MICROFINANCE AU TOGO : La gouvernance des institutions face à l’impératif de protéger l’épargne des populations

Votre Pub ici !

Partager cet article
MICROFINANCE AU TOGO : La gouvernance des institutions face à l’impératif de protéger l’épargne des populations

Entre insuffisances managériales, conflits d’intérêts, fragilisation du personnel et utilisation parfois contestable des ressources, la gouvernance des institutions de microfinance appelle à davantage de rigueur, de transparence et de responsabilité. Avec le renforcement du cadre réglementaire dans l’espace UMOA, l’enjeu est désormais de préserver la confiance des épargnants et la pérennité de ces établissements financiers.

Les institutions de microfinance occupent une place importante dans le financement de l’économie togolaise.
En facilitant l’accès aux services financiers aux populations qui reste et souvent en marge du système bancaire classique, elles accompagnent les petits commerçants, les artisans, les producteurs agricoles, les entrepreneurs et les ménages à revenus modestes. Mais derrière cette mission d’inclusion financière se pose une exigence fondamentale : celle d’une gouvernance suffisamment solide pour garantir la sécurité de l’épargne collectée et la continuité des services offerts.

Au Togo, comme dans les autres pays de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), la stabilité des institutions de microfinance ne dépend pas uniquement de leur capacité à mobiliser l’épargne ou à octroyer des crédits. Elle repose également sur la qualité de leur administration, la compétence de leurs dirigeants, l’efficacité des mécanismes de contrôle et le respect des règles de gestion.

Or, certaines insuffisances internes peuvent fragiliser progressivement ces structures. Si les difficultés économiques, la baisse du pouvoir d’achat, les risques liés aux activités agricoles et les contraintes réglementaires constituent des facteurs de vulnérabilité, les défaillances de gouvernance méritent également une attention particulière.

Le Conseil d’administration, premier garant de la bonne gouvernance

Dans une institution de microfinance, le Conseil d’administration ne devrait jamais être réduit à un simple organe de validation des décisions de la Direction générale. Sa mission consiste notamment à définir les orientations stratégiques, surveiller la gestion, protéger le patrimoine de l’institution et veiller au respect des obligations réglementaires.

Sa responsabilité est donc déterminante dans la prévention des dysfonctionnements. Il lui revient notamment d’examiner les performances de la Direction générale, de s’assurer de la bonne utilisation des ressources financières et matérielles et de donner suite aux éventuelles alertes des organes de contrôle.

Un Conseil d’administration véritablement responsable doit pouvoir questionner les décisions sensibles, demander des explications sur les dépenses importantes et prendre des mesures correctives lorsque l’intérêt de l’institution l’exige.

La proximité personnelle, les affinités ou les considérations particulières ne devraient en aucun cas prendre le dessus sur l’intérêt collectif. La fonction d’administrateur implique une obligation de vigilance et de responsabilité envers l’institution, ses membres, ses salariés et surtout les populations qui lui confient leur épargne.

La compétence managériale, une condition essentielle à la performance

La désignation d’un Directeur général constitue une étape déterminante dans la vie d’une institution de microfinance. Toutefois, accéder à cette fonction ne signifie pas automatiquement disposer de toutes les compétences nécessaires pour conduire efficacement un établissement financier.

La gestion d’une IMF exige une maîtrise des opérations de crédit, du recouvrement, de la trésorerie, de la gestion des risques, du contrôle interne et de la conformité réglementaire. Elle nécessite également des aptitudes en leadership, en planification stratégique et en gestion des ressources humaines.
Dès lors, les nominations devraient reposer sur des critères objectifs de qualification, d’expérience, d’intégrité et de capacité à conduire les équipes vers des résultats durables.
Au-delà des compétences techniques, le style de management constitue un autre facteur déterminant. Une direction qui entretient les rivalités, favorise certains collaborateurs au détriment d’autres ou marginalise les agents expérimentés risque d’affaiblir progressivement la cohésion interne.
Dans un environnement financier où la rigueur et la circulation de l’information sont indispensables, la division du personnel peut devenir une véritable source de vulnérabilité. Elle peut décourager les initiatives, freiner les alertes professionnelles et compromettre la qualité du contrôle interne.
La performance d’une institution ne se construit pourtant pas sur la méfiance. Elle repose sur la mobilisation des compétences, la reconnaissance du mérite, le respect des responsabilités et la recherche permanente de résultats.

La marginalisation des compétences : un risque pour l’institution

L’une des préoccupations soulevées par la problématique de la gouvernance concerne le traitement réservé aux collaborateurs expérimentés qui contribuent au fonctionnement des institutions.
Lorsque des agents compétents sont progressivement écartés des responsabilités, privés d’informations nécessaires à leurs missions ou soumis à des mesures professionnelles injustifiées, c’est toute l’organisation qui peut en subir les conséquences.
Certes, les responsables hiérarchiques disposent de prérogatives pour organiser le travail, évaluer les performances et procéder aux réajustements nécessaires. Mais ces décisions doivent être motivées par des considérations professionnelles objectives et respecter les droits des travailleurs.
La loyauté envers une institution ne saurait être assimilée à une soumission personnelle à son dirigeant. Un collaborateur qui attire l’attention sur une anomalie, rappelle une procédure ou formule une observation professionnelle de bonne foi participe également à la protection de l’établissement.
La bonne gouvernance doit donc garantir un environnement dans lequel les compétences sont valorisées et les mécanismes d’alerte préservés.

La succession à la Direction générale : entre transmission d’expérience et risque de bicéphalisme

La question de la transition managériale mérite également une attention particulière. Dans certaines configurations, le départ d’un Directeur général ne met pas nécessairement fin à son influence sur le fonctionnement de l’institution.
Le recours de l’établissement à son ancien dirigeant dans le cadre d’une prestation de conseil ou d’accompagnement rémunérée, après la nomination d’un successeur, peut soulever des interrogations légitimes sur la préparation de la relève et la pertinence du processus de recrutement.
L’expérience d’un ancien responsable peut naturellement être utile pour assurer une transmission efficace des dossiers et faciliter la continuité des activités. Toutefois, cette intervention doit répondre à un besoin clairement établi.
Elle devrait être encadrée par des termes de référence précis, des objectifs mesurables, des livrables vérifiables, une rémunération justifiée et une durée déterminée.
Il importe surtout d’éviter toute confusion dans la chaîne de commandement. Le nouveau Directeur général doit pouvoir exercer pleinement les responsabilités qui lui sont confiées, dans les limites de ses délégations, sans subir une influence informelle susceptible de créer un bicéphalisme préjudiciable à la gestion.
La responsabilité du Conseil d’administration demeure ici essentielle, tant dans le choix du dirigeant que dans l’encadrement de toute prestation confiée à un ancien responsable.

Le patrimoine de l’institution n’est pas une propriété personnelle

La gestion des biens et des ressources constitue un autre pilier de la gouvernance des institutions de microfinance.
Les ressources financières, les véhicules, les équipements, les moyens de communication et les autres biens appartenant à une IMF doivent être utilisés conformément à leur destination et dans l’intérêt de l’établissement.
Les dépenses personnelles prises en charge sans justification, les contrats insuffisamment documentés, les opérations présentant des risques de conflits d’intérêts ou encore l’utilisation injustifiée des biens matériels sont autant de situations qui nécessitent une vigilance particulière.
Toutefois, leur appréciation doit reposer sur des éléments vérifiables : pièces comptables, contrats, autorisations, rapports de mission et preuves des prestations réalisées.
Le contrôle de ces opérations ne relève pas d’une simple formalité administrative. Il constitue un mécanisme indispensable de protection des ressources collectives.
À cet égard, les organes de contrôle interne, les conseils de surveillance et les auditeurs doivent pouvoir exercer leurs missions avec indépendance et disposer des moyens nécessaires pour signaler les éventuelles irrégularités.

La nouvelle réglementation, une opportunité pour assainir la gouvernance

Le renforcement du cadre juridique constitue une avancée importante dans cette dynamique de responsabilisation.
Au Togo, la loi n° 2026-005 du 24 mars 2026 portant réglementation de la microfinance en République togolaise s’inscrit dans la volonté de renforcer les exigences en matière de gouvernance, de supervision, de contrôle interne et de protection des usagers.
Cette évolution réglementaire rappelle que les institutions qui collectent l’épargne du public doivent répondre à des exigences de transparence, de compétence et de responsabilité.
La mise en œuvre effective de ces dispositions suppose cependant une implication de tous les acteurs : conseils d’administration, directions générales, organes de surveillance, auditeurs et autorités de supervision.
Il ne suffit pas de disposer de textes réglementaires. Encore faut-il veiller à leur application effective, assurer le suivi des recommandations et prendre les mesures appropriées lorsque des manquements sont établis.

Protéger la microfinance, c’est avant tout protéger les épargnants

Au-delà des divergences entre dirigeants et administrateurs, des insuffisances managériales ou des éventuels conflits internes, les véritables enjeux concernent les populations.
Une institution fragilisée par une mauvaise gouvernance peut voir sa trésorerie se détériorer, ses charges augmenter, son portefeuille de crédit se dégrader et sa capacité de financement diminuer. À terme, la confiance des déposants peut également être affectée.
Les premières victimes potentielles sont alors les petits commerçants, les artisans, les agriculteurs, les salariés et les ménages qui confient leurs économies à ces structures dans l’espoir de sécuriser leurs ressources et de financer leurs projets.
Il serait néanmoins injuste de généraliser ces préoccupations à l’ensemble des institutions de microfinance. De nombreux administrateurs, dirigeants et salariés accomplissent leurs missions avec professionnalisme et engagement.
Mais la reconnaissance de ces efforts ne doit pas empêcher d’interroger les pratiques susceptibles de compromettre la stabilité d’autres établissements.
L’urgence est donc de promouvoir une gouvernance fondée sur la compétence, l’éthique, la transparence, la collégialité des décisions et la responsabilité individuelle et collective.
Les Conseils d’administration doivent pleinement assumer leur mission de surveillance. Les Directeurs généraux doivent maîtriser leurs prérogatives et rendre compte de leur gestion. Les anciens dirigeants doivent respecter les limites de leurs fonctions. Quant aux organes de contrôle, ils doivent pouvoir exercer leurs missions sans pression ni complaisance.
Car, au fond, une institution de microfinance n’est ni la propriété personnelle d’un Directeur général, ni celle d’un ancien dirigeant, encore moins celle d’un groupe d’administrateurs.
Elle constitue avant tout un instrument de développement économique et social dont la première responsabilité demeure la protection de l’épargne populaire.

La pérennité de la microfinance au Togo et dans l’espace UMOA dépendra ainsi moins des ambitions individuelles que de la capacité de ses acteurs à faire prévaloir l’intérêt collectif sur les intérêts particuliers.

Par Jean-Marc Ashraf pour Dunia-news

Partager cet article

Recherche en direct

Catégories

Votre Pub ici !

Autres publications

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Activer les notifications Accepter Non, merci