Quand l’émotion redescend : comprendre la “gueule de bois émotionnelle”

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Quand l’émotion redescend : comprendre la “gueule de bois émotionnelle”

Il existe des lendemains sans alcool qui pèsent pourtant lourd. Après une fête, un week-end heureux ou une parenthèse enchantée, l’esprit peut se vider soudain comme une salle qui se dépeuple. Ce phénomène discret, mais bien réel, porte un nom : la “gueule de bois émotionnelle”. Les psychologues constatent qu’elle touche de plus en plus de personnes, souvent sans qu’elles puissent la nommer.

La vie moderne, avec sa cadence serrée, nous entraîne dans une oscillation permanente entre stimulations, attentes, performances et quêtes de répit. Quand survient un moment joyeux, on croit instinctivement avoir rechargé toutes ses batteries. En réalité, on mobilise souvent une énergie invisible.

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Un effondrement normal du système émotionnel

Gabrielle Morse Sanderson, thérapeute et fondatrice de la thérapie noétique, expliquait à VeryWellMind que cette retombée après l’euphorie est tout à fait naturelle :
« Il est normal de se sentir mentalement et émotionnellement épuisé après des expériences positives. Même ce qui est agréable exige une forme d’engagement intérieur », rappelle-t-elle.

Cette idée rejoint les travaux du psychologue américain Daniel Goleman, spécialiste de l’intelligence émotionnelle. Dans son ouvrage Emotional Intelligence (Bantam Books, 1995, p. 57), il écrit :
« L’émotion possède un coût énergétique réel. Plus l’intensité d’un moment est forte, plus le système nerveux consomme de ressources et nécessite ensuite un temps de récupération. »

Cela explique pourquoi un week-end exaltant peut être suivi d’un lundi morose. Le corps et le mental, après avoir carburé au plaisir, réclament une pause.

Les personnes anxieuses ou dépressives y sont plus vulnérables. Selon la psychologue clinicienne Martha Nussbaum, dans Upheavals of Thought (Cambridge University Press, 2001, p. 112),
« les émotions positives intenses peuvent parfois déclencher un contre-choc chez les individus sensibles, où l’esprit interprète l’après-coup comme une perte ou une chute. »

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Les symptômes à connaître

Cette “gueule de bois émotionnelle” se manifeste souvent par :

  • anxiété
  • sentiment de détachement
  • brouillard mental
  • fatigue profonde
  • confusion
  • solitude
  • chute de motivation
  • tristesse diffuse

Ces signes ne renvoient pas à une fragilité, mais à un mécanisme physiologique normal.

Le psychiatre Bessel van der Kolk, dans son ouvrage majeur The Body Keeps the Score (Viking, 2014, p. 94), rappelle que
« le système émotionnel humain alterne naturellement entre activation et retrait. Ignorer ces cycles expose à l’épuisement, même après des expériences positives. »

Comment s’en remettre ?

La thérapeute Alyssa Petersel recommande d’adopter des rituels simples avant et après les moments intenses pour prévenir la chute :
prévoir des instants de calme, bien manger, bien boire, rééquilibrer son sommeil ou écrire ses ressentis.

Ces conseils rejoignent ceux de Brené Brown, chercheuse en sciences sociales. Dans Atlas of the Heart (Random House, 2021, p. 202), elle explique :
« Nous devons traiter les émotions fortes comme des vagues : les accueillir, les laisser passer, puis reconstruire notre stabilité intérieure. Le repos émotionnel n’est pas un luxe, mais une nécessité. »

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La gueule de bois émotionnelle n’est donc pas un trouble mystérieux, encore moins une anomalie. Elle est la preuve que la joie elle-même demande parfois un temps de digestion, que le cœur a besoin de se poser après avoir vibré trop haut ou trop vite.

Imam chroniqueur
Babacar Diop

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