TRIBUNE – Paix fragile, Afrique debout : repenser le panafricanisme à l’heure des tensions
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Par Tossoukpe Frédéric Herman
Dans une Afrique de l’Ouest secouée par des crises politiques, des transitions militaires, des tensions diplomatiques et des fractures sociales de plus en plus visibles, la paix n’est plus un acquis. Elle est devenue un combat quotidien — silencieux, parfois invisible, mais profondément vital.
Du Sahel au Golfe de Guinée, les lignes bougent. Les alliances se redessinent. Les peuples observent, espèrent, doutent. Et au cœur de cette recomposition, une question essentielle s’impose : quel panafricanisme pour une Afrique qui vacille entre souveraineté et instabilité ?
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Le Bénin, longtemps cité comme un modèle de stabilité démocratique, n’échappe plus aux vents contraires qui traversent la sous-région. Les débats politiques s’intensifient, les tensions sociales se transforment, et les frontières , autrefois symboles de coopération , deviennent parfois des lignes de crispation.
Mais au-delà des États, il y a les peuples. Et ce sont eux qui portent la mémoire vivante du panafricanisme.
Le panafricanisme ne peut plus être un slogan, ni un héritage figé dans les discours officiels. Il doit redevenir une dynamique vivante, une volonté collective de construire ensemble, malgré nos divergences politiques, culturelles et économiques.
Aujourd’hui, l’Afrique n’a pas seulement besoin de dirigeants forts.
Elle a besoin de liens forts.
La paix ne se décrète pas. Elle se construit. Elle se négocie dans le respect, dans l’écoute, dans la reconnaissance mutuelle des souverainetés , mais aussi des interdépendances. Car aucun pays de la sous-région ne peut prospérer durablement dans l’isolement.
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Les crises actuelles nous rappellent une vérité simple : nous sommes liés, que nous le voulions ou non.
Quand un pays vacille, ses voisins en subissent les secousses.
Quand une frontière se ferme, ce sont des familles, des commerçants, des destins qui se retrouvent suspendus.
Quand la méfiance s’installe entre États, c’est la confiance entre les peuples qui s’effrite.
Alors, que faire ?
Il faut oser un nouveau langage panafricain. Un langage ni idéologique, ni nostalgique, mais résolument pragmatique et humain.
Un panafricanisme qui protège les peuples avant de protéger les régimes.
Un panafricanisme qui valorise la coopération économique réelle, et non les seuls accords signés.
Un panafricanisme qui donne à la jeunesse une place centrale , non comme symbole, mais comme force d’action.
Car la jeunesse africaine ne croit plus aux promesses.
Elle exige des résultats.
Elle veut circuler, entreprendre, créer et vivre dignement sur son continent.
La paix, aujourd’hui, c’est aussi cela : offrir des perspectives.
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Le Bénin et ses voisins portent une responsabilité historique : prouver que l’Afrique de l’Ouest peut demeurer un espace de dialogue, même dans la divergence ; un espace de stabilité, même dans la transformation ; un espace d’espoir, malgré les incertitudes.
Il ne s’agit pas de nier les tensions.
Il s’agit de refuser qu’elles deviennent des fractures irréversibles.
Le panafricanisme du XXIe siècle ne sera pas une utopie romantique.
Il sera une nécessité stratégique.
Et cette nécessité commence par un choix clair :
celui de la paix, non comme une faiblesse, mais comme l’expression la plus élevée de la responsabilité politique.
L’Afrique n’a pas besoin d’être parfaite pour être unie.
Mais elle doit avoir le courage de ne pas se diviser davantage.













