
Vingt-cinq ans après les attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis d’Amérique commémorent près de 3 000 morts dans un pays profondément transformé par cette journée. À New York, la présence du maire Zohran Mamdani aux cérémonies a suscité une vive contestation de certaines familles de victimes. Au-delà de cette polémique, une question demeure : comment transmettre la mémoire d’un attentat terroriste à une génération qui ne l’a pas vécu ?
New York se souvient
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Ce vendredi 11 septembre 2026, New York, le Pentagone en Virginie et le site de Shanksville, en Pennsylvanie, rendent hommage aux victimes des attentats de 2001. Comme chaque année, les noms des morts sont lus lors des cérémonies. Une nouvelle minute de silence est toutefois observée cette année pour honorer les personnes décédées des suites de maladies liées à leur exposition aux poussières toxiques après les attaques.
Le 11 septembre 2001, 19 membres d’Al-Qaïda avaient détourné quatre avions de ligne. Deux avaient percuté les tours du World Trade Center à New York, un troisième le Pentagone et le quatrième s’était écrasé en Pennsylvanie après que des passagers eurent tenté de reprendre le contrôle de l’appareil. Près de 3 000 personnes avaient été tuées.
Un quart de siècle plus tard, Al-Qaïda a changé de forme mais n’a pas disparu. Ses réseaux et groupes affiliés restent présents notamment au Sahel, en Somalie et dans certaines régions d’Asie.
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La polémique autour de Zohran Mamdani
À New York, la commémoration a toutefois été précédée d’une controverse politique.
Des proches de victimes ont remis le 8 septembre une pétition demandant au maire Zohran Mamdani de ne pas participer aux cérémonies officielles. Le texte avait recueilli plus de 102 000 signatures à cette date et plus de 111 000 selon les informations publiées à la veille de l’anniversaire. Les signataires contestent notamment certaines positions politiques du maire et la nomination de Ramzi Kassem comme conseiller juridique principal.
Kassem avait auparavant représenté Ahmed al-Darbi, un détenu de Guantánamo impliqué dans une procédure liée à Al-Qaïda. Cette relation professionnelle est devenue un argument majeur de ses détracteurs. Elle ne signifie cependant pas que l’avocat soit lui-même membre d’Al-Qaïda ou qu’il partage les actes de son ancien client.
Mamdani a malgré tout participé aux événements commémoratifs et a pris part, la veille de l’anniversaire, à une marche interreligieuse réunissant des participants chrétiens, juifs et musulmans.
Cette controverse montre surtout que, vingt-cinq ans après les attentats, le 11-Septembre demeure un sujet où les blessures personnelles, les convictions politiques et les débats identitaires se croisent.
Le mot « terrorisme » divise davantage
Une autre évolution est moins visible mais tout aussi importante : le vocabulaire utilisé pour désigner les violences politiques.
Depuis les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, une partie des militants occidentaux favorables à la cause palestinienne a refusé de qualifier l’ensemble de l’attaque de « terroriste », privilégiant parfois les notions de résistance ou de lutte anticoloniale. D’autres ont considéré que le meurtre de civils et les autres attaques délibérées contre des populations civiles justifiaient pleinement cette qualification.
Ces positions ne doivent pas être confondues avec l’ensemble de la jeunesse occidentale. Elles ne signifient pas non plus que les jeunes générations seraient devenues favorables au terrorisme.
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Mais elles témoignent d’un changement dans la manière dont certaines violences sont interprétées. Une enquête menée au Royaume-Uni en décembre 2023 auprès des 18-24 ans avait ainsi montré que 24 % des personnes interrogées qualifiaient le Hamas de « combattants de la liberté », tandis que 24 % parlaient de « terroristes » et que 35 % ne savaient pas comment le qualifier.
Le débat dépasse donc la seule question du vocabulaire. Il porte sur une distinction essentielle : expliquer les causes d’une violence n’est pas la même chose que la justifier.
Une mémoire qui change avec les générations
Pour ceux qui étaient adultes en 2001, les images des avions frappant les tours et de leur effondrement restent liées à un souvenir personnel.
Pour les jeunes nés après les attentats, le 11-Septembre est devenu un événement historique transmis par l’école, les médias, les archives et les récits familiaux.
Une enquête publiée cette semaine par l’Associated Press et Ipsos montre néanmoins que l’événement conserve une place exceptionnelle dans la mémoire collective : environ la moitié des adultes interrogés citent les attentats parmi les événements historiques les plus importants de leur vie.
Mais la perception des menaces a changé. Selon une enquête Reuters/Ipsos réalisée fin août 2026, 33 % des personnes interrogées considèrent désormais le terrorisme intérieur comme la principale menace terroriste pour la sécurité, contre 20 % pour le terrorisme provenant de l’étranger. Soixante et un pour cent jugent également les extrémistes agissant sur le territoire plus menaçants que ceux venus de l’étranger.
Vingt-cinq ans après, que reste-t-il du 11-Septembre ?
Le 11 septembre 2001 avait bouleversé la politique des États-Unis d’Amérique, provoqué les guerres d’Afghanistan et d’Irak et profondément modifié les politiques de sécurité et de surveillance.
Un quart de siècle plus tard, les citoyens interrogés portent un regard beaucoup plus critique sur ces guerres. Près de la moitié estiment que la guerre en Afghanistan n’en valait pas le coût et une majorité porte le même jugement sur la guerre en Irak. Dans le même temps, six personnes sur dix déclarent encore penser périodiquement aux attentats.
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La mémoire du 11-Septembre n’a donc pas disparu. Elle s’est transformée.
Elle appartient désormais à plusieurs générations, dont certaines ont connu les attentats et leurs conséquences directement, tandis que d’autres ont grandi après la « guerre contre le terrorisme ». Entre ces générations, les mots ne portent pas toujours le même sens.
C’est peut-être l’un des enjeux majeurs de ce 25e anniversaire : se souvenir des victimes sans transformer leur mémoire en instrument politique, condamner le terrorisme sans confondre islam et islamisme, et comprendre les causes des conflits sans transformer l’explication en justification de la violence.
Celine Dou















