Quand le pouvoir commence à avoir peur de l’ombre qu’il a créée

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Par Tossoukpe Frédéric Herman

Beaucoup analysent aujourd’hui la relation entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko avec émotion, passion ou militantisme.

Moi, je la regarde avec froideur.
Non pas avec cynisme.
Mais avec lucidité.

Car derrière les discours, les fidélités et les slogans, il existe une vérité universelle que peu osent dire : le pouvoir supporte difficilement une influence qui devient plus forte que son autorité.

C’est une loi silencieuse.
Brutale.
Vieille comme le monde.

Dans une entreprise, dans un gouvernement, dans une ONG, dans une famille politique, le schéma reste souvent le même :

Au début, le leader aime les hommes forts.
Il admire ceux qui travaillent.
Ceux qui mobilisent.
Ceux qui portent la vision.

Mais le jour où ces hommes deviennent :

  • plus écoutés,
  • plus populaires,
  • plus influents,
  • plus proches du peuple ou du personnel,

une peur invisible commence à naître.

Pas toujours une haine.
Pas toujours une jalousie.
Souvent une peur stratégique.

Parce qu’au sommet, une question finit toujours par apparaître :

“Qui contrôle encore réellement le pouvoir ?”

Et c’est là que beaucoup se trompent.

Ils pensent que la compétence protège.
Non.

La compétence rend visible.
La visibilité attire les regards.
Et les regards peuvent devenir une menace dans les espaces où une seule personne doit symboliser l’autorité finale.

C’est pourquoi tant de collaborateurs brillants finissent écartés par ceux-là mêmes qu’ils ont aidés à monter.

L’histoire politique mondiale est remplie de ces alliances devenues inconfortables.
Des hommes construisent ensemble une victoire… puis découvrent qu’il n’y a pas assez de place pour deux soleils dans le même ciel.

C’est cruel.
Parfois injuste.
Mais terriblement humain.

Le problème de beaucoup de talents aujourd’hui, c’est qu’ils confondent contribution et propriété.

Parce qu’ils ont sauvé une institution, ils pensent en devenir indispensables.
Parce qu’ils ont porté un leader, ils pensent pouvoir le défier publiquement sans conséquence.

Erreur stratégique.

Le pouvoir tolère les désaccords discrets.
Il supporte rarement les influences concurrentes.

Voilà pourquoi l’intelligence politique est devenue aussi importante que la compétence.

Savoir travailler ne suffit plus.
Il faut savoir exister sans menacer.
Briller sans écraser.
Influencer sans humilier.
Et surtout comprendre que dans certaines structures, la loyauté visible compte parfois autant que les résultats.

Cela ne veut pas dire qu’il faut devenir faible.
Cela veut dire qu’il faut comprendre les mécanismes réels du pouvoir.

Car au sommet, les décisions ne sont pas toujours émotionnelles.
Elles sont souvent préventives.

Et quand le pouvoir frappe, les naïfs parlent de trahison.
Les stratèges parlent de conservation du pouvoir.

Le vrai drame, finalement, n’est pas seulement que les hommes puissants éliminent les menaces.

Le vrai drame, c’est que beaucoup de talents refusent de comprendre dans quel terrain ils évoluent.

Et dans ce terrain-là, être brillant ne suffit pas toujours pour survivre.

Tossoukpe Frédéric Herman

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