YouTube : Himra, Tiakola et Suspect 95 dénoncent une rémunération inaccessible aux artistes d’Afrique francophone

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YouTube : Himra, Tiakola et Suspect 95 dénoncent une rémunération inaccessible aux artistes d’Afrique francophone

Plusieurs figures de la musique afro-francophone dénoncent les limites du système de rémunération de YouTube dans plusieurs pays africains. Côte d’Ivoire, Cameroun, RDC et Mali ne figurent toujours pas parmi les pays où les créateurs peuvent accéder au Programme Partenaire de la plateforme.

Le succès sur YouTube ne garantit pas toujours des revenus aux artistes africains. Cette situation provoque depuis plusieurs mois la colère de plusieurs figures de la musique afro-francophone, dont les Ivoiriens Himra et Suspect 95 ainsi que le Franco-Congolais Tiakola.

Le débat a pris une nouvelle ampleur avec la prise de parole de Himra. Le rappeur ivoirien, dont la chaîne YouTube compte plus de 2,3 millions d’abonnés, a publiquement interpellé la plateforme sur l’absence de rémunération directe liée à ses contenus.

Tiakola avait déjà soulevé la question en juin, en demandant que les artistes afro-francophones puissent eux aussi bénéficier de la monétisation de leurs clips. Suspect 95 a également dénoncé cette situation.

Le Cameroun parmi les pays concernés

Le problème tient notamment à l’accès au Programme Partenaire YouTube. Selon la liste officielle de la plateforme, le Sénégal fait partie des pays d’Afrique subsaharienne francophone où ce programme est disponible. Ce n’est pas le cas, à ce jour, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, de la République démocratique du Congo ou du Mali.

Cette différence a des conséquences importantes pour les artistes qui résident dans ces pays. YouTube conditionne notamment l’accès au partage des revenus publicitaires à la résidence du créateur dans un pays où le programme est disponible.

Cela signifie qu’un artiste peut accumuler un nombre considérable de vues sans bénéficier du même mécanisme de rémunération qu’un créateur établi dans un pays éligible.

Des millions de vues, mais peu de revenus

Le cas de la musique africaine illustre particulièrement ce paradoxe. Davy Lessouga, responsable chez Believe, estime que certains artistes peuvent atteindre des dizaines, voire des centaines de millions de vues sans percevoir de revenus publicitaires directement liés à ces audiences locales.

Le titre « Coup du marteau », devenu un succès continental, a ainsi dépassé les 177 millions de vues sur YouTube. Selon les données citées par Le Monde, une grande partie de son audience provenait d’Afrique, un marché où les revenus publicitaires restent faibles.

Le problème ne concerne d’ailleurs pas uniquement YouTube. Les artistes et créateurs africains dénoncent plus largement les difficultés d’accès aux mécanismes de rémunération des grandes plateformes numériques.

En Côte d’Ivoire, le gouvernement a déjà engagé des démarches auprès de plusieurs plateformes afin de discuter de la rémunération des créateurs locaux.

Pour les artistes concernés, l’enjeu dépasse désormais la question de quelques revenus supplémentaires. Il s’agit de pouvoir transformer une audience numérique massive en véritable source de revenus, alors que la musique africaine francophone rassemble chaque année des millions d’auditeurs sur les plateformes mondiales.

Celine Dou

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