
Le journaliste et analyste André Silver Konan a vivement réagi aux propos du ministre de la Communication, Amadou Coulibaly, sur la responsabilité dans la lutte contre l’orpaillage illégal en Côte d’Ivoire. Il estime que l’État, détenteur des moyens régaliens, porte une responsabilité particulière dans la protection des forêts classées et demande pourquoi les orpailleurs clandestins peuvent parfois s’y installer durablement alors que d’autres contrevenants sont rapidement interpellés.
Le débat sur l’orpaillage illégal en Côte d’Ivoire prend une nouvelle dimension. Alors que le phénomène continue de susciter des inquiétudes en raison de ses conséquences sur les forêts, les terres et les ressources en eau, les responsabilités dans sa persistance font désormais l’objet d’échanges particulièrement vifs.
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Dans une réaction adressée au ministre de la Communication, Amadou Coulibaly, le journaliste et analyste André Silver Konan rejette notamment l’idée d’une responsabilité indistinctement partagée entre l’ensemble des acteurs.
« Non, monsieur le ministre, nous ne sommes pas tous responsables », affirme-t-il dans une déclaration relayée sur les réseaux sociaux.
Pour André Silver Konan, la responsabilité première incombe à l’État, en raison de ses prérogatives et de ses moyens de contrôle du territoire.
« Le premier responsable en chef, c’est bien l’État »
L’argument développé par le journaliste repose notamment sur le statut particulier des forêts classées.
Selon lui, ces espaces ne relèvent pas de propriétaires terriens privés, mais de la gestion forestière publique. Il cite plusieurs massifs qu’il affirme être touchés par l’orpaillage illégal.
Parmi les forêts mentionnées figurent notamment Badénou dans la région de Korhogo, Rapides-Grah Nord dans la zone de Soubré, Goin-Débé à l’ouest du pays, Koliakro à Bocanda, Téné à Oumé, Niégré Nord dans le Bas-Sassandra, Diamarakro dans l’Indénié-Djuablin et les collines de Bongouanou.
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Plusieurs des noms cités correspondent effectivement à des unités de gestion forestière répertoriées dans l’organisation de la SODEFOR. Les documents disponibles recensent notamment les unités de Badénou, Goin-Débé, Téné, Rapides-Grah Nord et Niégré Nord.
Mais la présence d’une forêt dans la liste des espaces gérés par la SODEFOR ne signifie pas, à elle seule, que toutes ces forêts sont actuellement occupées par des sites d’orpaillage clandestin. Cette distinction est importante.
Une question sur l’efficacité du contrôle
André Silver Konan formule ensuite une interrogation destinée aux autorités.
Il compare la situation d’un simple chasseur qui pénétrerait dans une forêt classée à celle des groupes d’orpailleurs clandestins qui, selon lui, peuvent parvenir à s’installer sur certains sites pendant de longues périodes.
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« Comment expliquer que le simple chasseur d’agouti dans l’une de ces forêts soit vite traqué et interpellé, en quelques jours, et que des orpailleurs nombreux et sans scrupules puissent s’installer durablement dans ces forêts, sans être inquiétés durant des mois, voire des années ? », demande-t-il.
À travers cette question, le journaliste ne conteste donc pas seulement l’existence de l’orpaillage illégal. Il interroge surtout l’efficacité des mécanismes de surveillance, de contrôle et de répression lorsqu’il s’agit de sites clandestins installés dans des zones protégées.
Un phénomène qui mobilise les autorités
L’orpaillage illégal constitue depuis plusieurs années un problème majeur pour la Côte d’Ivoire. Il est régulièrement associé à la dégradation des espaces forestiers, à la pollution des cours d’eau et à la déstructuration des sols.
Le phénomène fait aujourd’hui l’objet de mesures de lutte et de surveillance de la part des autorités et des services chargés de la protection des ressources naturelles.
La question de la production clandestine d’or reste également préoccupante. Le directeur du Centre ivoirien antipollution (CIAPOL), le professeur Bernard Ossey Yapo, a récemment affirmé que les exploitations illégales auraient produit plus de 142 tonnes d’or en 2025, selon une déclaration relayée par Chroniques 225.
Ce chiffre, particulièrement important, illustre l’ampleur économique potentielle du phénomène, mais doit être replacé dans son contexte et distingué des statistiques officielles de production d’or déclarée.
Le débat dépasse la seule question des orpailleurs
La réaction d’André Silver Konan intervient également dans un contexte où plusieurs lectures de l’origine et de la persistance de l’orpaillage illégal s’affrontent.
Dans une autre intervention récente, le journaliste a notamment évoqué l’histoire politique et sécuritaire de la Côte d’Ivoire pour expliquer certains aspects de l’implantation du phénomène. Cette analyse a suscité une réaction d’Alain Lobognon, qui a contesté publiquement le lien établi entre l’orpaillage clandestin et la rébellion ivoirienne.
Ce désaccord montre que le débat ne porte plus uniquement sur les conséquences environnementales de l’orpaillage, mais également sur ses causes, ses réseaux, son implantation territoriale et les responsabilités des différents acteurs.
« Nous ne sommes pas tous responsables »
Pour André Silver Konan, il est donc nécessaire de distinguer les responsabilités.
Son raisonnement est simple : si l’État dispose de moyens régaliens pour contrôler les forêts classées et lutter contre les occupations illégales, il doit pouvoir expliquer pourquoi certaines installations clandestines peuvent perdurer.
Il refuse ainsi de faire porter une responsabilité générale à l’ensemble de la population.
« Non, monsieur le ministre, nous ne sommes pas tous responsables ! », conclut-il dans sa déclaration, avant d’appeler à une meilleure compréhension du problème.
Au-delà de la polémique entre les deux hommes, la question posée reste centrale : comment renforcer durablement le contrôle des espaces protégés et démanteler les réseaux qui permettent à l’orpaillage clandestin de s’installer et de prospérer ?
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La réponse ne relève toutefois pas d’un seul acteur. Elle implique à la fois les services forestiers, les forces de sécurité, les autorités administratives, les communautés locales et les acteurs du secteur minier.
Pour être efficace, la lutte contre l’orpaillage illégal devra surtout permettre de remonter au-delà des seuls travailleurs présents sur les sites, afin d’identifier également les circuits d’approvisionnement, de financement, de commercialisation et les éventuelles complicités qui permettent à certaines exploitations clandestines de fonctionner dans la durée.
Rédaction DUNIA NEW’S















