Après son homologue français, Emmanuel Macron, le président Camerounais Paul Biya a reçu hier 28 janvier 2025 au palais de l’ Unité de Yaoundé, le rapport des membres de la Commission mixte sur le rôle et l’engagement de la France dans la lutte contre les mouvements indépendantistes et d’opposition au Cameroun (de 1945 à 1971).
Dans son adresse de circonstance, le président camerounais a promis que ce travail de recherche. » ne va pas tomber dans les oubliettes » . Il a annoncé la création d’un comité de suivi pour mieux capitaliser les résultats de cette recherche et évoqué l’idée d’une réforme des programmes scolaires sur le nationalisme camerounais.
La Commission mémoire a fait une œuvre qui impactera indubitablement les générations futures en ce qu’elle leur permettra, non seulement de bien comprendre leur histoire, mais aussi de mieux se projeter dans l’avenir », a-t-il souligné.
S’il souhaite capitaliser le travail de la Commission mémoire, Paul Biya ne se prive pas non plus de saluer cette initiative. Il est certain que ce travail de recherche est tout d’abord le triomphe de ses idées. Il a lu à ses invités quelques lignes de son livre « Pour le libéralisme communautaire », paru en 1987, dans lequel il demandait déjà aux historiens de restituer, sans complaisance ni parti pris, les évènements qui ont conduit à la décolonisation du Cameroun.
Un travail ardu à cause de la loi du 3 janvier 1979, qui allonge les délais d’ouverture des archives sur l’engagement de la France au Cameroun après la seconde guerre mondiale et le début du nationalisme camerounais, comme le faisait remarquer l’historien Samuel Efoua Mbozo’o sur le plateau de la CRTV.
La décision du président français Emmanuel Macron d’ouvrir ces archives est sans doute aussi une victoire diplomatique pour Paul Biya. Il présente volontiers le travail de recherche de la commission mémorielle comme l’opportunité de réécrire le nouveau roman de la relation entre Paris et Yaoundé. « Il fallait en arriver là et admettre ensemble cette catharsis entre la France et le Cameroun, deux pays amis, aux relations séculaires, plurielles et multiformes », a déclaré le locataire du palais de l’Unité dans son discours.
De l’avis des 14 chercheurs (7 Français et 7 Camerounais), qui ont accompagné l’historienne française Karine Ramondi, dans la réécriture des premières pages de ce nouveau roman, il y a de nombreuses zones d’ombre que les archives consignées en France ont permis d’éclairer. C’est le cas des évènements de 1945.
La seconde guerre mondiale est terminée et le discours nationaliste commence à faire son nid dans les consciences. Alors que des Camerounais battent le pavé à Douala, il s’en suit une rixe qui a souvent été présentée comme « une émeute ».
Le rapport de la commission mémorielle évoque plutôt des évènements réprimés dans une violence ourdie par les colons qui ne voulaient pas perdre leurs privilèges. Cet éclairci a été rendu possible grâce aux renseignements consignés dans les archives du ministère de la France d’Outre-mer et celles de la justice militaire française de l’époque.
Cet exemple en dit long sur d’autres faits qui sont présentés sous un nouveau jour dans ce rapport. C’est le cas des évènements sanglants de mai 1955 à Douala, qui vont conduire à l’interdiction de l’Union des populations du Cameroun (UPC), le parti nationaliste, et pousser ses leaders à entrer dans la clandestinité.
Le rapport rapporte aussi des non-dits de l’histoire du nationalisme. Les chercheurs français et camerounais ont découvert comment s’est organisée la campagne de diabolisation de l’UPC. Il était question de faire passer Ruben Um Nyobè, le premier secrétaire de l’UPC, et ses camarades de parti pour des terroristes et non comme des nationalistes.
Pour Paul Biya, ce passé ignoré a commencé à être déterré grâce à ce rapport. Il suggère d’ores et déjà aux chercheurs de prendre le relai. « Votre travail doit se comprendre comme une première étape nécessaire qui ouvre les perspectives d’autres recherches dans la quête de la vérité », a indiqué le président camerounais à l’endroit des membres de la commission mémorielle.
En rappel, c’est en 2022 les présidents camerounais et français ont convenu de la création de cette commission. Mais Ce n’est qu’un an plus tard qu’elle va effectivement débuter son travail reparti sur deux volets : un volet recherche dirigé par Karine Ramondi et un volet artistique dirigé par le musicien camerounais Blick Bassy.
Attendu en décembre 2024, le rapport est finalement présenté au président français Emmanuel Macron le 21 janvier dernier au palais de l’Elysée. Paul Biya est représenté à cette cérémonie par Samuel Mvondo Ayolo, le directeur du cabinet civil de la présidence de la République.
Ce 28 janvier, c’était donc au tour du président camerounais de recevoir le rapport. Emmanuel Macron s’est fait représenter à cette cérémonie par Mohamed Soilihi Thani, ministre délégué auprès du ministre français de l’Europe et des affaires étrangères chargé de la Francophonie et des partenariats internationaux.















