Tensions Niamey-N’Djamena : Accusé de déstabilisation par le Niger, le Tchad réplique en expulsant les mendiants nigériens

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Tensions Niamey-N'Djamena : Accusé de déstabilisation par le Niger, le Tchad réplique en expulsant les mendiants nigériens

La crise diplomatique entre le Niger et le Tchad prend une nouvelle dimension après les accusations formulées à Niamey à la suite de la tentative de déstabilisation des 28 et 29 août. Alors que N’Djamena rejette les accusations nigériennes, des informations circulant sur les réseaux sociaux évoquent parallèlement des opérations contre des mendiants étrangers dans la capitale tchadienne. Le lien direct entre ces opérations et la crise diplomatique reste toutefois à établir.

La relation entre Niamey et N’Djamena traverse une zone de fortes turbulences. Depuis la tentative de mutinerie survenue dans la nuit du 28 au 29 août à Niamey, les autorités nigériennes ont multiplié les déclarations mettant en cause des acteurs extérieurs.

Selon l’Agence Nigérienne de Presse (ANP), le Conseil des ministres réuni le 4 septembre sous la présidence du général Abdourahamane Tiani a évoqué une « tentative de déstabilisation » impliquant notamment des éléments du Bataillon spécial de renseignement du Commandement des opérations spéciales. Le gouvernement nigérien affirme avoir constitué une documentation qu’il pourrait utiliser devant la justice internationale.

Le Tchad cité dans les accusations, N’Djamena conteste

Quelques jours auparavant, un officier nigérien présenté à la télévision publique avait affirmé que des contacts auraient existé avec un officier tchadien et que des renforts en provenance du Tchad auraient été envisagés.

Ces accusations ont rapidement provoqué une réaction au Tchad. Deutsche Welle rapporte que les allégations concernant une intervention préparée depuis le territoire tchadien ont été contestées, certains acteurs tchadiens les qualifiant de sans fondement.

La situation est d’autant plus sensible que les deux pays partagent une longue frontière et sont confrontés à des enjeux sécuritaires communs, notamment dans la région du bassin du lac Tchad.

Pour autant, le gouvernement nigérien, dans sa communication officielle du 4 septembre, a surtout ciblé la France, accusée d’être à la tête d’un « vaste réseau de connivences » impliqué dans la tentative de déstabilisation. Le Tchad n’a pas été directement désigné dans cette communication gouvernementale comme l’organisateur de l’opération.

Les mendiants étrangers, une question distincte mais sensible

C’est dans ce contexte tendu que des publications circulant sur les réseaux sociaux font état d’opérations menées à N’Djamena contre des mendiants étrangers, parmi lesquels figureraient des ressortissants nigériens.

Une prudence particulière s’impose toutefois sur ce point. Les recherches disponibles permettent de confirmer l’existence d’opérations tchadiennes visant la mendicité étrangère à N’Djamena, mais elles ne permettent pas d’établir de manière suffisamment fiable que ces mesures constituent une réponse directe aux accusations formulées par Niamey.

Cette distinction est importante. Une opération de contrôle ou d’éloignement de personnes en situation irrégulière ne peut être automatiquement présentée comme une mesure de représailles diplomatiques sans déclaration officielle des autorités tchadiennes établissant ce lien.

Des publications sur les réseaux sociaux ont récemment relayé des images et informations concernant des opérations de retrait de mendiants étrangers à N’Djamena. Mais, en l’absence de communiqué officiel détaillant leur nationalité, leur nombre et les motifs précis de leur éloignement, il convient de rester mesuré.

Une population déjà vulnérable

Au-delà de la bataille diplomatique entre gouvernements, la question de la mendicité transfrontalière renvoie à une réalité sociale ancienne dans la région sahélienne.

Le phénomène des ressortissants nigériens pratiquant la mendicité dans plusieurs pays africains n’est pas nouveau. En 2022, par exemple, les autorités nigériennes avaient organisé le retour depuis le Sénégal de plus d’un millier de leurs ressortissants pratiquant la mendicité. Selon l’Agence de presse africaine, le rapatriement concernait 478 enfants, 413 femmes et 162 hommes originaires notamment des départements de Kantché et de Magaria, dans la région de Zinder.

Le Niger lui-même a déjà été confronté à la question de la mendicité dans ses grandes villes. À Niamey, les autorités municipales avaient interdit la mendicité dans plusieurs espaces publics dès 2019, avec certaines exceptions concernant notamment les personnes handicapées, âgées ou victimes de catastrophes.

Plus récemment encore, la question des ressortissants nigériens en situation de précarité à l’étranger a refait surface. En Côte d’Ivoire, l’ambassade du Niger avait annoncé en janvier 2025 que 124 personnes, hommes, femmes et enfants, avaient été interpellées à Abidjan dans le cadre d’opérations contre la mendicité et conduites vers la représentation diplomatique nigérienne en vue de leur expulsion.

La crise diplomatique peut-elle aggraver leur situation ?

C’est désormais l’une des principales inquiétudes. Lorsque les relations entre deux États se détériorent, les populations étrangères présentes sur leurs territoires peuvent rapidement devenir les premières victimes des mesures de contrôle, de rétorsion ou de durcissement administratif.

Mais dans le cas précis du Niger et du Tchad, aucune preuve suffisamment solide ne permet pour l’instant d’affirmer que les éventuelles opérations contre des mendiants nigériens à N’Djamena auraient été décidées en représailles aux accusations de Niamey.

Le contexte politique reste néanmoins préoccupant. Le Niger affirme avoir été la cible d’une tentative de déstabilisation aux ramifications internationales, tandis que le Tchad rejette les accusations qui le mettent en cause. De son côté, le gouvernement nigérien affirme désormais disposer d’éléments susceptibles de soutenir ses accusations devant la justice internationale.

La question est donc moins celle d’une simple expulsion de ressortissants que celle de savoir jusqu’où la crise diplomatique entre Niamey et N’Djamena pourrait aller.

Dans cette confrontation entre États, les populations les plus fragiles — migrants, familles démunies, enfants et personnes vivant de la mendicité — risquent une nouvelle fois de se retrouver au mauvais endroit, au mauvais moment.

Une chose demeure certaine : tant que les autorités des deux pays n’auront pas établi officiellement un lien entre les opérations visant les mendiants et la crise diplomatique, ce rapprochement doit être considéré comme une hypothèse et non comme un fait établi.

Rédaction DUNIA NEW’S

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