
Abidjan – Plus de trois mois après les démolitions controversées du quartier Houphouët-Boigny, communément appelé « Campement », à Koumassi, le parquet apporte de nouveaux éléments sur l’affaire. Lors d’une conférence de presse tenue le mercredi 16 septembre 2026, le procureur de la République près le Tribunal de première instance d’Abidjan, Koné Braman Oumar, a présenté l’état d’avancement des investigations ouvertes à la suite des événements du 3 juin dernier.
Au fil de son exposé, le magistrat a mis en lumière plusieurs zones d’ombre, tout en précisant que les faits évoqués relèvent du cadre de l’enquête en cours et ne constituent en aucun cas une déclaration de culpabilité à l’encontre des personnes citées.
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Une décision judiciaire qui ne prévoyait pas de démolition
L’un des principaux enseignements de cette communication concerne la décision de justice régulièrement invoquée depuis le début de l’affaire.
Selon le procureur, Alloui Brou Jacques avait saisi la justice pour obtenir à la fois le déguerpissement et la démolition de certaines constructions. Toutefois, le tribunal n’aurait accordé que le déguerpissement de cinq habitations, sans ordonner leur destruction.
Autre élément relevé par le parquet : cette décision n’aurait jamais été signifiée aux occupants concernés et n’aurait jamais fait l’objet d’une exécution judiciaire régulière.
« Ce sont donc deux choses différentes », a insisté le procureur, distinguant clairement la décision judiciaire existante des opérations de démolition effectivement réalisées sur le terrain.
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Alloui Brou Jacques reconnaît son implication
Interpellé le 18 juin avant d’être placé sous mandat de dépôt le 29 juin, Alloui Brou Jacques aurait reconnu, selon le parquet, avoir participé à l’organisation des démolitions.
Ses déclarations figurent parmi les éléments examinés par les enquêteurs dans le cadre de la procédure en cours.
Le District d’Abidjan évoque le plan ORSEC
Les investigations se sont également intéressées au rôle du District autonome d’Abidjan.
Entendu le 24 juin par le Premier président de la Cour d’appel d’Abidjan, le ministre-gouverneur Cissé Ibrahima Bacongo aurait expliqué que les opérations menées par ses services relevaient du plan ORSEC, dispositif national destiné à l’organisation des secours en cas de catastrophe ou de menace majeure pour les populations.
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Selon le procureur, plusieurs responsables du District ont confirmé avoir participé à l’opération ou en avoir assuré la supervision administrative.
Le directeur de cabinet du ministre-gouverneur aurait notamment indiqué avoir agi sur instruction de ce dernier, tandis que le directeur des services techniques aurait reconnu sa présence sur le site ainsi que la réquisition des forces de l’ordre.
Le parquet cherche désormais à déterminer si le recours au plan ORSEC était juridiquement fondé dans ce contexte et à établir avec précision le niveau d’implication des différents acteurs.
Des déclarations officielles qui soulèvent des questions
Le recours au plan ORSEC soulève néanmoins certaines interrogations.
Le procureur a rappelé que ce dispositif est normalement destiné à répondre à des situations exceptionnelles mettant en danger des vies humaines ou des biens.
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Or, quelques jours après les événements, la ministre de la Cohésion nationale, Myss Belmonde Dogo, avait déclaré publiquement que le site de Koumassi-Campement ne figurait pas parmi les zones identifiées comme à risque et n’était pas concerné par les programmes gouvernementaux de déguerpissement.
De son côté, la mairie de Koumassi avait présenté l’opération comme l’exécution d’une décision de justice à l’initiative d’un opérateur privé.
Ces différentes versions font aujourd’hui partie des éléments examinés par les enquêteurs.
Un député au cœur de certaines déclarations
L’enquête s’intéresse également au rôle présumé d’un député de la nation.
Selon les éléments exposés par le procureur, l’élu de Gouméré-Tabagne est cité dans plusieurs témoignages recueillis au cours des investigations.
Il lui est notamment attribué un rôle dans la coordination ou le financement de l’opération. Les enquêteurs évoquent également un prêt de 7 millions de francs CFA accordé en 2024 à Alloui Brou Jacques.
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Le fils aîné de ce dernier aurait par ailleurs déclaré aux enquêteurs que le parlementaire lui aurait demandé d’encourager son père à enregistrer une vidéo assumant la responsabilité des démolitions.
Compte tenu de son statut de député, la doyenne des juges d’instruction a saisi le procureur général afin que l’Assemblée nationale soit consultée sur une éventuelle autorisation de poursuites, conformément aux procédures prévues par la loi.
La situation foncière du site passée au crible
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Le parquet a également présenté plusieurs données issues des services du cadastre.
Le site concerné couvre une superficie de 6 hectares, 88 ares et 38 centiares, répartie en 250 lots sur sept îlots.
Selon les informations communiquées :
- 28 lots disposent d’un Arrêté de Concession Définitive (ACD) ;
- 4 bénéficient d’un titre de pleine propriété ;
- 8 reposent sur un titre foncier appartenant à l’État ;
- 5 dossiers de morcellement sont en cours d’instruction ;
- Les 205 autres lots ne disposeraient d’aucun titre foncier régulier.
Le procureur a indiqué que l’ensemble du site demeure actuellement placé sous main de justice dans l’attente de la poursuite des investigations.
Une affaire loin d’être terminée
Le 3 juin 2026, plusieurs habitations et commerces du quartier Campement avaient été détruits, provoquant une vive émotion et de nombreuses interrogations au sein de l’opinion publique ivoirienne.
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Cent cinq jours plus tard, l’enquête semble désormais s’orienter vers l’examen des responsabilités administratives, politiques et opérationnelles ayant conduit à ces démolitions.
Le procureur a toutefois rappelé que les éléments dévoilés à ce stade demeurent des constatations d’enquête et que seules les juridictions compétentes pourront, à l’issue de la procédure, déterminer les responsabilités éventuelles des personnes concernées.
Par la rédaction de DUNIA NEWS
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