
Commune de Fandène (Thiès) –
Situé dans la commune de Fandène, département de Thiès, le village de Keur Massamba Guèye, tout comme Keur Thièm, occupe une position stratégique mais inconfortable : celle de zone tampon entre les communes de Thiès Est, Thiès Ouest et Notto Diobass. Cette localisation particulière, conjuguée à des lotissements et morcellements anarchiques, plonge la localité dans une spirale de litiges fonciers qui encombrent aujourd’hui les tribunaux.
Village ou quartier : une identité administrative floue
À Keur Massamba Guèye, la question de l’identité administrative divise. Pour certains habitants, il s’agit toujours d’un village, tandis que pour d’autres, l’expansion urbaine de Thiès en a fait un quartier à part entière. Administrativement rattachée à l’arrondissement de Keur Moussa, la localité se trouve sur l’axe Thiès–Dakar (RN2), à la sortie de la ville.
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Cette situation géographique engendre de nombreuses contraintes. « Pour établir un acte d’état civil, nous devons traverser toute la commune de Thiès Est. D’autres habitants, du côté de la décharge vers Mbour 4, parcourent près de dix kilomètres pour rejoindre la mairie de Fandène », explique Malick Aw, résident du village. Face à ces difficultés, certains habitants préfèrent déclarer leurs enfants à la mairie de Thiès, plus accessible.
Même constat pour les démarches foncières : la vérification des actes de propriété impose un déplacement jusqu’à Pout, à l’arrondissement de Keur Moussa, situé à une quinzaine de kilomètres, alors que la sous-préfecture de Thiès Sud se trouve à moins d’un kilomètre.
Une anarchie foncière héritée des anciens conseils ruraux
Pour Modou Guèye, fils du chef de village, Keur Massamba Guèye demeure un village à part entière, malgré les mutations issues de l’Acte III de la décentralisation. Si l’aspect rural subsiste encore, les constructions modernes se multiplient, portées par des populations venues de Thiès. Mais cette urbanisation rapide s’est faite sans véritable encadrement.
« Les anciens présidents de conseils ruraux ont procédé à des lotissements sans l’accompagnement des services techniques de l’État. Résultat : des titres de propriété attribués à plusieurs personnes sur une même parcelle », déplore-t-il.
Des dossiers devant la justice, un chef de village lésé
Les conséquences sont lourdes. De nombreux litiges fonciers ont atterri devant le procureur de la République. Le chef de village, Saliou Guèye, figure lui-même parmi les victimes. Il affirme que des terres héritées de son aïeul – près de sept hectares – ont été loties sans qu’il ne bénéficie du moindre mètre carré, malgré les dépenses engagées pour le projet.
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« C’est une injustice totale », confie-t-il, amer, ajoutant que malgré les plaintes et correspondances administratives, le dossier reste au point mort. Résigné, il dit désormais s’en remettre à Dieu.
Tentatives de régularisation sous l’actuelle municipalité
Reconnaissant l’ampleur du problème, Émile Tine, président de la commission domaniale de la commune de Fandène, admet que de nombreux morcellements ont été réalisés à l’insu des services techniques, avec la distribution de lettres d’attribution sur des bases douteuses. « C’est l’origine directe de la majorité des litiges aujourd’hui devant la justice », souligne-t-il.
Malgré l’absence de régularisation, de nombreuses familles, principalement originaires de Thiès, ont déjà occupé leurs maisons. Une situation similaire est observée à Keur Thiem, Léona ou Ndoufock, mais avec une intensité moindre.
Selon Émile Tine, l’arrivée du maire Augustin Tine a marqué un tournant. Des études ont été financées sur fonds propres et confiées à des cabinets spécialisés pour accompagner les services de l’État dans la régularisation foncière. « Les poches restantes ont été loties afin de protéger les populations contre la spoliation de leurs terres », assure-t-il.
Une urgence territoriale et sociale
À Keur Massamba Guèye, le foncier n’est pas seulement une question de terrains : il cristallise un sentiment d’abandon, une fracture administrative et une urgence sociale. Tant que le flou persistera, les conflits risquent de se multiplier, au détriment de la paix sociale et du développement harmonieux de cette zone aux portes de Thiès.
Imam chroniqueur
Babacar Diop














