Nucléaire et double standard : le jeu dangereux des grandes puissances
Votre Pub ici !

Les frappes américaines contre l’Iran viennent de marquer un tournant décisif dans l’escalade des tensions au Moyen-Orient. Sous l’impulsion de Donald Trump, les États-Unis ont franchi une ligne rouge en s’attaquant directement aux sites nucléaires iraniens. Une décision qui soulève de nombreuses interrogations sur la légitimité des puissances nucléaires à dicter les règles du jeu.
Une guerre annoncée
La rhétorique belliqueuse de Donald Trump s’est transformée en action militaire. Présenté par ses partisans comme un défenseur de la paix, le président américain s’illustre désormais par une posture de confrontation assumée. Dans une allocution empreinte de défi, il a revendiqué les frappes sur l’Iran, n’hésitant pas à menacer de nouvelles attaques si Téhéran ne « recherche pas la paix ». Une exigence paradoxale : l’Iran, agressé, est sommé de faire preuve de retenue.
À lire aussi : « 14 ans après le 23 juin 2011 : Y’en a marre ravive la flamme citoyenne »
Cette offensive, bien que brutale, n’est pas totalement inattendue. Depuis plusieurs mois, les tensions entre les États-Unis, Israël et l’Iran s’intensifiaient. L’objectif affiché de cette opération militaire : empêcher la République islamique de se doter de l’arme nucléaire.
Une riposte iranienne qui déjoue les pronostics
Contrairement à ce que pouvaient espérer Washington et Tel-Aviv, l’Iran n’a pas opté pour la passivité. Sa réaction fut immédiate et marquée. Plusieurs missiles ont percé le fameux « Dôme de fer » israélien, mettant en lumière certaines vulnérabilités de la défense de l’État hébreu. Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a salué les frappes américaines, signe de l’importance cruciale du soutien américain dans cette nouvelle phase du conflit. Israël, isolé et sous pression, voit dans l’alignement américain un renfort vital.
Malgré son isolement international et les sanctions économiques qui l’étranglent depuis des décennies, l’Iran montre une résilience peu commune. Loin de se laisser intimider, le pays poursuit son programme nucléaire, arguant de son droit à la souveraineté et à l’équité dans l’accès aux technologies de défense.
À lire aussi : Immigration aux États-Unis : Une lettre ouverte remet en cause les politiques de Trump et les stéréotypes progressistes
L’ombre du deux poids, deux mesures
Le débat de fond dépasse la question iranienne. Il interroge un système international profondément inégalitaire. Pourquoi certains États auraient-ils le droit de posséder l’arme nucléaire quand d’autres en sont systématiquement empêchés ? Les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, Israël… Tous détiennent la bombe. Pourtant, ce sont souvent ces mêmes puissances qui s’érigent en gardiens de la « stabilité mondiale », refusant ce privilège aux autres.
Ce paradoxe révèle un préjugé ancien, empreint d’européocentrisme : l’idée que seuls les pays occidentaux seraient capables de gérer la puissance atomique avec discernement. À l’inverse, les nations non occidentales sont souvent perçues comme trop instables ou irrationnelles pour accéder à un tel pouvoir.
Et pourtant, rappel historique incontournable : un seul pays a utilisé l’arme nucléaire dans un conflit, et ce sont les États-Unis, à Hiroshima et Nagasaki en 1945. Ce précédent jette une lumière crue sur la prétendue moralité des « puissances responsables ».
À lire aussi : Nucléaire iranien : l’AIEA alerte sur les risques d’effondrement du régime de non-prolifération après les frappes américaines
Israël, l’impunité d’un État nucléaire non déclaré
Israël, bien qu’ayant un programme nucléaire avancé, n’a jamais reconnu officiellement la possession de l’arme atomique. Le pays bénéficie d’une tolérance occidentale largement interprétée comme un prolongement de la culpabilité européenne liée aux persécutions passées des Juifs — de l’Inquisition à la Shoah. Une indulgence qui, aujourd’hui, se traduit par un silence assourdissant face aux violations répétées du droit international, notamment en Palestine.
Ce deux poids, deux mesures alimente les frustrations, fragilise l’universalité du droit international et jette le doute sur la légitimité des institutions censées garantir la paix mondiale — y compris l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), pourtant lauréate du Prix Nobel de la paix en 2005.
Vers une déstabilisation durable
La stratégie de guerre préventive, les bombardements ciblés, les justifications fondées sur des principes à géométrie variable : tout cela participe à une dangereuse banalisation de l’usage de la force dans les relations internationales. Si le droit n’est plus le même pour tous, alors il devient un instrument de domination au lieu d’un rempart contre l’arbitraire.
À lire aussi : Multiplication des secousses sismiques au Japon : les autorités redoutent un séisme majeur
Le cas iranien rappelle celui d’autres puissances confrontées à l’intervention étrangère : les Soviétiques en Afghanistan, les Américains au Vietnam, les Français en Indochine. À chaque fois, les peuples agressés ont résisté avec acharnement, parfois au prix de lourdes pertes, mais sans céder. L’Iran semble aujourd’hui suivre cette trajectoire.
Une nouvelle ère d’incertitude
Le conflit actuel annonce moins la fin d’un programme nucléaire que le début d’une nouvelle ère d’incertitude. Ni les missiles, ni les menaces, ni les sanctions ne viendront facilement à bout d’un peuple aussi déterminé. Et en alimentant les tensions au nom d’un ordre international biaisé, les grandes puissances risquent d’ouvrir la porte à des bouleversements encore plus profonds.
imam chroniqueur Babacar Diop













