Le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria signent l’Alliance d’Abuja pour reprendre le contrôle du cacao

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Le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria signent l’Alliance d’Abuja pour reprendre le contrôle du cacao

Ils produisent l’essentiel du cacao consommé dans le monde, mais restent largement absents des segments les plus rentables de la filière. Le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria veulent désormais changer cette équation.

Les quatre géants africains du cacao s’apprêtent à signer mardi la Déclaration d’Abuja, à l’occasion du Sommet 2026 sur la valorisation du cacao dans la capitale nigériane. L’objectif : créer une Alliance pour la valorisation du cacao chargée de coordonner les politiques de transformation, d’harmoniser les normes et de renforcer le pouvoir de négociation collectif des pays producteurs.

Finir avec le paradoxe du cacao africain

Le constat est connu et brutal. L’Afrique produit environ 70% du cacao mondial, principalement grâce à ces quatre pays. Pourtant, la majeure partie de la transformation, de la fabrication et de la commercialisation des produits finis se fait en Europe, en Asie ou en Amérique du Nord.

La fève quitte les plantations sous forme brute avant d’être revendue sous forme de beurre, poudre, pâte ou tablettes de chocolat à des prix bien plus élevés. Résultat : les producteurs et les États captent une part minime des revenus générés par une industrie mondiale estimée à plusieurs centaines de milliards de dollars.

« L’objectif de cette initiative est de permettre aux pays africains de ne plus se limiter à exporter des fèves de cacao en sacs, mais de transformer, fabriquer et commercialiser eux-mêmes les produits finis », a déclaré le ministre d’État nigérian chargé de l’Industrie, John Owan Enoh.

Pour le Cameroun, quatrième producteur africain, l’enjeu est majeur. Le pays dispose d’un potentiel agricole considérable, mais la transformation demeure insuffisante. Développer des unités locales de transformation permettrait de créer des emplois, de former des compétences et d’augmenter les revenus à l’export.

Transformer localement et peser dans les négociations

Concrètement, l’alliance prévoit 3 chantiers prioritaires :

  1. Négocier collectivement avec les acheteurs internationaux pour obtenir de meilleurs prix.
  2. Promouvoir la transformation locale : beurre, poudre, pâte de cacao et produits chocolatés finis fabriqués en Afrique.
  3. Attirer les investissements dans des infrastructures industrielles, l’énergie et la logistique.

Le groupe veut aussi parler d’une seule voix face aux nouvelles règles européennes. À partir du 30 décembre 2026, l’UE exigera la traçabilité des fèves jusqu’aux exploitations et la preuve d’une production sans déforestation. Les quatre pays estiment que leurs systèmes nationaux de traçabilité doivent être reconnus et que les petits producteurs ne doivent pas supporter seuls le coût de ces exigences.

Un symbole de souveraineté économique

Cette alliance intervient dans un contexte de forte volatilité des cours mondiaux du cacao, qui rend les revenus des pays exportateurs très instables.

Au-delà du commerce, il s’agit d’un débat sur le modèle de développement africain. Pendant des décennies, le continent est resté enfermé dans l’exportation de matières premières : pétrole, minerais, café, coton, cacao. Un modèle qui génère des devises mais maintient une dépendance.

Transformer localement le cacao, c’est donc construire tout un écosystème : recherche agricole, industrie agroalimentaire, emballage, transport, commerce régional.

L’expérience montre cependant que les annonces de coopération doivent être suivies d’actions concrètes. L’enjeu sera d’éviter que la transformation ne reste limitée à quelques unités isolées.

L’alliance annoncée entre le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria ouvre une nouvelle étape dans la recherche d’une plus grande autonomie économique africaine.

Le véritable défi ne sera pas de produire davantage de cacao. Il sera de faire en sorte que la richesse créée par cette production profite davantage à ceux qui la rendent possible.

Le cacao pourrait ainsi devenir un symbole : celui d’une Afrique qui ne cherche plus seulement à exporter ses ressources, mais à transformer son propre avenir.

Celine Dou

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