Parcelles-Assainies — Deux imposteurs arrêtés après des extorsions déguisées en contrôle policier
Votre Pub ici !

Le commissariat d’arrondissement de l’Unité 15 des Parcelles-Assainies a arrêté, le 11 novembre 2025, deux individus se faisant passer pour des policiers et soupçonnés d’avoir extorqué de l’argent à plusieurs personnes autour du Centre aéré de la BCEAO.
Les victimes ont rapporté avoir été interpellées, menottées et contraintes de remettre des sommes comprises entre 20 000 et 500 000 F CFA.
Selon le récit des forces de l’ordre, les malfrats ont d’abord échappé à une première intervention avant d’être repérés sur la VDN 3, près du tribunal de Pikine-Guédiawaye. En tentant de fuir, le conducteur — qui ne disposait pas de permis — a percuté un poteau électrique. Lui et son complice ont été interpellés, tandis qu’un troisième a réussi à s’enfuir.
La fouille du véhicule a permis de découvrir une tablette Lenovo, deux cartes d’identité, une tenue de sapeur-pompier, un béret, un pistolet factice, une paire de menottes et une carte d’agent de sécurité rapprochée.
À lire aussi : Türkiye relance la médiation entre Moscou et Kiev : Hakan Fidan et Rustem Umerov discutent des échanges de prisonniers
Les suspects ont reconnu les faits. Ils sont poursuivis pour association de malfaiteurs, extorsion de fonds, usurpation de fonction, violences et voies de fait, mise en danger de la vie d’autrui et conduite sans permis.
L’article 226 du Code pénal sénégalais prévoit d’ailleurs des peines allant de deux à cinq ans pour quiconque s’immisce, sans titre, dans des fonctions publiques.
Un symptôme de la crise de confiance envers l’autorité
Au-delà des faits, cette affaire illustre un phénomène social inquiétant : l’apparence de l’autorité (uniforme, insigne, menottes) peut suffire à imposer la peur et à légitimer la tromperie.
Le philosophe Michel Foucault analysait déjà ce paradoxe du pouvoir dans Surveiller et punir :
« Le pouvoir disciplinaire, quant à lui, s’exerce par son invisibilité ; mais en même temps, il impose à ceux qu’il soumet un principe de visibilité obligatoire. Dans la discipline, ce sont les sujets qui doivent être vus. »
(Surveiller et punir : Naissance de la prison, Gallimard, 1975, p. 214*)
Cette réflexion explique pourquoi l’imitation d’attributs policiers peut suffire à intimider des citoyens, même en l’absence d’autorité réelle.
La sociologie et la morale sénégalaise à l’appui
À lire aussi : Tripoli et Ankara consolident leur partenariat énergétique pour relancer l’économie libyenne
Le sociologue Abdoulaye-Bara Diop, auteur de La famille wolof. Tradition et changement (Karthala, 1985), insistait sur l’importance de la légitimité institutionnelle dans le maintien de la cohésion sociale. Selon son analyse, lorsqu’une société perd confiance en ses institutions, elle devient vulnérable à des formes de pouvoir parallèle ou d’imposture.
Dans la même veine, la pensée soufie de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké met en garde contre la tromperie :
« Celui qui ment ou trompe son prochain s’expose à la honte et à la perte ; la vérité est la seule voie qui mène à la paix intérieure. »
(Massalik al-Jinân, verset 322*)
Ces enseignements rappellent que la lutte contre la corruption et l’usurpation d’autorité ne relève pas seulement du droit, mais aussi d’une éthique spirituelle et citoyenne.
Un appel à la vigilance collective
L’affaire des faux policiers des Parcelles-Assainies rappelle la nécessité d’une vigilance accrue :
du côté des citoyens, qui doivent exiger la présentation de cartes professionnelles officielles ;
du côté de l’État, qui doit renforcer la transparence et la traçabilité au sein des forces de sécurité.
Comme le résume le juriste sénégalais Mamadou Ndoye dans État et société au Sénégal contemporain (L’Harmattan, 2019, p. 93) :
« La confiance envers la puissance publique ne peut naître que là où la fonction d’autorité est exercée dans la clarté et non dans l’apparence. »
À lire aussi : L’Égypte et la Türkiye consolident leur alliance régionale : Le Caire réaffirme son soutien à Damas
L’épisode des Parcelles-Assainies, aussi troublant soit-il, peut ainsi servir d’électrochoc pour raviver le débat sur la moralisation et la crédibilité de l’uniforme — symbole de service, non de domination.
Imam chroniqueur
Babacar Diop













