Agriculture et changement climatique : l’Eau, cet « Or bleu » devenu indispensable à la sécurité et à la souveraineté alimentaires

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Agriculture et changement climatique : l’Eau, cet « Or bleu » devenu indispensable à la sécurité et à la souveraineté alimentaires

Face à l’irrégularité croissante des pluies et aux effets du changement climatique, l’accès et la maîtrise de l’eau s’imposent comme des enjeux majeurs pour l’agriculture. Plus qu’une simple ressource naturelle, l’eau apparaît désormais comme un levier stratégique pour sécuriser les productions, renforcer les revenus des producteurs et consolider la sécurité et la souveraineté alimentaires.
Dans les champs comme dans les exploitations d’élevage, l’eau demeure au cœur de la production. Elle permet aux cultures de se développer, favorise l’absorption des nutriments par les plantes et conditionne, dans une large mesure, les rendements agricoles. Son importance est telle qu’elle est désormais couramment désignée comme « l’or bleu de l’agriculture ».


Mais derrière cette appellation se cache une réalité de plus en plus préoccupante : sans une disponibilité suffisante et durable de l’eau, il devient difficile de garantir une production agricole régulière et suffisante.
L’agriculture reste fortement dépendante de la pluviométrie dans de nombreuses régions. Lorsque les pluies arrivent tardivement, s’interrompent pendant de longues périodes ou deviennent excessives, les conséquences peuvent être importantes pour les producteurs. Le manque d’eau peut entraîner le flétrissement des cultures, réduire les rendements et parfois provoquer la perte complète de certaines productions. À l’inverse, une meilleure maîtrise de la ressource permet aux agriculteurs de réduire leur vulnérabilité aux aléas climatiques. L’irrigation constitue notamment une réponse importante. Elle permet d’apporter aux cultures la quantité d’eau nécessaire au moment opportun et peut, selon les systèmes mis en place, permettre aux producteurs de diversifier leurs activités et de réaliser plusieurs cycles de production.

La question de l’eau est directement liée à celle de la sécurité alimentaire. Produire suffisamment de céréales, de légumes, de fruits et d’autres denrées nécessite de disposer de ressources hydriques accessibles et correctement gérées. Dans le maraîchage, par exemple, l’accès à l’eau permet aux producteurs de maintenir leurs activités pendant les périodes où les précipitations sont faibles. Tomate, oignon, piment, légumes-feuilles et autres spéculations peuvent ainsi être produits dans des conditions mieux maîtrisées. Une production plus régulière contribue à améliorer l’approvisionnement des marchés et peut participer à la disponibilité des aliments pour les populations.


L’enjeu va cependant au-delà de la simple disponibilité des produits alimentaires. La maîtrise de l’eau participe également à la souveraineté alimentaire. En effet, un pays capable de renforcer durablement sa production agricole réduit sa dépendance vis-à-vis des importations alimentaires. Pour y parvenir, les producteurs doivent pouvoir compter sur les conditions nécessaires à une production régulière, notamment l’accès à la terre, aux intrants, aux équipements, aux financements, mais aussi à l’eau. Dans cette perspective, investir dans les infrastructures hydrauliques agricoles peut constituer un investissement dans la capacité d’un pays à produire davantage par lui-même et à mieux répondre aux besoins alimentaires de sa population.
Cette problématique prend une dimension particulière avec les effets du changement climatique. L’évolution des régimes pluviométriques oblige les agriculteurs à adapter leurs pratiques. Face à ces défis, plusieurs solutions peuvent être développées : retenues d’eau, petits barrages, récupération des eaux de pluie, irrigation raisonnée, systèmes d’économie d’eau et techniques agricoles permettant de conserver davantage l’humidité des sols.

L’objectif n’est toutefois pas de consommer davantage d’eau, mais de mieux utiliser chaque goutte disponible. La gestion durable des ressources hydriques devient ainsi une responsabilité collective impliquant producteurs, collectivités, services techniques, organisations de la société civile et pouvoirs publics.
Faire de l’eau un véritable levier de transformation de l’agriculture suppose également de protéger les ressources existantes. La pollution des cours d’eau, la dégradation des zones humides, le gaspillage et la surexploitation des nappes peuvent compromettre leur disponibilité à long terme. Pour les agriculteurs, une meilleure maîtrise de l’eau peut signifier davantage de possibilités de production, une réduction des pertes et une amélioration des revenus. Pour les consommateurs, elle peut contribuer à une alimentation plus disponible et plus stable. Pour les États, elle constitue un élément important de la résilience des systèmes alimentaires.

L’agriculture de demain ne pourra pas uniquement compter sur la régularité des pluies. Dans un contexte climatique de plus en plus incertain, la maîtrise de l’eau devient une condition de résilience et de durabilité du secteur agricole.
Considérée comme « l’Or bleu », l’eau est donc bien plus qu’un simple intrant agricole. Elle est au cœur d’un enjeu qui touche à la fois la production, les revenus des producteurs, la disponibilité des aliments, la stabilité des marchés et l’autonomie alimentaire des pays. Sécuriser l’eau, c’est sécuriser la production. Sécuriser la production, c’est renforcer la sécurité alimentaire. Et renforcer durablement la production nationale, c’est contribuer à consolider la souveraineté alimentaire.
L’eau n’est donc pas seulement l’Or bleu de l’agriculture : elle est l’un des fondements de sa capacité à nourrir durablement les populations.

Par Jean-Marc Ashraf pour Dunia-news

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