Russie-Afrique : 48 pays africains réunis à Moscou, Poutine veut renforcer l’influence russe sur le continent.
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Le troisième sommet Russie-Afrique s’est ouvert le mercredi 28 octobre à Moscou, avec des délégations venues de 48 pays africains, dont 22 représentés par leurs chefs d’État. Au cœur des discussions : le commerce, l’agriculture, la sécurité, les investissements et la coopération diplomatique. Pour Vladimir Poutine, cette rencontre constitue une nouvelle occasion de présenter la Russie comme un partenaire stratégique du continent, dans un contexte marqué par les tensions avec les puissances occidentales.

Un sommet réunissant une grande partie du continent africain
Moscou accueille les 28 et 29 octobre le troisième sommet Russie-Afrique, organisé trois ans après la précédente édition tenue à Saint-Pétersbourg en 2023. Selon les chiffres communiqués par le Kremlin, 48 des 54 pays africains ont confirmé leur participation. Parmi eux, 22 sont représentés par leurs chefs d’État.
La rencontre est coprésidée par le président russe Vladimir Poutine et le président burundais Évariste Ndayishimiye, qui assure également la présidence en exercice de l’Union africaine.
Cette participation témoigne de l’importance accordée par Moscou à ses relations avec les gouvernements africains. Les échanges portent notamment sur le développement économique, les livraisons de produits agricoles, les investissements, les questions de défense et les relations diplomatiques.
Pour les autorités russes, l’objectif est de consolider les partenariats existants et d’ouvrir de nouvelles perspectives de coopération avec les pays du continent.
Vladimir Poutine critique les puissances occidentales
Lors de son intervention, le président russe a défendu l’idée d’un ordre mondial multipolaire, dans lequel les décisions internationales ne seraient plus dominées par un nombre limité de grandes puissances.
Vladimir Poutine a également accusé certains pays occidentaux de chercher à maintenir les États africains dans une situation de dépendance économique, notamment par le biais de conditions financières qu’il juge défavorables.
Le dirigeant russe a présenté son pays comme un partenaire privilégiant, selon lui, la transformation locale des matières premières, le transfert de compétences et la création d’emplois sur le continent.
Ces déclarations s’inscrivent dans une stratégie diplomatique plus large : Moscou cherche à renforcer ses relations avec les pays du Sud et à contester l’influence des puissances occidentales dans les institutions internationales.
Il convient toutefois de distinguer le discours politique russe de la réalité des partenariats sur le terrain. Les retombées économiques, les conditions des accords et les bénéfices pour les populations africaines doivent être évalués à partir de résultats concrets.
Agriculture : Moscou met en avant ses livraisons de céréales et d’engrais
L’agriculture figure parmi les principaux sujets abordés lors du sommet. Vladimir Poutine a affirmé que plus de 40 pays africains recevaient des céréales et des engrais russes.
Selon les chiffres avancés par le président russe, les exportations de produits agricoles russes vers l’Afrique ont atteint environ 13 millions de tonnes au cours des neuf premiers mois de 2026.
Moscou se dit également disposé à augmenter ses livraisons et à approfondir sa coopération agricole avec les États africains.
Ces approvisionnements représentent un enjeu important pour plusieurs économies du continent, qui dépendent des importations pour répondre à leurs besoins alimentaires ou soutenir leur production agricole.
Mais la disponibilité des produits ne suffit pas, à elle seule, à garantir la sécurité alimentaire. Les coûts de transport, les prix sur les marchés locaux, les capacités de stockage et l’accès des agriculteurs aux engrais restent également déterminants.
Les chiffres annoncés au sommet devront donc être mis en perspective avec les besoins propres à chaque pays et les effets réels de ces échanges sur les consommateurs et les producteurs africains.
Médicaments et vaccins : la Russie évoque une production locale en Afrique
La coopération sanitaire figure également parmi les pistes évoquées par Moscou. Vladimir Poutine a annoncé des projets visant à développer la production locale de médicaments et de vaccins russes en Afrique.
Si ces projets se concrétisent, ils pourraient ouvrir des possibilités de transfert de technologies, de formation de personnels et de développement de capacités industrielles sur le continent.
Toutefois, leur portée dépendra des accords effectivement conclus, des financements mobilisés, des pays concernés et des conditions de mise en œuvre.
Pour les États africains, l’enjeu est de transformer ces annonces en capacités durables, capables de répondre aux besoins sanitaires locaux et de réduire certaines dépendances aux importations.
Le sommet doit ainsi permettre d’examiner de nouvelles possibilités de coopération économique, scientifique et technologique entre les deux parties.
Le Sahel, un terrain important du rapprochement avec Moscou
Le sommet intervient alors que plusieurs pays africains ont réorienté une partie de leurs relations diplomatiques et sécuritaires au cours des dernières années.
Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les autorités militaires au pouvoir ont notamment rompu ou fortement réduit leur coopération avec la France, tout en renforçant leurs relations avec la Russie.
Moscou a développé des liens avec ces gouvernements dans les domaines de la sécurité, de la défense et de la coopération politique. La présence de personnels russes liés aux opérations de sécurité constitue également un élément important de cette évolution.
Cette dynamique ne concerne cependant pas l’ensemble du continent. Les pays africains entretiennent des relations différentes avec la Russie, selon leurs intérêts économiques, leurs priorités sécuritaires et leurs orientations diplomatiques.
La coopération avec Moscou s’inscrit aussi dans un environnement international concurrentiel, où la Russie, la Chine, les États-Unis, l’Union européenne et d’autres partenaires cherchent à consolider leur présence économique et stratégique en Afrique.
Des partenariats à évaluer au-delà des discours
Au-delà des déclarations politiques, la question centrale reste celle des résultats que les pays africains pourront tirer de cette rencontre.
Les discussions doivent notamment porter sur les échanges commerciaux, les investissements, les infrastructures, l’énergie, la technologie et la sécurité. Des accords et un programme de coopération pour la période 2027-2029 figurent parmi les résultats attendus du sommet.
Pour les gouvernements africains, l’enjeu consiste à négocier des partenariats qui répondent à leurs priorités nationales : création d’emplois, transformation locale des ressources, développement industriel, accès aux technologies et amélioration des conditions de vie.
Le rapprochement avec Moscou peut offrir des possibilités supplémentaires de coopération, mais il soulève également des questions sur la transparence des accords, leur financement et leurs conséquences à long terme.
La diversification des partenaires ne constitue donc pas une fin en soi. Son intérêt dépendra de la capacité des États africains à défendre leurs intérêts et à obtenir des bénéfices mesurables pour leurs économies et leurs populations.
Moscou veut consolider sa place en Afrique
Avec la participation annoncée de 48 pays africains, le troisième sommet Russie-Afrique représente une étape importante dans les efforts de Moscou pour maintenir et étendre sa présence sur le continent.
La Russie mise sur les échanges agricoles, la coopération militaire, les investissements et un discours politique axé sur la souveraineté des États et la contestation du néocolonialisme.
Reste à savoir dans quelle mesure les discussions se traduiront par des projets financés, des accords appliqués et des résultats économiques durables.
Pour les pays africains, ce sommet constitue une nouvelle occasion de défendre leurs priorités dans un contexte de rivalités internationales croissantes. L’essentiel sera désormais de mesurer les engagements pris à Moscou à l’aune de leurs retombées concrètes sur le continent.
Par Gil-christ DJOSSOU pour DUNIA NEW’S.













