Kenya : 200 ans de prison pour le pasteur Paul Mackenzie, responsable du drame de Shakahola

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La justice kényane a condamné ce vendredi 6 novembre 2026 le pasteur autoproclamé Paul Nthenge Mackenzie à 200 ans de prison pour son rôle dans la mort de 191 personnes, dont 190 enfants, dans la forêt de Shakahola. Il avait convaincu ses adeptes de se laisser mourir de faim dans l’espoir de rencontrer Jésus avant la fin du monde. Vingt-huit autres personnes ont également été condamnées dans cette affaire qui avait profondément bouleversé le Kenya et suscité une vive émotion à travers le monde.

Kenya : 200 ans de prison pour le pasteur Paul Mackenzie, responsable du drame de Shakahola

Une condamnation historique prononcée à Mombasa

Le verdict a été rendu par la Haute Cour de Mombasa, sous la présidence de la juge Diana Kavedza. Paul Nthenge Mackenzie, fondateur de l’Église internationale de la Bonne Nouvelle (Good News International Church), a été condamné à une peine totale de 200 ans d’emprisonnement pour 191 chefs de meurtre.

Selon les éléments retenus par la justice, 183 victimes sont mortes à la suite d’un jeûne extrême imposé dans le cadre des enseignements du prédicateur. Huit autres personnes, toutes des enfants, ont été victimes de meurtres directs.

La peine de 200 ans résulte de deux séries de condamnations : 100 ans pour les meurtres liés à la famine et 100 ans pour les homicides directs. Les peines de chaque catégorie sont concurrentes, mais les deux ensembles doivent être exécutés successivement.

La condamnation intervient après plusieurs années d’enquête et une longue procédure judiciaire. Le 19 octobre dernier, la même juridiction avait déjà reconnu Mackenzie et 28 coaccusés coupables des 191 meurtres.

Des fidèles poussés à mourir de faim pour rencontrer Jésus

À l’origine de cette tragédie se trouve une doctrine religieuse extrême défendue par Paul Mackenzie. Le prédicateur enseignait à ses adeptes que le jeûne jusqu’à la mort leur permettrait de rencontrer Jésus et d’accéder au paradis avant la fin du monde.

Les fidèles étaient invités à rejoindre la forêt de Shakahola, située dans le comté de Kilifi, sur la côte kényane. Dans cette zone isolée, des familles entières vivaient à l’écart des communautés environnantes.

Selon les conclusions du tribunal, le jeûne n’était pas une simple pratique volontaire. Il existait un système organisé de radicalisation et de contrôle destiné à imposer cette pratique aux membres du groupe.

Les enfants auraient été les premiers concernés, avant que le jeûne ne soit progressivement étendu aux jeunes, aux femmes et aux hommes.

La justice a également établi que des personnes chargées de surveiller les adeptes empêchaient certains d’entre eux de manger ou de boire. Des violences auraient été exercées contre ceux qui tentaient de résister ou de sortir de ce système.

La découverte de centaines de corps dans la forêt de Shakahola

L’affaire a éclaté en avril 2023, lorsque les autorités kényanes ont commencé à enquêter sur des disparitions et des décès signalés dans la région.

Les recherches menées dans la forêt de Shakahola ont conduit à la découverte de nombreuses fosses communes contenant les corps de personnes décédées dans des circonstances particulièrement troublantes.

Au fil des opérations d’exhumation, plus de 400 corps ont été retrouvés. Les enquêteurs ont notamment découvert que plusieurs victimes étaient mortes de faim, tandis que d’autres présentaient des signes de violences physiques.

Le bilan judiciaire retenu dans le procès ayant abouti à la condamnation de Mackenzie concerne précisément 191 victimes : 190 enfants et un adulte.

Cette tragédie, connue sous le nom de massacre de Shakahola, est devenue l’une des affaires criminelles les plus marquantes de l’histoire récente du Kenya.

Vingt-huit autres personnes également condamnées

Paul Mackenzie n’était pas le seul poursuivi dans cette affaire. Vingt-huit autres personnes ont également été reconnues coupables et condamnées.

Parmi les personnes impliquées figuraient notamment des individus chargés de surveiller les adeptes, d’appliquer les consignes du groupe ou encore de participer à l’enterrement des victimes.

Les peines prononcées contre les coaccusés varient entre 10 et 160 ans de prison, selon leur degré de responsabilité dans les faits examinés par la justice.

Pour la juridiction, le drame ne pouvait être réduit aux seules décisions du prédicateur : plusieurs personnes avaient contribué au fonctionnement du système qui a conduit à la mort des fidèles.

Le pasteur conteste les accusations et annonce un recours

Durant la procédure, Paul Mackenzie avait nié avoir contraint ses adeptes à mourir de faim. Sa défense soutenait notamment que les victimes avaient jeûné volontairement.

Mais la juge a rejeté cette argumentation au regard des éléments présentés par l’accusation, notamment les témoignages, les analyses médico-légales et les preuves recueillies pendant l’enquête.

Après le prononcé de la peine, l’avocat du prédicateur a annoncé son intention de faire appel. Les condamnés disposent d’un délai de 14 jours pour contester les décisions judiciaires, selon les informations rapportées par Associated Press.

Par ailleurs, Paul Mackenzie reste concerné par d’autres procédures judiciaires liées à des décès supplémentaires, notamment ceux enregistrés sur un autre site. La condamnation du 6 novembre ne clôt donc pas l’ensemble des dossiers judiciaires le concernant.

Une tragédie qui relance le débat sur le contrôle des organisations religieuses

Le drame de Shakahola a provoqué une profonde remise en question au Kenya concernant la surveillance des organisations religieuses et la protection des personnes vulnérables contre les prédicateurs extrémistes.

Après la découverte des fosses communes, plusieurs voix se sont élevées pour demander un meilleur encadrement des activités religieuses, notamment lorsque des responsables utilisent leur influence pour imposer des pratiques dangereuses à leurs adeptes.

Cette affaire a également soulevé des interrogations sur les alertes qui auraient pu permettre d’intervenir plus tôt. Paul Mackenzie avait déjà fait l’objet de procédures judiciaires avant la découverte du drame de Shakahola.

Avec cette condamnation à 200 ans de prison, la justice kényane vient de rendre une décision majeure dans l’une des affaires les plus meurtrières liées à l’extrémisme religieux de ces dernières années.

Rédaction DUNIA NEW’S.

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