Ils étaient le symbole.
Le symbole d’une Afrique qui ose dire non.
Le symbole d’une jeunesse qui refuse de mourir dans l’attente.
Le symbole d’un peuple qui croyait encore que la politique pouvait servir autre chose que les intérêts personnels.
Pendant des années, les noms de Sonko et Diomaye ont été prononcés dans le même souffle. Ils représentaient une promesse. Une vision. Un rêve collectif.

Aujourd’hui, cette alliance historique se fissure sous les yeux du continent.
Et pourtant, la véritable question n’est pas de savoir qui a raison ou qui a tort.
La véritable question est ailleurs.
Que devient un peuple lorsque ceux en qui il avait placé ses espoirs commencent à se combattre ?
L’Afrique souffre depuis trop longtemps d’une maladie politique silencieuse : la personnalisation excessive du pouvoir.
Nous construisons des nations autour des hommes au lieu de construire des institutions plus fortes que les hommes.
Nous applaudissons les leaders comme des sauveurs.
Puis nous découvrons qu’ils restent des êtres humains.
Avec leurs ambitions.
Leurs divergences.
Leurs égos.
Leurs limites.
Le Sénégal nous rappelle aujourd’hui une vérité fondamentale : aucune nation ne peut dépendre éternellement de l’entente entre deux individus.
Même les plus grands alliés peuvent se séparer.
Même les plus solides compagnonnages politiques peuvent éclater.
Même les révolutions les plus populaires peuvent être confrontées à leurs contradictions.
La maturité démocratique ne consiste pas à éviter les conflits.
Elle consiste à empêcher que les conflits entre dirigeants deviennent les conflits du peuple.
Ce qui importe désormais n’est pas de savoir qui remportera cette bataille politique.
Ce qui importe est de savoir si les Sénégalais conserveront les acquis de leur démocratie.
Si les institutions résisteront aux tensions.
Si l’intérêt national restera au-dessus des intérêts individuels.
L’histoire africaine est remplie de héros devenus adversaires.
Mais elle est aussi remplie de peuples qui ont payé le prix de leurs querelles.
Que le Sénégal ne rejoigne pas cette liste.
Que cette crise devienne une leçon.
Une leçon pour Dakar.
Une leçon pour Lomé.
Une leçon pour Cotonou.
Une leçon pour Abuja.
Une leçon pour toute l’Afrique.
Car au bout du compte, les présidents passent.
Les premiers ministres passent.
Les partis politiques passent.
Mais le peuple reste.
Et c’est toujours lui qui paie la facture des divisions de ceux qu’il a portés au sommet.
L’Afrique n’a plus besoin d’hommes providentiels.
Elle a besoin d’institutions providentielles.
Elle n’a plus besoin de messies politiques.
Elle a besoin de dirigeants capables de placer la nation au-dessus d’eux-mêmes.
Parce qu’un peuple ne mange pas les rivalités politiques.
Un peuple mange la stabilité, la justice, le travail et l’espoir.
Et c’est précisément ce que les Africains attendent encore de leurs dirigeants.
Tossoukpe Frédéric Herman
Écrivain et chroniqueur africain.















