
À chaque grande compétition de football africain, un autre match se joue loin des stades, hors caméra et hors pelouse. C’est le match invisible des pronostics mystiques, des visions annoncées et des certitudes proclamées au nom du sacré. Le Sénégal–Mali en a offert une illustration saisissante.
« Le marabout malien a proposé, le marabout sénégalais a disposé. »
La boutade d’un internaute, lancée après le coup de sifflet final, a fait mouche. Derrière l’humour, elle révèle une réalité profondément ancrée : dans l’imaginaire populaire, le football n’est jamais totalement séparé du monde de l’invisible.
Selon la rumeur, un marabout malien aurait affirmé avoir “vu” la victoire des Aigles, au point de convaincre un passionné d’y engager une forte somme. Mais à la 27e minute, Illiman Ndiaye a rappelé une vérité théologique fondamentale : ce qui doit arriver arrive, non parce qu’un homme l’a vu, mais parce que Dieu l’a voulu.
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Comme le rappelle l’imam et chroniqueur Babacar Diop :
« La foi n’est pas la prétention de connaître l’avenir, mais l’humilité d’accepter que seul Dieu le détient. Celui qui transforme la religion en outil de prédiction sportive la vide de sa substance spirituelle. »
Le Coran est pourtant explicite :
« Dis : nul de ceux qui sont dans les cieux et sur la terre ne connaît l’Invisible, à part Allah » (Sourate An-Naml, v.65).
Cette parole tranche net avec certaines dérives contemporaines où le religieux se mêle au spectaculaire, et où le marabout est parfois sommé d’être devin, oracle ou bookmaker spirituel.
La comparaison avec Paul le Poulpe, célèbre lors du Mondial 2010, amuse mais éclaire aussi. Cette pieuvre allemande avait surpris le monde en devinant plusieurs résultats, y compris la défaite de l’Allemagne face à l’Espagne. Mais Paul n’était qu’un animal, sans prétention spirituelle. Il ne parlait ni de visions, ni de révélations, ni de pactes sacrés. Et pourtant, certains humains veulent aller plus loin que lui.
Pour l’imam Babacar Diop, le danger est clair :
« Lorsque le religieux devient un spectacle, il cesse d’éduquer les consciences. Et lorsque la foi est instrumentalisée pour le jeu ou l’argent, elle se transforme en illusion collective. »
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Il faut le dire sans détour : le football relève de l’effort humain, du travail tactique, de la discipline et du talent. Y mêler Dieu comme garant d’un score ou d’un but précis relève d’une confusion théologique grave. Dieu n’est ni sélectionneur, ni arbitre, ni supporter d’un camp contre un autre.
Dans une autre réflexion, l’imam-chroniqueur souligne :
« Dieu accompagne la justice, la sincérité et l’effort. Il ne cautionne ni la tromperie, ni la manipulation des croyances populaires, encore moins les paris déguisés en spiritualité. »
Lorsque la prédiction échoue, comme ce fut le cas pour ce fameux “Mara”, la réalité reprend ses droits. Les moqueries fusent, la crédibilité s’effondre, et les croyants sincères se retrouvent parfois blessés dans leur confiance. Ce sont là les vrais risques du métier, non pas pour la foi, mais pour ceux qui la détournent.
Au fond, cette chronique n’est pas un procès des marabouts, encore moins de la religion. Elle est un rappel : la foi éclaire les consciences, elle ne dicte pas les scores. Le football, lui, reste ce qu’il est : un jeu imprévisible, beau précisément parce qu’il échappe à toute certitude.
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Et comme le résume Babacar Diop en guise de conclusion :
« Le croyant prie pour la paix, la santé et la droiture. Il regarde le football avec passion, mais il sait que le dernier mot n’est ni au marabout, ni au pronostic… il est à Dieu seul. »
Imam chroniqueur
Babacar Diop














