Ukraine : Le projet secret « M&M’s » qui prévoyait jusqu’à 1 000 drones autonomes contre les aéroports de Moscou

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Ukraine : Le projet secret « M&M’s » qui prévoyait jusqu’à 1 000 drones autonomes contre les aéroports de Moscou

Jusqu’à 1 000 drones en une seule nuit, capables de naviguer sans GPS et de repérer eux-mêmes leurs cibles grâce à l’intelligence artificielle : c’est le projet particulièrement audacieux que des responsables ukrainiens auraient présenté à Volodymyr Zelensky. Baptisée « M&M’s », cette opération visait principalement à perturber durablement le trafic aérien autour de Moscou. Mais le projet aurait finalement été suspendu.

L’Ukraine aurait travaillé sur l’un des projets de guerre par drones les plus ambitieux depuis le début du conflit avec la Russie. Selon une enquête publiée par le magazine américain The Atlantic, des responsables ukrainiens ont présenté au président Volodymyr Zelensky un plan consistant à envoyer des vagues de petits drones autonomes vers les principaux aéroports de Moscou.

Le projet, baptisé « M&M’s », aurait été conçu avec un objectif précis : provoquer suffisamment de perturbations dans l’espace aérien russe pour entraîner la fermeture prolongée des aéroports de la capitale et pousser les compagnies aériennes internationales à réduire, voire suspendre, leurs liaisons avec Moscou.


L’information repose sur deux sources ayant une connaissance directe du projet, qui ont parlé sous couvert d’anonymat à The Atlantic. Le média américain précise que le plan n’a pas été officiellement annoncé par les autorités ukrainiennes.

Jusqu’à 1 000 drones par nuit

L’ampleur envisagée donne une idée de la stratégie imaginée par ses concepteurs.

Selon The Atlantic, l’opération aurait nécessité le lancement de jusqu’à 1 000 petits drones par nuit en direction des aéroports situés à Moscou et dans ses environs.

L’objectif n’aurait donc pas nécessairement été de détruire les infrastructures aéroportuaires. Il s’agissait surtout de saturer les défenses antiaériennes et de perturber suffisamment le trafic aérien pour rendre l’utilisation de l’espace aérien autour de Moscou extrêmement difficile.

Les quatre principaux aéroports de la région — Domodedovo, Sheremetyevo, Vnukovo et Zhukovsky — auraient été concernés par le concept.

À terme, les concepteurs espéraient provoquer des fermetures répétées et suffisamment longues pour que les compagnies aériennes internationales cessent de desservir la capitale russe, créant ainsi une pression supplémentaire sur le pouvoir de Vladimir Poutine.

Pourquoi le nom « M&M’s » ?

Le nom de code peut sembler étonnant pour une opération militaire.

D’après les informations rapportées par The Atlantic, « M&M’s » faisait référence au nombre très important de petits drones, peu coûteux et relativement similaires, nécessaires à l’opération.

L’idée repose sur une logique de saturation : plutôt que de miser sur quelques appareils sophistiqués et coûteux, envoyer simultanément un très grand nombre de drones pourrait compliquer le travail des systèmes de défense russes.

Le concept est d’autant plus ambitieux que les drones envisagés ne dépendraient pas nécessairement d’un pilote situé à des centaines de kilomètres.

Des drones capables de se diriger sans GPS

C’est probablement l’aspect le plus technologique du projet.

Selon The Atlantic, les ingénieurs ukrainiens travaillaient sur des drones utilisant une forme de navigation autonome par reconnaissance visuelle, destinée notamment à contourner les moyens russes de guerre électronique.

Les drones pourraient recevoir à l’avance des cartes détaillées de leur itinéraire ainsi que des images des cibles recherchées.

Une fois en vol, une caméra embarquée filmerait le terrain. L’ordinateur de bord comparerait ensuite les images captées avec celles enregistrées dans sa mémoire afin de déterminer sa position et de suivre l’itinéraire prévu.

Autrement dit, le drone ne dépendrait pas uniquement d’un signal GPS pour savoir où il se trouve.

Cette technologie répond à un problème majeur de la guerre des drones : le brouillage électronique. La Russie utilise largement des systèmes destinés à perturber les communications entre les drones et leurs opérateurs. Lorsque la liaison est coupée, un appareil contrôlé à distance peut perdre sa trajectoire ou devenir inutilisable.

Avec une navigation embarquée, le drone pourrait continuer sa mission même si la communication avec un opérateur humain était interrompue.

Une autre étape : identifier la cible sans pilote humain

Le projet allait encore plus loin.

Selon les sources citées par The Atlantic, les drones auraient également pu utiliser l’intelligence artificielle pour reconnaître leurs cibles à partir d’images enregistrées.

Une fois dans la zone ciblée, la caméra du drone aurait recherché des éléments correspondant aux images fournies à son système. Lorsqu’une correspondance était détectée, l’appareil pouvait poursuivre automatiquement sa trajectoire vers la cible.

Cela signifie qu’un opérateur humain n’aurait pas nécessairement eu à guider manuellement le drone jusqu’au dernier moment.

Cette perspective soulève toutefois des questions considérables sur la fiabilité et les risques liés à l’utilisation d’armes autonomes. The Atlantic rapporte d’ailleurs que certains fabricants ukrainiens avaient auparavant hésité à proposer cette technologie aux militaires, estimant son utilisation trop risquée.

Zelensky aurait donné son accord pour poursuivre les préparatifs

Toujours selon l’enquête américaine, le projet aurait été présenté à Volodymyr Zelensky au cours de l’hiver 2025-2026.

Le président ukrainien aurait exprimé des inquiétudes concernant les risques pour les civils et les conséquences juridiques d’une utilisation de drones capables d’identifier et d’attaquer automatiquement une cible.

Malgré ces réserves, les préparatifs auraient continué sous la direction de Mykhailo Fedorov, alors ministre ukrainien de la Défense.

Le projet aurait suffisamment avancé au printemps 2026 pour recevoir officiellement son nom de code.

Mais l’opération a finalement été suspendue

Contrairement à certaines publications circulant sur les réseaux sociaux, les éléments disponibles ne permettent pas d’affirmer que l’Ukraine a déjà lancé une attaque « M&M’s » avec 1 000 drones contre Moscou.

Selon The Atlantic, les préparatifs ont été interrompus après le départ de Fedorov du ministère de la Défense en juillet 2026.

Un responsable cité par le magazine estime néanmoins que le projet pourrait théoriquement être relancé avec une nouvelle équipe. Il faudrait, selon cette source, environ trois mois pour remettre le programme sur les rails.

La presse ukrainienne a également rapporté les informations de The Atlantic, en soulignant que le projet avait été suspendu et que son avenir restait incertain.

Une stratégie qui illustre l’évolution de la guerre

Au-delà du seul projet « M&M’s », cette affaire témoigne de l’évolution rapide de la guerre en Ukraine.

Les drones sont désormais utilisés bien au-delà du simple champ de bataille. Les deux camps cherchent à développer des appareils capables de parcourir de longues distances, de résister au brouillage électronique et, de plus en plus, d’utiliser des systèmes d’intelligence artificielle pour naviguer ou identifier des objets.

L’Ukraine a déjà démontré sa capacité à mener des opérations de drones profondément à l’intérieur du territoire russe. En juin 2025, l’opération ukrainienne baptisée « Spider’s Web » avait notamment utilisé des drones dissimulés dans des camions pour frapper plusieurs bases aériennes russes, selon The Atlantic.

Le projet « M&M’s » représenterait toutefois une évolution supplémentaire : passer d’opérations reposant largement sur le contrôle humain à des essaims d’appareils capables d’effectuer une partie importante de leur mission de manière autonome.

Pour l’instant, rien ne permet d’affirmer que ce scénario sera effectivement mis en œuvre. Mais son existence présumée montre déjà à quel point l’intelligence artificielle et l’autonomie des drones sont devenues des éléments centraux de la guerre moderne.

Une chose est certaine : dans le conflit russo-ukrainien, la bataille technologique ne se joue plus seulement sur la portée des missiles ou le nombre de soldats. Elle se joue également dans la capacité à faire voler des machines capables de voir, de se repérer et, potentiellement, de décider seules de leur trajectoire jusqu’à leur cible.

Rédaction DUNIA NEW’S

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