Depuis la semaine dernière, le chef de l’Église anglicane était poussé au départ après la publication d’un rapport sur les violences commises dans les années 1970 et 1980 par un aumônier. Ce rapport accuse Justin Welby de ne pas avoir alerté les autorités, et ainsi retardé l’ouverture d’une enquête.

« Je dois prendre mes responsabilités, sur le plan personnel et institutionnel », indique Justin Welbydans son communiqué de démission publié ce 12 novembre 2024.
Le chef de l’Église anglicane reconnaît ainsi ne pas avoir suffisamment réagi en 2013, quand il apprend les violences physiques et sexuelles commises par l’aumônier John Smyth, sur environ 130 garçons dans les années 1970 et 1980, en Angleterre, au Zimbabwe et en Afrique du Sud.
« J’espère que cette décision montre clairement à quel point l’Église d’Angleterre comprend la nécessité d’un changement, et notre engagement profond à créer une Église plus sûre », écrit Justin Welby dans son communiqué. « Ces derniers jours ont ravivé le profond sentiment de honte que j’éprouve depuis longtemps face aux échecs historiques de l’Église d’Angleterre en matière de protection. Pendant près de douze ans, je me suis efforcé d’apporter des améliorations. Il appartient à d’autres de juger ce qui a été fait », a encore déclaré l’archevêque de Canterbury.
« Campagne de dissimulation »
Un rapport publié la semaine dernière estime que cette inaction a retardé l’ouverture d’une enquête. John Smyth est décédé en 2018 avant la conclusion de celle-ci.
Si le sommet de l’Église a été officiellement informé de ces faits en 2013, des responsables du culte en avaient eu connaissance dès le début des années 1980, mais les ont tus dans le cadre d’une « campagne de dissimulation », a conclu une enquête commanditée par l’Église, dans un rapport publié jeudi dernier.
John Smyth « est sans doute l’agresseur en série le plus prolifique associé à l’Église d’Angleterre », affirme ce rapport, qui détaille les souffrances physiques, sexuelles et psychologiques « brutales et horribles » infligées à ses victimes. Il faisait par exemple venir de jeunes garçons à son domicile du sud de l’Angleterre où il les battait avec une canne, parfois jusqu’au sang, invoquant des justifications théologiques.
Le rapport conclut également que l’archevêque de Canterbury « aurait pu et dû » signaler à la police les violences commises par l’avocat à partir de 2013.
« J’unis ma douleur à celle des victimes et des survivants »
Justin Welby, qui avait il y a quelques jours présenté ses excuses dans cette affaire, a qualifié ces agressions d’« odieuses. » « En démissionnant, j’unis ma douleur à celle des victimes et des survivants », écrit Justin Welby.
Les victimes justement l’accusaient d’avoir tenté d’étouffer l’affaire et de minimiser leurs souffrances. Depuis la publication du rapport, elles réclamaient son départ – l’archevêque de Canterbury a d’abord rejeté cette possibilité. À la mi-journée mardi, une pétition pour sa démission rassemblait 10 000 signatures – soutenue par une partie du clergé.
Justin Welby est un visage bien connu des Britanniques pour avoir officié durant plusieurs évènements royaux majeurs ces dernières années, dont les obsèques de la reine Elizabeth II et le couronnement du roi Charles III. Le primat d’Angleterre aurait dû prendre sa retraite d’ici à deux ans. Les modalités de son départ, en particulier la date, restent à définir.















