Côte d’Ivoire : après les propos de Fabrice Sawegnon, des étudiants de l’ISTC Polytechnique montent au créneau

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Côte d’Ivoire : après les propos de Fabrice Sawegnon, des étudiants de l’ISTC Polytechnique montent au créneau

La polémique autour des déclarations de Fabrice Sawegnon sur le niveau des jeunes formés dans les écoles de journalisme ivoiriennes prend une nouvelle dimension. Des étudiants de l’ISTC Polytechnique dénoncent des propos qu’ils jugent méprisants à l’égard des jeunes en formation et du système qui les prépare aux métiers des médias.

La controverse n’est visiblement pas près de s’éteindre. Quelques jours après la sortie remarquée de Fabrice Sawegnon sur les jeunes issus des écoles de journalisme en Côte d’Ivoire, la réaction gagne désormais les établissements de formation.

Le patron de Life TV s’était exprimé le 1er octobre 2026 à Abidjan, dans le cadre du Sommet africain du Journalisme et de l’Entrepreneuriat des Médias (SAJEM). Le programme officiel du sommet confirme la participation de Fabrice Sawegnon à un panel consacré à l’entrepreneuriat dans les médias africains.

Au cours de cette intervention, le dirigeant de Life TV aurait notamment déclaré : « Il n’y a pas de talent chez les jeunes qui sont à l’école de journalisme en Côte d’Ivoire ». Pour illustrer son constat, il a évoqué un appel à candidatures qui aurait enregistré entre 300 et 400 candidatures, sans qu’aucun profil ne soit finalement retenu.

Ces propos, rapportés par plusieurs médias ivoiriens, ont rapidement suscité des réactions. OSMedia Infos rapporte ainsi que Fabrice Sawegnon a appelé les jeunes à prendre davantage leur avenir en main, à se former continuellement et à exploiter les possibilités offertes par Internet et les nouveaux outils.

Mais pour certains étudiants, la manière de présenter ce constat pose problème.

« C’est insulter toute l’administration »

Interrogé par Alerte Info News, l’étudiant en journalisme Dembélé Mohamed Souleymane estime que la déclaration du patron de Life TV dépasse la simple critique d’un processus de recrutement.

«« Je trouve beaucoup déplacés les propos de monsieur Fabrice. Dire directement que des étudiants ne sont pas talentueux ou compétents, c’est d’abord insulter ces étudiants, mais c’est également insulter toute l’administration des différents établissements qui forment des professionnels. »»

Pour cet étudiant, il est parfaitement légitime qu’un responsable de média exige un certain niveau de ses futurs collaborateurs. Mais cette exigence, estime-t-il, devrait s’accompagner d’un discours permettant aux jeunes de comprendre leurs insuffisances et de progresser.

« C’est nécessaire de challenger les jeunes étudiants, mais pas de cette manière. Il aurait pu le dire autrement, sans insulter », déplore-t-il.

Une réaction qui traduit une distinction importante dans le débat : critiquer le niveau de certains candidats n’est pas nécessairement la même chose que jeter le discrédit sur l’ensemble des jeunes en formation.

Une déclaration qui relance une vieille controverse

La sortie de Fabrice Sawegnon n’arrive d’ailleurs pas totalement de nulle part.

Le patron de Life TV défend depuis plusieurs années une conception du recrutement dans laquelle le diplôme ne constitue pas, à lui seul, un critère suffisant. En 2022 déjà, lors du lancement de Vibe Radio, devenue par la suite Life Radio, il expliquait que son groupe recherchait avant tout des personnes capables de démontrer leur talent et de générer de l’audience.

À l’époque, des critiques lui reprochaient notamment de privilégier des influenceurs au détriment de diplômés de l’ISTC Polytechnique. Sawegnon avait alors assumé son approche, expliquant que Life TV étant une entreprise privée dépendante notamment de ses audiences et de ses recettes publicitaires, elle devait proposer des contenus capables d’attirer le public.

En 2024, dans une interview rapportée par YOP L-FRII à partir d’une intervention sur RFI, il avait de nouveau expliqué que les jeunes devaient chercher à se différencier au-delà du diplôme, notamment à travers leur manière de présenter leur candidature et de mettre en avant leurs compétences.

Le débat actuel apparaît donc comme le prolongement d’une question qui oppose depuis plusieurs années deux visions : celle d’une formation académique censée préparer à l’emploi et celle d’un marché des médias qui réclame des profils immédiatement opérationnels, capables de se démarquer et d’attirer une audience.

« Il ne cherche pas du talent, il cherche de l’audience »

Chez d’autres étudiants interrogés par Alerte Info News, le problème se situe précisément dans cette conception du recrutement.

Certains estiment que les médias privés accorderaient aujourd’hui une importance considérable à la popularité acquise sur les réseaux sociaux. Pour eux, un jeune disposant d’une importante communauté numérique peut parfois être considéré comme plus intéressant qu’un journaliste fraîchement diplômé, même lorsque ce dernier dispose d’une formation spécialisée.

L’un des étudiants résume cette perception en ces termes :

«« Pour moi, M. Sawegnon n’est pas à la recherche de journalistes, mais plutôt d’influenceurs. Ce n’est pas le talent qu’il cherche, c’est l’audience. »»

Cette affirmation reste toutefois une opinion exprimée par l’étudiant et non un fait établi. Elle traduit surtout le malaise d’une partie des jeunes professionnels face à l’évolution du paysage audiovisuel, où les frontières entre journalisme, divertissement, influence numérique et création de contenu deviennent de plus en plus poreuses.

La question de l’audience n’est cependant pas secondaire pour les entreprises audiovisuelles. Fabrice Sawegnon l’avait déjà expliqué publiquement en défendant le recours à certains influenceurs : selon lui, leur capacité à mobiliser une importante communauté peut constituer un atout pour une chaîne qui doit attirer des téléspectateurs et assurer son modèle économique.

Le diplôme contre le talent : un faux débat ?

Au fond, la polémique pose une question beaucoup plus large que la seule personne de Fabrice Sawegnon : qu’attend aujourd’hui un média ivoirien d’un jeune journaliste fraîchement formé ?

Un diplôme atteste d’une formation, mais ne garantit pas automatiquement l’excellence professionnelle. À l’inverse, l’absence de diplôme spécialisé ne signifie pas nécessairement l’absence de talent.

C’est précisément sur cette distinction que Fabrice Sawegnon s’est régulièrement appuyé dans ses précédentes prises de parole. Il soutient que les recruteurs recherchent des personnes capables de produire, de convaincre, de se différencier et de répondre aux besoins de l’entreprise.

Mais cette logique soulève à son tour une autre interrogation : si les entreprises recherchent des profils immédiatement opérationnels, quelle part doivent-elles prendre dans la formation pratique des jeunes diplômés ?

Car le recrutement n’est pas seulement une opération de sélection. Il peut également constituer une étape de transmission des savoir-faire.

L’ISTC Polytechnique se retrouve au cœur du débat

Même si les propos de Fabrice Sawegnon portent sur les jeunes issus des écoles de journalisme ivoiriennes dans leur ensemble, l’ISTC Polytechnique se retrouve particulièrement observé dans cette polémique.

L’établissement constitue l’une des principales institutions ivoiriennes consacrées à la formation aux métiers de la communication et des médias. Des discussions antérieures sur le recrutement dans les médias avaient déjà mis en opposition diplômés de l’ISTC et responsables de chaînes audiovisuelles.

La question est donc désormais de savoir si le problème réside réellement dans la qualité de la formation, dans l’inadéquation entre certains programmes et les besoins du marché, dans les critères de recrutement des entreprises ou encore dans le manque d’opportunités permettant aux jeunes de transformer leurs connaissances théoriques en expérience professionnelle.

Une analyse publiée récemment par Les Sentinelles d’Abidjan estime justement que cette affaire devrait permettre d’ouvrir un dialogue entre les écoles, les entreprises de médias et les pouvoirs publics sur l’employabilité des jeunes diplômés. Le média rappelle également que l’ISTC associe enseignements théoriques et exercices pratiques dans plusieurs filières liées aux médias.

Des étudiants qui veulent transformer la colère en défi

Malgré l’irritation provoquée par les propos du patron de Life TV, certains étudiants préfèrent finalement retenir le défi.

Plutôt que de répondre uniquement par la polémique, ils affirment vouloir démontrer sur le terrain que les écoles ivoiriennes forment bel et bien des jeunes capables d’exercer le métier.

Cette position rejoint d’ailleurs l’un des éléments centraux du discours de Fabrice Sawegnon : il avait invité les jeunes qui estiment avoir du talent à venir le démontrer à travers un test de recrutement. Plusieurs médias ont rapporté cette invitation à la suite de son intervention.

Le véritable enjeu pourrait donc se situer là : au-delà des déclarations et des réactions sur les réseaux sociaux, quels jeunes seront capables de transformer cette polémique en démonstration concrète de leurs compétences ?

Un débat qui dépasse Fabrice Sawegnon

La polémique actuelle mérite finalement d’être dépassionnée. Car derrière une phrase qui a fortement fait réagir se trouve une question réelle : celle de l’adéquation entre la formation, les attentes des employeurs et les transformations rapides du secteur des médias.

Les entreprises veulent des journalistes capables de maîtriser les techniques de reportage, l’écriture, la présentation, l’image, le montage, les réseaux sociaux et les nouveaux outils numériques. Les écoles, elles, ont la responsabilité de transmettre les fondamentaux du métier et de préparer leurs étudiants aux réalités professionnelles.

Entre les deux se trouve le jeune diplômé, souvent confronté à une difficulté paradoxale : on lui demande de l’expérience pour obtenir son premier emploi, alors que cette expérience doit justement être acquise quelque part.

La déclaration de Fabrice Sawegnon aura donc eu le mérite, au-delà de la controverse, de remettre sur la table une question essentielle pour le journalisme ivoirien : comment mieux former, mieux recruter et surtout mieux accompagner la relève ?

Pour les étudiants de l’ISTC qui contestent la manière dont leur génération a été présentée, la réponse semble désormais claire : le meilleur moyen de répondre sera de travailler, de progresser et de faire la preuve de leur talent sur le terrain.

Car au-delà du diplôme comme au-delà de l’audience, le journalisme finit toujours par être jugé sur la qualité du travail produit.

Rédaction DUNIA NEW’S

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