Cameroun : le cacao doit prouver son origine pour rester sur le marché européen

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Cameroun : le cacao doit prouver son origine pour rester sur le marché européen

Le règlement européen contre la déforestation impose de nouvelles exigences de traçabilité aux produits importés. Pour les petits producteurs camerounais, cette adaptation arrive alors que les prix du cacao ont fortement reculé.

Le cacao camerounais entre dans une période décisive. L’Union européenne, qui constitue un débouché majeur pour la production nationale, renforce les conditions d’accès à son marché avec son règlement sur les produits exempts de déforestation. Le texte impose aux opérateurs de pouvoir démontrer que les produits importés ne sont pas issus de terres ayant fait l’objet de déforestation après la date de référence fixée par la réglementation européenne.

Pour la filière camerounaise, cette nouvelle exigence passe notamment par une meilleure connaissance de l’origine du cacao. Les parcelles doivent pouvoir être identifiées et géolocalisées afin de permettre la traçabilité des fèves tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

Le calendrier approche. Les grandes et moyennes entreprises devront se conformer au dispositif à partir du 30 décembre 2026. Pour la plupart des micro et petites entreprises concernées, l’échéance est fixée au 30 juin 2027.

Sur le terrain, l’adaptation représente un effort considérable pour les petits producteurs. Identifier les parcelles, recueillir les données nécessaires et modifier certaines pratiques agricoles demandent du temps, des compétences et des moyens financiers. Dans certaines exploitations, la transition suppose également de revoir les méthodes de production, notamment l’utilisation des engrais, la gestion de l’ombrage et le renouvellement des plants.

Cette évolution intervient surtout dans un contexte moins favorable pour les producteurs. Après les niveaux exceptionnellement élevés atteints par le cacao entre 2023 et 2025, les prix ont reculé. Au 29 septembre 2026, l’Office national du cacao et du café indiquait un prix d’achat compris entre 2 700 et 2 750 FCFA le kilogramme à Douala.

Pour un planteur, cette baisse pèse directement sur la capacité à financer l’entretien de sa cacaoyère. Taille des arbres, récolte, écabossage, fermentation, séchage : chaque étape représente une dépense ou une quantité importante de travail. Les investissements nécessaires pour répondre aux nouvelles exigences de traçabilité viennent donc s’ajouter à des charges déjà élevées.

Le Cameroun prépare néanmoins sa filière à cette nouvelle donne. En juillet 2026, les Cocoa Days organisés à Yaoundé ont réuni les principaux acteurs du secteur autour de la traçabilité, de la légalité des productions, de la lutte contre la déforestation et de l’amélioration des revenus des producteurs.

L’enjeu dépasse ainsi la seule mise en conformité administrative. Si le cacao camerounais veut conserver sa place sur le marché européen, toute la chaîne devra être capable de garantir son origine et ses conditions de production. Mais cette transformation pose une question essentielle : qui doit en supporter le coût ?

Les producteurs ne sont qu’un maillon d’une filière qui va devoir mobiliser des moyens importants pour répondre aux nouvelles règles européennes. Coopératives, exportateurs, pouvoirs publics et partenaires techniques sont appelés à accompagner cette transition afin que la traçabilité ne devienne pas une charge supplémentaire pour ceux qui disposent déjà des marges financières les plus faibles.

À quelques mois des premières échéances, le défi est donc double pour le Cameroun : garantir que son cacao puisse continuer à accéder au marché européen tout en évitant que les coûts de cette adaptation ne pèsent principalement sur les petits producteurs. La conformité aux nouvelles règles se jouera dans les parcelles, mais aussi dans la capacité de la filière à financer et organiser cette transformation.

Celine Dou

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