Après seulement cinq mois au pouvoir, le Premier ministre Garry Conille a été démis de ses fonctions par le Conseil présidentiel de transition (CPT), l’exécutif au pouvoir en Haïti. Ce dernier a acté la nomination d’un nouveau Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé.
Alix Didier Fils-Aimé avait déjà fait partie en avril des finalistes pour le poste de Premier ministre. Le Conseil présidentiel de transition a finalement mis fin à son conflit ouvert avec Garry Conille en le nommant à la tête du gouvernement haïtien. À 52 ans, l’homme d’affaires accède à la primature après avoir été président de la Chambre de commerce et de l’industrie et candidat malheureux au Sénat en 2016 pour le parti Vérité.
Alix Didier Fils-Aimé est originaire d’une famille d’investisseurs de Port-au-Prince. Son père est connu pour avoir été un militant de la cause démocratique, emprisonné durant la dictature des Duvalier, puis député entre 1995 et 1999. Lui, se présente sur LinkedIn comme « un entrepreneur citoyen engagé ». Diplômé en gestion des entreprises de l’université de Boston, aux États-Unis, le nouveau chef du gouvernement a ouvert plusieurs entreprises en Haïti, dont une chaîne de pressing et le fournisseur d’accès à internet Hainet. Alix Didier Fils-Aimé est également membre fondateur de l’Association haïtienne des entreprises de technologies de l’information et de la communication (AHTIC).
De multiples chantiers
Actif sur X (ex-Twitter), celui qui va être investi Premier ministre indiquait fin octobre 2023 que dans la situation actuelle, le pays devait se concentrer sur deux priorités : « la détresse de la population et la nécessité de réussir cette transition afin de remettre l’ordre dans le chaos et d’apporter la paix ». Il précise également que la population attend des élections.
Mais Alix Didier Fils-Aimé fait face à d’innombrables chantiers. Tout d’abord, sa nomination elle-même est contestée par Garry Conille. Celui qui avait été nommé à la primature en avril a tenté jusqu’au bout d’empêcher la publication du nom de son successeur au Journal officiel : il estime que le Conseil présidentiel de transition n’a pas autorité pour le révoquer. Selon la Constitution, le Premier ministre est responsable devant le Parlement. Mais depuis janvier 2020, aucune élection n’a été organisée. De ce vide législatif a découlé une lutte de pouvoir entre le CPT et le gouvernement ces derniers mois. Et d’importantes tensions avec Garry Conille.
Cet ancien médecin était vu comme le candidat de la communauté internationale. Il a supervisé l’arrivée des forces de polices, majoritairement kényanes, en Haïti afin d’essayer de rétablir l’ordre. Cela n’a pas contribué à améliorer une situation sécuritaire désastreuse. 80% de la capitale serait contrôlée par les gangs, et ces groupes armés mafieux ont proféré des menaces sur les réseaux sociaux.
La police nationale d’Haïti a annoncé renforcer son dispositif lundi 11 novembre alors que plusieurs chefs de gang menacent de faire ressurgir la terreur dans les rues de Port-au-Prince. De son côté, l’ambassade américaine alerte sur de possibles « protestations » et « troubles » dans la semaine à venir.















