
Martha Karua, figure emblématique de l’opposition kényane et candidate déclarée à la présidentielle de 2027, a été interpellée ce dimanche dans la capitale économique tanzanienne. Selon des sources proches de son entourage, elle fait actuellement face à une menace d’expulsion imminente.
Ancienne ministre de la Justice au Kenya et avocate engagée pour la démocratie, Karua se trouve en Tanzanie dans le cadre de la défense de Tundu Lissu, principal opposant politique du pays et membre éminent du parti Chadema. Lissu, accusé de trahison en avril dernier, doit comparaître devant un tribunal tanzanien ce lundi 19 mai. En jeu : une possible condamnation à mort. Cette affaire hautement sensible a déjà déclenché une vague d’indignation dans les milieux des droits de l’homme et parmi les partis d’opposition à travers la région.
La situation politique en Tanzanie est marquée par un climat tendu, accentué par l’approche des élections présidentielle et législatives prévues pour octobre prochain. Des ONG internationales ainsi que des acteurs locaux dénoncent un « recul démocratique » sous l’administration de la présidente Samia Suluhu Hassan. Bien qu’elle soit perçue comme plus modérée que son prédécesseur John Magufuli, son gouvernement reste critiqué pour le maintien de pratiques répressives héritées de l’ère précédente.
Tundu Lissu, qui avait survécu à une tentative d’assassinat en 2017, est une figure centrale de la contestation politique en Tanzanie. Ses critiques virulentes contre le Chama Cha Mapinduzi (CCM), parti au pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1961, lui ont valu de nombreuses confrontations avec les autorités. Le scrutin local de novembre dernier, remporté par le CCM dans des conditions que Lissu considère comme frauduleuses, a encore ravivé les tensions.
L’arrestation de Martha Karua jette une lumière crue sur l’espace démocratique fragile dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est. Connue pour ses prises de position fermes, Karua s’est illustrée ces dernières années par la défense de figures politiques emprisonnées en Tanzanie et en Ouganda. Elle dénonce régulièrement la dérive autoritaire des régimes en place, insistant sur l’importance du respect des droits fondamentaux et de l’indépendance de la justice.
La tentative de l’expulser du territoire tanzanien, alors qu’elle agissait en qualité d’avocate, pourrait avoir des répercussions diplomatiques importantes dans la région, notamment dans les relations entre le Kenya et la Tanzanie.
À quelques années de l’élection présidentielle au Kenya, où Karua s’est imposée comme l’une des principales voix de l’opposition, cet incident renforce son image d’actrice politique déterminée à défendre l’état de droit au-delà de ses frontières nationales. Les réactions politiques ne se sont pas fait attendre, et plusieurs figures de la société civile appellent à la libération immédiate de la militante, soulignant que sa détention constitue une entrave grave à la mission de défense judiciaire.
Cet événement intervient dans un contexte où les dynamiques politiques régionales sont de plus en plus marquées par des tensions entre démocratisation et autoritarisme. La situation de Tundu Lissu et désormais celle de Martha Karua illustrent les dangers croissants auxquels font face les opposants et les défenseurs des droits humains en Afrique de l’Est.
Imam chroniqueur Babacar Diop















