Tchad : Mahamat Idriss Déby annonce une grâce présidentielle au nom de la réconciliation nationale

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Tchad : Mahamat Idriss Déby annonce une grâce présidentielle au nom de la réconciliation nationale

À la veille du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance du Tchad, le président Mahamat Idriss Déby Itno a annoncé une prochaine mesure de grâce en faveur de plusieurs condamnés. Une décision présentée comme un geste d’apaisement, alors que le chef de l’État appelle à tourner la page des divisions politiques et sociales.

À N’Djamena, le message présidentiel du 10 août ne s’est pas limité aux traditionnels vœux de la fête nationale. Mahamat Idriss Déby Itno a choisi de placer la réconciliation nationale au cœur de son adresse aux Tchadiens. Le chef de l’État a annoncé qu’il prendra, conformément à ses prérogatives constitutionnelles, « un acte de grâce présidentielle au profit de plusieurs de nos compatriotes condamnés ».

Aucun nom ni nombre de bénéficiaires n’a toutefois été communiqué. Il faudra donc attendre la publication de l’acte présidentiel pour savoir qui sera concerné et quelles seront les modalités de cette mesure.

Le choix des mots n’est pas anodin. Dans son allocution, le président tchadien a appelé ses compatriotes au « dépassement de soi » et à « l’exigence de pardon », en liant la paix sociale à la capacité du pays à surmonter ses divisions. « La main tendue, la paix sociale, la réconciliation, le vivre-ensemble et l’unité nationale exigent de nous un dépassement de soi et impliquent une exigence de pardon », a-t-il déclaré.

Cette grâce intervient alors que la question des condamnations politiques reste sensible au Tchad. L’opposant Succès Masra a notamment été condamné en août 2025 à 20 ans de prison. En mai 2026, huit responsables du Groupe de concertation des acteurs politiques, une coalition de l’opposition, ont à leur tour été condamnés à huit ans de prison ferme après une manifestation interdite. Ces décisions ont suscité des critiques de défenseurs des droits humains et des appels à la libération de détenus considérés comme politiques.

Le président ne les a pas cités dans son discours. Il serait donc prématuré d’affirmer qu’ils figurent parmi les bénéficiaires de la grâce annoncée. Le contenu de l’acte présidentiel permettra de lever cette incertitude.

Au-delà de la mesure de clémence, Mahamat Idriss Déby Itno a appelé à une réponse plus ferme aux conflits intercommunautaires. Il a demandé aux autorités traditionnelles et religieuses ainsi qu’aux responsables politiques de ne pas protéger ceux qui alimentent les troubles. Il a également plaidé pour une justice plus rapide afin de combattre l’impunité.

Sur le terrain économique, le chef de l’État a défendu une diversification de l’économie tchadienne, encore fortement dépendante du pétrole. Agriculture, élevage et innovation doivent, selon lui, prendre une place plus importante dans la création de richesses. Il a également promis de poursuivre la lutte contre la corruption, les détournements de fonds publics et le favoritisme.

Le discours du 10 août dessine ainsi une double ligne : tendre la main aux condamnés au nom de la réconciliation, tout en affichant davantage de fermeté contre ceux qui menacent la paix sociale et l’autorité de l’État.

Reste maintenant à savoir jusqu’où ira cette main tendue. L’identité des bénéficiaires de la grâce présidentielle sera le premier indicateur de la portée réelle de cette annonce.

Celine Dou

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