Guinée : 173 militaires radiés pour « désertion », dont le commandant Michel Lamah

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Guinée : 173 militaires radiés pour « désertion », dont le commandant Michel Lamah

CONAKRY — Le décret était attendu, mais son contenu n’a pas manqué de retenir l’attention. Le président guinéen, le général Mamadi Doumbouya, a décidé de radier 173 militaires des effectifs des Forces armées guinéennes, pour un motif officiellement présenté comme une « désertion ». La décision a été rendue publique lundi 24 août 2026 à travers un décret lu à la télévision nationale (RTG) par le général Amara Camara, ministre secrétaire général de la Présidence.

La mesure concerne des militaires issus de différentes composantes des forces armées. Le média guinéen Africaguinee a notamment publié la liste des 173 personnes concernées, tandis que Guinée360 a également rapporté la publication du décret présidentiel.

Une radiation pour « désertion »

Le décret invoque donc la désertion comme motif de radiation. Dans le vocabulaire militaire, celle-ci renvoie au fait, pour un militaire, de quitter son unité ou de s’absenter de son service dans des conditions constituant une violation de ses obligations militaires.

Dans le cas présent, les autorités n’ont pas, dans le décret tel que rapporté par les médias consultés, fourni publiquement davantage de détails sur les circonstances individuelles ayant conduit à la radiation des 173 militaires. Il convient donc de distinguer le fait établi — leur radiation pour le motif officiellement indiqué — des éventuelles explications particulières concernant chacun des concernés.

La décision intervient dans un contexte où les autorités guinéennes accordent une importance particulière à la discipline au sein des forces de défense et de sécurité. Le décret constitue ainsi une mesure administrative et militaire d’ampleur, compte tenu du nombre de personnels concernés.

Michel Lamah, un nom qui rappelle le 5 septembre 2021

Parmi les 173 militaires radiés, un nom attire particulièrement l’attention : le commandant Michel Lamah, ancien membre du Groupement des forces spéciales (GFS). Plusieurs médias guinéens ont confirmé sa présence dans la liste publiée à la suite du décret.

Michel Lamah s’était fait connaître du grand public guinéen lors des événements du 5 septembre 2021, lorsque le président Alpha Condé avait été renversé par le Groupement des forces spéciales dirigé à l’époque par Mamadi Doumbouya.

Des archives de la période montrent notamment Michel Lamah au volant du véhicule dans lequel se trouvait l’ancien chef de l’État après son arrestation. Le militaire avait lui-même affirmé, dans une interview rapportée par la presse guinéenne, avoir participé à l’arrestation d’Alpha Condé ce jour-là. Hommes d’Afrique Magazine avait notamment rapporté ses déclarations un an après le coup d’État.

Son image avait également largement circulé sur les réseaux sociaux en raison des amulettes traditionnelles qu’il portait sur lui. La presse guinéenne l’avait alors surnommé le militaire « aux gris-gris ». Mediaguinee rappelle également que les photographies de Michel Lamah portant ces amulettes avaient fait le tour du monde au lendemain du 5 septembre 2021.

Il faut toutefois éviter de confondre cette image devenue emblématique avec le motif de sa radiation actuelle : le décret de 2026 mentionne la « désertion », et les sources consultées ne rapportent pas d’autre motif officiel pour Michel Lamah.

De compagnon du putsch à militaire radié

La présence de Michel Lamah parmi les 173 militaires radiés donne une résonance particulière à cette décision. Il avait été associé, dans les premières heures du changement de pouvoir de septembre 2021, à l’une des opérations les plus marquantes de l’histoire politique récente de la Guinée.

À l’époque, il appartenait au GFS, l’unité d’élite qui avait pris le contrôle des principaux points stratégiques de Conakry avant l’annonce de la prise du pouvoir par le CNRD. Son nom était alors régulièrement cité dans la presse guinéenne en lien avec l’arrestation d’Alpha Condé. Africaguinee avait notamment présenté Michel Lamah comme l’un des membres du commando ayant participé à l’arrestation de l’ancien président.

Quelques années plus tard, son nom réapparaît donc dans un contexte totalement différent : celui d’une radiation des effectifs de l’armée pour « désertion ».

Une décision qui touche plusieurs composantes des forces armées

La liste publiée à la suite du décret ne se limite pas à un seul corps. Africaguinee indique que les 173 militaires concernés sont répartis entre différentes composantes des Forces armées guinéennes, notamment l’État-Major de l’Armée de mer et le Haut Commandement de la Gendarmerie nationale.

Le nombre de militaires concernés donne à la mesure une portée significative. Il ne s’agit donc pas d’une sanction isolée visant un officier connu, mais d’une décision collective concernant plusieurs dizaines de personnels militaires.

Pour l’heure, les informations publiquement disponibles ne permettent cependant pas d’établir, pour chaque militaire, les circonstances précises de la désertion reprochée. Une prudence particulière s’impose donc dans l’interprétation de cette liste.

Doumbouya, désormais président de la République

La décision intervient également dans une nouvelle configuration institutionnelle. Contrairement à certaines présentations encore utilisées dans les premières dépêches, Mamadi Doumbouya n’est plus officiellement le « président de la Transition ».

Après avoir dirigé la Guinée depuis le coup d’État de septembre 2021, il a remporté l’élection présidentielle du 28 décembre 2025 et a été investi président de la République en janvier 2026. Wakat Séra rapporte qu’il a été investi le 17 janvier 2026 pour un mandat de sept ans, après avoir obtenu 86,72 % des suffrages selon les résultats rapportés par le média.

La radiation des 173 militaires intervient donc sous son autorité en tant que président de la République et chef suprême des armées, dans le cadre institutionnel issu de la nouvelle République.

Une décision qui pose aussi la question de la discipline militaire

Au-delà des noms, cette radiation rappelle la place centrale de la discipline dans le fonctionnement d’une armée. La désertion constitue une rupture avec les obligations attachées au statut militaire et peut entraîner des conséquences particulièrement lourdes pour les personnels concernés.

Dans le cas guinéen, l’ampleur de la liste publiée le 24 août donne à la décision une dimension particulière. Elle intervient plusieurs années après le coup d’État de 2021 et alors que le pays a officiellement changé de cadre politique avec l’élection présidentielle de décembre 2025.

Pour Michel Lamah, la trajectoire est particulièrement symbolique : de militaire devenu célèbre lors de l’arrestation d’Alpha Condé le 5 septembre 2021 à officier désormais radié des effectifs de l’armée guinéenne pour « désertion ».

À ce stade, le décret constitue la principale base publique de la décision. Les autorités guinéennes n’ont pas, dans les éléments rendus publics et consultés pour cet article, détaillé les circonstances individuelles ayant conduit à la radiation de chacun des 173 militaires.

Rédaction DUNIA NEW’S

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