouvernance locale. Le Ministère Délégué chargé du Développement des Territoires, tout comme la Faitière des Communes du Togo (FCT), ont été des piliers institutionnels pour la mise en œuvre de projets territoriaux inclusifs.
À l’approche des prochaines élections municipales, nombreuses sont les élues qui souhaitent rempiler. Cette fois, elles avancent avec une expérience consolidée et une vision plus claire de leurs territoires. Leur ambition : aller plus loin, corriger les erreurs du passé, renforcer les politiques locales sensibles au genre, et servir de modèles pour les nouvelles générations de femmes leaders.
Un hommage appuyé est rendu au Président du Conseil, SEM , Faure Essozimna Gnassingbé, dont la posture inclusive et l’appui constant ont été décisifs pour que les élues puissent jouer pleinement leur rôle.
Le bilan de cette mandature, bien que perfectible, confirme que l’inclusion des femmes dans la gouvernance locale n’est ni un luxe ni une faveur, mais une nécessité démocratique. Elles ont prouvé qu’elles pouvaient gouverner avec rigueur, éthique et humanité.
À l’heure du renouvellement, l’appel est clair : que davantage de femmes osent franchir le pas, que les partis politiques favorisent leur émergence, et que les citoyens soutiennent massivement une gouvernance équilibrée. Car un Togo plus fort, plus juste, passe par une gouvernance locale paritaire, inclusive et participative.
Jean-Marc Ashraf EDRON















