Côte d’Ivoire : Le PPA-CI demande des comptes sur les 12 districts autonomes supprimés

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Côte d’Ivoire : Le PPA-CI demande des comptes sur les 12 districts autonomes supprimés

La suppression des douze districts autonomes créés en 2021 revient dans le débat politique ivoirien. À l’occasion de sa 50e Tribune du Parti, le PPA-CI a demandé que le bilan de ces structures soit établi, notamment sur les réalisations effectuées et l’utilisation des ressources qui leur auraient été affectées. Une interpellation qui intervient alors que le décret ayant créé ces districts a été abrogé en janvier 2026.

La décentralisation au cœur du Pacte social du PPA-CI

Le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) entend faire de la décentralisation l’un des axes de sa réflexion politique.

Mardi 18 août 2026, lors de la 50e édition de la Tribune du Parti, organisée au siège de la formation politique à la Riviera-Bonoumin, le parti de Laurent Gbagbo a consacré ses échanges au sixième pilier de son « Pacte social », consacré à la décentralisation et au développement local.

Le sujet intervient dans un contexte institutionnel particulier : douze districts autonomes, créés cinq ans plus tôt, ont été supprimés en 2026.

Selon une publication du PPA-CI consacrée à la présentation de son Pacte social, la décentralisation et le développement local constituent l’un des sept piliers de cette plateforme politique.

À cette occasion, Ouallo Jean-Luc, secrétaire général adjoint du PPA-CI chargé de ce pilier, a notamment porté le débat sur le devenir et le bilan des douze districts supprimés.

Douze districts créés en 2021

Pour comprendre la controverse, il faut revenir au décret n°2021-276 du 9 juin 2021.

Ce texte avait institué douze nouveaux districts autonomes : Bas-Sassandra, Comoé, Denguélé, Gôh-Djiboua, Lacs, Lagunes, Montagnes, Sassandra-Marahoué, Savanes, Vallée du Bandama, Woroba et Zanzan.

Ils venaient s’ajouter aux districts autonomes d’Abidjan et de Yamoussoukro, portant ainsi à quatorze le nombre de districts autonomes dans le pays. Le gouvernement avait alors procédé à la nomination des ministres-gouverneurs des douze nouvelles entités.

Le cadre juridique ivoirien définit le district autonome comme une entité territoriale particulière regroupant notamment plusieurs régions ou un ensemble de départements, communes et sous-préfectures. Les districts disposent notamment d’un budget et d’un personnel propre, sous réserve des règles fixées par la législation.

Le dispositif devait également permettre une meilleure coordination entre les différentes collectivités et administrations présentes sur un même territoire.

Cinq ans plus tard, le dispositif disparaît

L’expérience aura finalement été de courte durée.

Le décret n°2026-05/2 du 7 janvier 2026 a abrogé le décret de 2021. Cette abrogation entraîne juridiquement la suppression des douze districts autonomes concernés.

Le texte prévoit par ailleurs que les modalités de transfert des personnels et du patrimoine des districts supprimés vers les circonscriptions administratives et les collectivités territoriales concernées doivent être déterminées par arrêté du Premier ministre.

La suppression des douze districts n’est donc pas une simple décision politique annoncée dans la presse : elle découle d’un acte réglementaire dont l’existence est également retracée dans les documents officiels et juridiques disponibles.

Le 7 janvier 2026, la Présidence de la République avait par ailleurs annoncé la fin des fonctions des ministres-gouverneurs des districts autonomes.

« À quoi ont servi ces districts ? »

C’est précisément sur le bilan de cette expérience que le PPA-CI souhaite désormais obtenir des réponses.

Lors de la Tribune du Parti, Ouallo Jean-Luc a posé plusieurs questions sur les résultats obtenus pendant les années de fonctionnement des douze districts.

À quoi ont-ils servi ? Quelles réalisations ont été effectuées ? Quels montants ont réellement été mobilisés et comment ont-ils été utilisés ?

Pour le PPA-CI, la suppression de ces structures ne devrait pas mettre fin au débat sur leur fonctionnement. Le parti estime au contraire qu’un bilan est nécessaire afin de déterminer ce qui a été réalisé, ce qui ne l’a pas été et ce que les populations ont concrètement tiré de cette organisation territoriale.

Cette demande rejoint d’ailleurs une question plus large : celle de l’évaluation des politiques publiques lorsqu’une réforme institutionnelle est abandonnée quelques années seulement après sa mise en œuvre.

La question sensible des moyens financiers

Le volet financier constitue l’un des principaux points soulevés par le PPA-CI.

Le parti avance une estimation d’environ 60 milliards de FCFA consacrés au fonctionnement des douze districts sur une période de cinq ans, sur la base d’une enveloppe qu’il évalue à environ un milliard de FCFA par district et par an.

Ce chiffre doit toutefois être présenté comme une estimation avancée par le PPA-CI et non comme un montant officiellement établi. Les documents consultés permettent de confirmer que les districts disposaient de budgets et d’un régime financier propre, mais ils ne permettent pas, à eux seuls, de confirmer que 60 milliards de FCFA ont effectivement été dépensés au total par les douze structures.

Cette nuance est importante : la question posée par le parti porte justement sur les montants réellement alloués et leur utilisation.

Le débat pourrait donc désormais porter sur les documents budgétaires, les rapports d’activités, les réalisations physiques et les éventuels contrôles financiers effectués pendant la période de fonctionnement des districts.

Des mécanismes de contrôle existaient

Le dispositif de 2021 ne prévoyait pas seulement la création de nouvelles structures administratives.

Le cadre réglementaire prévoyait notamment que le gouverneur de district adresse un rapport semestriel d’activités au Premier ministre. Les opérations financières et comptables engagées par le gouverneur étaient également soumises à un contrôle a posteriori de la Cour des comptes.

Par ailleurs, un décret adopté en 2022 avait fixé la composition numérique des conseils des douze districts autonomes, avec un maximum de 42 conseillers par district. Un tiers devait être composé de représentants des activités économiques, sociales, culturelles et scientifiques ainsi que de personnalités reconnues pour leurs compétences, tandis que les deux tiers étaient désignés au sein des conseils municipaux et régionaux des entités composant les districts.

Ces dispositions offrent aujourd’hui des pistes concrètes pour établir le bilan réclamé par le PPA-CI : rapports d’activités, budgets, comptes, projets réalisés et documents de contrôle.

Une suppression qui soulève des questions politiques

La disparition des douze districts intervient alors que la Côte d’Ivoire poursuit sa réflexion sur l’organisation de son administration territoriale.

Avec leur suppression, seuls les districts autonomes d’Abidjan et de Yamoussoukro demeurent dans le dispositif, tandis que les territoires précédemment regroupés dans les douze districts supprimés doivent être réorganisés dans le cadre prévu par le décret d’abrogation.

Pour le PPA-CI, cette évolution mérite donc un débat de fond.

La question n’est pas uniquement de savoir pourquoi ces districts ont été supprimés. Elle consiste également à déterminer ce qu’ils ont produit pendant leur existence et ce que deviennent aujourd’hui les moyens humains, matériels et financiers qui leur étaient consacrés.

Le décret du 7 janvier prévoit justement un transfert des personnels et du patrimoine vers les circonscriptions administratives et les collectivités territoriales concernées.

Le PPA-CI veut replacer les collectivités au centre du débat

À travers son sixième pilier, le parti de Laurent Gbagbo entend défendre une conception de la décentralisation davantage orientée vers le développement local et l’autonomie des collectivités.

La sortie de Ouallo Jean-Luc s’inscrit donc dans une réflexion politique plus large portée par le Pacte social du PPA-CI.

Mais au-delà de la confrontation entre majorité et opposition, les interrogations soulevées peuvent être examinées à partir de documents objectifs : combien chaque district a-t-il reçu ? Quels projets ont été financés ? Quels équipements ont été réalisés ? Quels personnels ont été recrutés ou mis à disposition ? Quels rapports d’activités ont été produits ? Et quel patrimoine doit aujourd’hui être transféré ?

Autant de questions auxquelles les documents administratifs et financiers pourraient apporter des réponses précises.

La suppression des douze districts autonomes met donc fin à une expérience institutionnelle lancée en 2021, mais elle ouvre parallèlement une nouvelle séquence : celle de l’évaluation.

Le PPA-CI demande des comptes. Le gouvernement, de son côté, a déjà fixé par décret le cadre juridique de la suppression et du transfert des personnels et du patrimoine.

Reste désormais à savoir si un bilan public et détaillé de ces cinq années permettra de mesurer concrètement l’efficacité de ces structures et l’utilisation des ressources qui leur ont été affectées.

Pour l’heure, le montant de 60 milliards de FCFA avancé par le PPA-CI doit être considéré comme une estimation politique et non comme un chiffre officiellement certifié. La question centrale posée par le parti demeure donc entière : quel a été le coût réel de ces douze districts et quelles réalisations ont-ils effectivement laissées derrière eux ?

Rédaction DUNIA NEW’S.

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