
WASHINGTON — La bataille autour du Kennedy Center prend une nouvelle tournure aux États-Unis. Alors que la justice américaine a déjà ordonné le retrait du nom de Donald Trump de la façade du célèbre centre culturel de Washington, l’administration présidentielle évoque désormais une issue pour le moins spectaculaire : la démolition du bâtiment s’il n’est pas possible de mener à bien le vaste projet de rénovation défendu par le président américain et ses alliés.
Cette menace apparaît dans un document judiciaire déposé par le ministère américain de la Justice dans le cadre du nouveau contentieux opposant l’administration à la représentante démocrate Joyce Beatty, membre du conseil d’administration du Kennedy Center.
Les avocats du gouvernement soutiennent que le centre doit être rénové et que, sans ces travaux, son état pourrait continuer à se dégrader jusqu’à rendre nécessaire sa démolition. Ils évoquent alors la possibilité de construire à sa place « un grand amphithéâtre en plein air » donnant sur le Potomac, une idée qui aurait déjà été évoquée par certains responsables par le passé.
Une menace formulée devant la justice
Le document judiciaire marque une nouvelle étape dans une bataille qui dure depuis plusieurs mois.
Selon le ministère de la Justice, le Kennedy Center se trouverait dans une situation financière et structurelle préoccupante. L’administration estime que l’établissement doit engager d’importants travaux afin d’éviter une dégradation supplémentaire du bâtiment.
Le gouvernement chiffre le projet de rénovation à environ 250 millions de dollars. Il affirme également que les travaux et les financements nécessaires dépendent largement de la capacité de l’administration à attirer de nouveaux donateurs.
C’est à ce niveau que le nom de Donald Trump intervient dans l’argumentation présentée au tribunal.
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Les avocats de l’administration soutiennent en effet que la reconnaissance du rôle de Trump dans la rénovation du centre est importante pour attirer les financements privés nécessaires au projet.
Selon cette argumentation, empêcher toute mention du président pourrait décourager certains donateurs et aggraver les difficultés financières du centre.
L’administration va jusqu’à présenter un scénario dans lequel le bâtiment, faute de rénovation, deviendrait une structure « dangereuse et délabrée » nécessitant finalement sa destruction.
Trump avait déjà voulu donner son nom au centre
Cette nouvelle bataille trouve son origine dans une décision prise par le conseil d’administration du Kennedy Center après la prise de contrôle de l’institution par des personnalités proches de Donald Trump.
Le conseil avait voté pour modifier la dénomination du bâtiment afin d’y faire apparaître le nom du président américain.
Cette décision avait immédiatement provoqué une bataille judiciaire.
Le juge fédéral Christopher Cooper a finalement estimé que le conseil d’administration n’avait pas le pouvoir de renommer le centre. Dans sa décision rendue en mai, il a rappelé que le Kennedy Center avait été désigné par le Congrès comme mémorial vivant consacré au président John F. Kennedy.
Selon le juge, seul le Congrès peut modifier le nom officiel de l’institution.
La décision a conduit au retrait du nom de Donald Trump de la façade.
Le nom de Trump retiré de la façade en juin
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Après la décision judiciaire, les ouvriers ont procédé au retrait des lettres portant le nom de Donald Trump sur la façade du bâtiment.
L’opération a été réalisée en juin, conformément à l’ordre du tribunal. Le bâtiment a ainsi retrouvé son appellation officielle liée à John F. Kennedy.
Mais cette victoire judiciaire n’a pas mis fin au conflit.
Le conseil d’administration du Kennedy Center, largement composé de membres nommés par Donald Trump, a continué à chercher une manière de reconnaître officiellement le rôle du président dans la rénovation du complexe sans utiliser une nouvelle fois une dénomination qui pourrait être considérée comme illégale.
Une nouvelle formulation pour contourner le problème juridique ?
En août, le conseil a donc adopté une nouvelle formulation.
Plutôt que de rebaptiser officiellement le bâtiment « Trump Kennedy Center », la nouvelle inscription proposée conserverait le nom John F. Kennedy Center for the Performing Arts, tout en ajoutant une mention indiquant qu’il a été « restauré et rénové par le président Donald J. Trump ».
Le conseil a également proposé de donner au site entourant le centre le nom de « President Donald J. Trump Plaza ».
L’administration affirme que cette formulation ne constitue pas un changement officiel du nom du mémorial, mais simplement une reconnaissance du rôle joué par Trump dans les travaux.
La représentante Joyce Beatty conteste toutefois cette interprétation.
Ses avocats considèrent cette nouvelle initiative comme une nouvelle tentative de contourner la décision judiciaire et de faire apparaître le nom de Trump sur un bâtiment que le Congrès a consacré à John F. Kennedy.
La question des donateurs au centre du bras de fer
L’un des arguments avancés par l’administration est particulièrement notable : sans la possibilité d’associer le nom de Trump au projet, les donateurs pourraient se détourner du Kennedy Center.
Le gouvernement affirme que le président a joué un rôle déterminant dans la mobilisation de financements destinés à la rénovation du centre et que son implication est essentielle pour éviter une aggravation de la situation financière.
Le ministère de la Justice soutient ainsi devant le tribunal que bloquer les projets de rénovation pourrait conduire le centre dans une sorte de « spirale de la mort financière et structurelle ».
Mais cette interprétation est fortement contestée.
Les opposants au projet estiment notamment que les difficultés financières du Kennedy Center ne justifient pas que le nom de Donald Trump soit ajouté à celui d’un mémorial créé par le Congrès pour honorer John F. Kennedy.
Le Kennedy Center pourrait-il réellement être détruit ?
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À ce stade, il faut éviter toute confusion : aucune décision de démolir le Kennedy Center n’a été prise.
L’administration Trump présente la démolition comme une possibilité dans l’hypothèse où les rénovations ne pourraient pas être réalisées.
Le document judiciaire évoque un bâtiment qui continuerait à se détériorer et qui devrait éventuellement être retiré, avant qu’une décision soit prise sur ce qui pourrait être construit à sa place. Parmi les possibilités citées figure un grand amphithéâtre extérieur donnant sur le fleuve Potomac.
CBS News souligne d’ailleurs qu’il n’existe actuellement aucun projet officiel visant à démolir le Kennedy Center. Il s’agit, à ce stade, d’un scénario avancé par l’administration dans le cadre de la procédure judiciaire.
La nuance est importante : le bâtiment n’est donc pas actuellement promis à la destruction.
Un monument historique au cœur d’une bataille politique
Le Kennedy Center n’est pas un bâtiment culturel ordinaire.
Créé par le Congrès comme mémorial vivant à John F. Kennedy, il a ouvert ses portes en 1971 et constitue l’une des principales institutions culturelles des États-Unis.
Le complexe accueille notamment des spectacles de théâtre, de musique, d’opéra et de danse.
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Depuis que Donald Trump a pris le contrôle du conseil d’administration, l’institution est devenue le théâtre d’une importante confrontation politique et culturelle.
Le président américain a engagé une vaste réorientation de l’établissement, tandis que plusieurs artistes et responsables du secteur culturel ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une politisation du centre.
La controverse autour de son nom est ainsi devenue le symbole d’un affrontement plus large sur la place de Donald Trump dans les institutions culturelles et les monuments américains.
Le juge doit encore trancher
Le dossier est loin d’être terminé.
Le juge Christopher Cooper doit examiner les arguments présentés par les deux parties concernant la nouvelle tentative du conseil d’administration d’associer le nom de Donald Trump au Kennedy Center.
Lors d’une audience le 27 août, le magistrat s’est notamment interrogé sur la rapidité avec laquelle le conseil cherchait à réinstaller le nom du président sur le bâtiment, alors qu’il avait déjà jugé illégale la première tentative.
L’administration a accepté de ne procéder à aucune nouvelle modification de la façade avant le 8 octobre, afin de laisser davantage de temps au tribunal pour examiner le dossier.
La bataille judiciaire pourrait donc encore durer.
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Une menace qui relance la polémique
La perspective d’une démolition, même présentée comme un scénario conditionnel, a provoqué de nombreuses réactions.
Les avocats de Joyce Beatty ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une menace destinée à faire pression sur la justice et à obtenir l’autorisation de maintenir le nom de Donald Trump sur le site.
Pour ses opposants, le raisonnement de l’administration revient à établir un choix entre deux options : accepter la reconnaissance de Trump ou risquer de voir disparaître le bâtiment historique.
De son côté, le gouvernement défend une tout autre lecture : il affirme vouloir sauver un centre culturel qui nécessite d’importants investissements et considère que le président doit pouvoir être reconnu pour les efforts entrepris afin de le rénover.
Pour l’instant, le Kennedy Center reste debout, son nom officiel demeure lié à John F. Kennedy et la justice n’a pas autorisé l’ajout du nom de Donald Trump.
Mais avec la menace désormais formulée devant un tribunal de voir le bâtiment devenir, à terme, un site destiné à être démoli et remplacé par un amphithéâtre extérieur, le bras de fer autour du monument emblématique de Washington vient incontestablement de franchir un nouveau cap.
Rédaction DUNIA NEW’S















