Journée internationale contre l’impunité des crimes commis contre les journalistes : plus de 1 600 professionnels tués en vingt ans, près de neuf meurtres sur dix non élucidés
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Célébrée chaque 2 novembre, cette journée remet au premier plan une réalité préoccupante : partout dans le monde, des journalistes sont assassinés, menacés ou réduits au silence pour avoir exercé leur métier. Dans les zones de conflit comme dans les pays où leurs enquêtes dérangent, les violences persistent et la justice peine à sanctionner les responsables.
Le choix de cette date est directement lié à un drame. Le 2 novembre 2013, les journalistes de Radio France Internationale (RFI), Ghislaine Dupont et Claude Verlon, étaient enlevés puis assassinés à Kidal, dans le nord du Mali, alors qu’ils effectuaient un reportage. Leur mort a marqué la profession. Quelques semaines plus tard, l’Assemblée générale des Nations unies proclamait cette date Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes, à travers la résolution A/RES/68/163.
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Treize ans après cette décision, le constat reste alarmant. Selon les données publiées par l’UNESCO en 2026, plus de 1 600 journalistes ont été tués dans le monde entre 2006 et 2025. Près de 86 % de ces assassinats n’ont pas été résolus sur le plan judiciaire. En 2024 et 2025, 189 professionnels des médias ont perdu la vie dans des attaques violentes. Parmi eux, 67 % ont été tués dans des zones de conflit. Ces chiffres traduisent une situation dans laquelle informer peut devenir une activité mortelle, tandis que les auteurs des crimes échappent trop souvent aux poursuites.
Les guerres, premières zones de danger
À Gaza, en Ukraine et au Soudan, les journalistes travaillent au milieu des bombardements, des tirs et des déplacements de population. Ils documentent les opérations militaires, recueillent les témoignages des civils et rendent compte de conséquences que les populations éloignées des combats ne peuvent pas toujours observer. Leur présence sur le terrain les expose directement aux violences.
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Une autre évolution inquiète l’UNESCO : l’utilisation des drones dans les conflits. Cinquante journalistes ont été tués par des véhicules aériens sans pilote dans six zones de guerre au cours de la période 2024-2025. Les moyens de surveillance et les technologies militaires modifient ainsi les risques auxquels sont confrontés les professionnels des médias, sans que leur protection progresse au même rythme.
Mais les conflits ne sont pas les seuls lieux où enquêter peut coûter la vie. Au Mexique, les journalistes qui travaillent sur le crime organisé, les réseaux de corruption ou les liens entre responsables publics et groupes criminels s’exposent à des menaces et à des représailles. En Europe, l’assassinat de la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia, tuée en octobre 2017 par l’explosion d’une bombe placée dans sa voiture, a rappelé le prix que peuvent payer ceux qui enquêtent sur des affaires politico-financières.
Une impunité qui réduit aussi le droit à l’information
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La violence contre les journalistes ne se limite pas aux assassinats. Arrestations arbitraires, enlèvements, agressions physiques, surveillance et campagnes de harcèlement numérique participent à un climat de peur. Les femmes journalistes subissent en outre des attaques ciblées, souvent à caractère sexiste, qui cherchent à les intimider et à les écarter du débat public.
L’impunité aggrave ces menaces. Lorsqu’un meurtre n’est pas sérieusement enquêté, lorsque les commanditaires ne sont pas identifiés ou que les procédures judiciaires s’enlisent, les auteurs potentiels comprennent qu’ils risquent peu de sanctions. Les journalistes encore en activité peuvent alors renoncer à certaines enquêtes, protéger leurs sources au prix de grandes difficultés ou éviter des sujets sensibles. Ce silence forcé prive les citoyens d’informations sur les abus de pouvoir, les violations des droits humains et les affaires de corruption.
Pour l’édition 2026, l’UNESCO a choisi un message qui résume cette contradiction : « Les menaces évoluent, l’impunité demeure ». L’organisation appelle les États à adapter les mécanismes de protection et de justice aux nouvelles formes d’attaques, notamment celles qui utilisent les technologies. La réponse ne peut toutefois se limiter à des déclarations officielles : elle exige des enquêtes indépendantes, la protection des journalistes menacés et des poursuites effectives contre les auteurs comme contre les commanditaires.
La liberté de la presse ne se mesure pas seulement au nombre de médias autorisés à publier. Elle dépend aussi de la possibilité, pour les journalistes, d’enquêter sans risquer leur vie et de voir les crimes commis contre leurs confrères traités avec la même exigence de justice que les autres atteintes aux droits fondamentaux. Tant que les assassins pourront agir sans répondre de leurs actes, le droit des citoyens à être informés restera lui aussi menacé.
Celine Dou













